Marée noire dans le golfe du Mexique - BP risque de payer des dizaines de milliards de dollars aux plaignants

Chicago — Des dizaines de milliards de dollars seront en jeu au procès de BP prévu dans une semaine à La Nouvelle-Orléans, pour déterminer les responsabilités du géant britannique du pétrole et de ses sous-traitants dans la marée noire du golfe du Mexique en 2010.

De nombreuses plaintes au civil du gouvernement américain, d'entreprises et de particuliers accusent BP et ses principaux sous-traitants Transocean et Halliburton d'avoir fermé les yeux ou négligé les signes avant-coureurs de la catastrophe.

La pire catastrophe écologique de l'histoire des États-Unis a ravagé des kilomètres de plages de cinq États américains avec des conséquences pour les industries du tourisme et de la pêche.

Un juge fédéral doit désormais déterminer si BP et/ou ses sous-traitants ont commis une «faute lourde» et fixer les dommages et intérêts. «Il y a une seule stratégie à adopter pour BP: faire porter le chapeau au maximum de gens possible et s'assurer qu'on ne retient pas la faute lourde», a déclaré Blaine LeCesne, professeur de droit à l'Université Loyola, spécialiste du dossier. «De cette façon, ils pourraient limiter le coût à 30 ou 40 milliards de dollars au lieu de 100 milliards».

Le juge Carl Barbier a rassemblé des centaines de plaintes en un seul dossier qui sera examiné à partir du 27 février.

BP, qui a publié un profit de 23,9 milliards $US de bénéfice en 2011, a indiqué qu'il travaillait à un accord avec le gouvernement. «Nous souhaiterions trouver un accord si possible en des termes justes et raisonnables, mais si ce n'est pas possible, nous nous préparons au procès», a déclaré le directeur exécutif de BP, Bob Dudley. Cet accord pourrait atteindre des records entre 20 et 25 milliards, selon une récente note de la banque américaine Morgan Stanley. Ce qui dépasserait de manière significative les 12 milliards provisionnés par BP pour ces pénalités dans une enveloppe globale de 41 milliards de provisions inscrites au budget en 2010 pour couvrir les coûts liés à la marée noire, selon l'analyste Martijn Rats.

Accord ou pas, BP aura en tout cas à gérer les plaintes de pêcheurs, d'entreprises côtières, des gouvernements des États et d'autres parties qui se plaignent des conséquences économiques de la marée noire. «La grande crainte bien sûr, ce sont les dommages et intérêts», a dit à l'AFP Ed Sherman, professeur de droit à la Tulane University. Le juge Barbier pourrait fixer des dommages et intérêts jusqu'à cinq fois supérieurs aux coûts directement liés à la marée noire, ce qui pourrait ajouter des dizaines de milliards à l'ardoise.

BP a déjà payé plus de 6 milliards à plus de 220 000 plaignants qui ont choisi la voie d'un remboursement rapide. Les opérations de nettoyage et de confinement ont coûté 13,6 milliards au groupe britannique.

Le géant pétrolier a réussi à récupérer une partie des coûts auprès de ses sous-traitants et partenaires, mais a prévenu, dans son rapport trimestriel, que l'ardoise totale était «sujette à une incertitude significative».

La première étape du procès, prévu pour durer des années, consistera à déterminer comment répartir les responsabilités. Le juge Barbier a déjà décidé que Transocean, propriétaire de la plateforme, et Halliburton, qui en avait réalisé le coffrage en ciment, devraient assumer une partie des coûts. Mais BP devra prendre sa part de réparations, à moins que le groupe britannique ne prouve qu'Halliburton a sciemment dissimulé les faiblesses du coffrage.