Yves Perron - Aller au-devant du marché

La stratégie du président et chef de la direction de Sourcevolution, Yves Perron, est d'abord de faire une percée sur les marchés québécois et canadien.<br />
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir La stratégie du président et chef de la direction de Sourcevolution, Yves Perron, est d'abord de faire une percée sur les marchés québécois et canadien.

«Je pourrais faire des sous en vendant des patates frites, mais ce n'est pas ce qui m'intéresse», laisse tomber Yves Perron, qui se passionne pour l'informatique depuis un quart de siècle. Et pourtant il n'a que 44 ans. Il est président et chef de la direction de Sourcevolution, société qu'il a fondée en 2003 et qui vient d'accoucher d'une autre entreprise, Freedomone, laquelle a lancé l'an passé une plateforme de communication mobile, qui, affirme-t-il, va devenir un jalon important dans l'évolution des technologies de l'information au sein des compagnies.

M. Perron fait une analogie avec «un des gros événements de l'informatique, il y a 20 ans», alors qu'Internet est devenu pour les entreprises un outil de transaction. Avant, on y allait uniquement pour visualiser des produits offerts. L'innovation fut de concevoir une plateforme pour accélérer et standardiser le mode de développement du commerce de détail en ligne, ce qui est devenu aujourd'hui pratique courante. M. Perron propose aux entreprises de passer à une autre étape, celle de la commercialisation mobile. «Nous avons développé un produit de mobilité pour les entreprises. Personne n'a cela aujourd'hui», mentionne fièrement le président. Est-ce unique au monde? «Je ne peux pas parler de la Chine et de l'Inde. On ne sait pas ce qui s'y passe. Mais aux États-Unis et en Europe, on est uniques et on a un brevet pour le Canada et les États-Unis. Il s'agit d'un produit qui remplit plusieurs fonctions, certaines communes avec d'autres organisations, certaines qui nous sont exclusives», répond-il.

Il explique que présentement, il y a des canaux de communication Web et cellulaire qui ne se parlent pas. Il donne pour exemple une carte de crédit qui est bloquée sans que son détenteur en soit la cause et qui reste invalide tant qu'on n'a pas communiqué avec l'institution bancaire concernée. Avec ce nouveau produit qu'est Freedomone, l'information que la carte n'est plus utilisable serait tout de suite communiquée sur le cellulaire du client, qui pourrait sur-le-champ confirmer qu'il n'y est pour rien, et ainsi, sa carte pourrait être réactivée sans retard, mentionne M. Perron, qui espère avoir trouvé un allié majeur en Gartner, société de recherche et d'information de réputation mondiale dans l'industrie de l'informatique. Celle-ci soutient qu'il y a désormais quatre segments majeurs incontournables pour une entreprise, à savoir l'information ou la mise en mémoire des données, un hébergement en nuage, la mobilité et une connexion avec les réseaux sociaux. Selon Gartner, une plateforme comprenant ces segments serait prévue pour 2016. «Nous, nous l'avons déjà», s'exclame M. Perron.

Le mois dernier, une preuve de confiance bien concrète concernant ce nouveau produit a été fournie par deux institutions financières québécoises importantes, Capital régional et coopératif Desjardins (CRCD) et la Caisse de dépôt et placement du Québec, qui ont accordé un prêt de trois millions en guise de contribution à la commercialisation de cette plateforme qu'est Freedomone.

Appuis financiers


M. Perron précise que ce prêt n'a pas été sollicité par son entreprise et qu'il a plutôt été approché par CRCD, dans le cadre d'un partenariat avec la Caisse de dépôt, en vue de donner un coup de pouce financier à des entreprises québécoises sélectionnées pour leur fort potentiel de croissance et qui se démarquent au sein de leur industrie. M. Perron et son équipe ont mis plus de trois ans dans le développement de cette plateforme, ce qui a nécessité des investissements de près de sept millions. «Pour développer un produit, tu investis beaucoup en pensant que ça va rapporter. Il faut beaucoup de sous, de la croyance et de la résilience. Tu as beau avoir le meilleur produit du monde, si le marché n'est pas prêt à l'accepter ou que la mise en marché n'est pas faite correctement, ça peut être un échec. Il faut être bien armé et y aller par étapes pour minimiser les risques», confie ce président, qui a indiscutablement le goût de foncer. «J'aime être en avant du marché, provoquer des choses. C'est fatigant, mais c'est mon style de gestion», disait-il en début d'entrevue.

Freedomone est sur le marché depuis six mois et n'a pas encore de clients fermes. La stratégie de M. Perron est d'abord de faire une percée sur les marchés québécois et canadien. «Si le Québec et le Canada ne l'adoptent pas, on va faire chou blanc», avoue-t-il. Comme le marché des banques est particulièrement ciblé et qu'il n'y a que quelques institutions bancaires au Québec, il va sans dire qu'il a pour objectif de les avoir comme clients de lancement, ce qui en feraient des ambassadeurs pour les ventes à l'étranger, surtout aux États-Unis. «Il y a 9000 banques aux États-Unis, dont 2000 de la taille de la Banque Nationale», souligne-t-il. Il dit avoir par ailleurs des discussions avec une vingtaine d'hôpitaux qui pourraient être des clients importants. Il fait valoir que la mobilité s'opère actuellement encore beaucoup en silos et que Freedomone peut éliminer une telle barrière dans les communications grâce à une capacité de «contextualisation» permettant aux employés, clients et partenaires d'effectuer des cycles complets de transactions à travers tous les canaux, tout en laissant à chacun la liberté d'emprunter le canal qu'il préfère. Les marchés visés avec cette plateforme que chaque entreprise peut aménager à sa guise sont multiples, en plus de ceux des banques et de la santé.

Natif de Jonquière où ses études au cégep lui ont apporté un diplôme de technique en informatique, M. Perron a acquis par la suite une vaste expérience, commençant par un stage de deux ans à L'Industrielle Alliance à Québec où il fait en même temps un baccalauréat en informatique, puis trois ans chez DMR tout en obtenant un MBA, ensuite un séjour en Europe pour un diplôme en commerce international et du travail dans deux entreprises. De retour au Québec, Cognicase, qui est en pleine croissance, l'embauche et le renvoie en Europe pour redresser quatre sociétés nouvellement acquises. Il s'est ensuite spécialisé dans les ventes à Montréal. Enfin, quand Cognicase a changé de propriétaire et qu'il venait lui-même de devenir père, il a jugé que le temps était venu pour lui de se stabiliser. Âgé de 35 ans, il a fondé Sourcevolution. Les débuts furent très modestes dans le service conseil, et deux ans plus tard, il se spécialisait dans l'intelligence d'affaires et l'architecture, qui sont demeurés ses deux créneaux pendant sept ans. Toutefois, le développement d'applications l'attirait beaucoup. «Dans les produits, le commerce est international et on sort des sentiers battus. Les autres cultures m'attirent beaucoup, ayant beaucoup voyagé. Ici, entre Montréal, Québec et Toronto, ça reste une communauté assez restreinte et les produits deviennent nécessaires pour rayonner à l'extérieur», raconte-t-il.

Aujourd'hui, Sourcevolution compte 150 employés et ses revenus, qui ont été de 15 millions l'an passé, devraient atteindre 18 millions cette année. 85 % de ses ventes s'effectuent au Québec et le reste en Ontario. L'entreprise, totalement privée, appartient à quatre partenaires, dont M. Perron, qui est l'actionnaire majoritaire. Pour sa part, Freedomone Mobile a pour l'instant 35 employés et appartient à trois des quatre actionnaires de l'autre entreprise. Le marché visé est à 95 % international. M. Perron a l'intention ferme de conserver au Québec toutes les activités reliées à l'innovation. «Plus je vendrai à l'extérieur, plus je grandirai au Québec», conclut-il.

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Collaborateur du Devoir