Moody's menace la Banque Royale de décote

Photo: Agence Reuters

La Banque Royale s'est dite surprise, hier, de voir son nom dans la liste des grandes institutions financières mondiales menacées de décote par Moody's. Avec cette crise de la dette souveraine continuant d'exercer des pressions sur le système financier, l'agence américaine entend revoir la cote de plus de 130 banques et institutions financières de calibre international.

Selon Moody's, l'environnement financier sous pression et le resserrement des exigences réglementaires viennent altérer les perspectives de profitabilité et de croissance à long terme de la plus grande banque canadienne selon l'actif. Tout en réitérant sa confiance de voir l'institution retrouver son erre d'aller une fois la crise derrière nous, elle estime que les défis actuels sont de nature structurelle pour les banques présentes sur les marchés des capitaux. RBC pourrait voir sa cote abaissée de deux crans, quoiqu'une décision définitive n'a pas encore été prise, a ajouté l'agence.

Au sortir de la crise financière de 2008, la Royale a intensifié son expansion dans le segment des banques d'affaires et du marché des capitaux. Elle s'est également délestée de ses activités de banques de détail aux États-Unis. Au terme de son exercice financier clos le 31 octobre 2011, la Banque Royale a affiché un bénéfice net de 4,85 milliards, contre 5,22 milliards en 2010. Au quatrième trimestre, le bénéfice a été de 1,6 milliard, en hausse de 43 % par rapport à celui du trimestre correspondant de 2010. Le président et chef de la direction de la banque, Gordon Nixon, faisait toutefois état de faiblesses dans la division des marchés de capitaux, qui a affiché un recul de 25 % de son bénéfice, à 278 millions, en raison de résultats «significativement moindres» de ses instruments à taux fixe. «Notre secteur global à taux fixe continue d'être affecté par des marchés changeants. Nous avons toutefois pris des mesures pour réduire le risque et l'ampleur de ces activités en réponse à la contraction du marché, et nous voyons déjà des bénéfices», avait souligné. M. Nixon.

En réaction hier, la plus grande banque au pays s'est dite surprise «de voir le nom de RBC dans cette révision; ceci est tout à fait injustifié. Ce geste n'aide en rien les investisseurs à distinguer entre les banques solides et celles qui sont faibles», déplore l'institution, par voie de communiqué. «La note de crédit et la capitalisation de RBC sont parmi les plus fortes au monde, dans l'ensemble des banques. Au cours des trois dernières années financières, les activités de RBC Marchés des capitaux ont été régulièrement profitables et représentent moins de 25 % du revenu total de RBC», a-t-elle ajouté.

L'information n'a pas eu d'incidence sur les marchés hier. Les analystes rappelaient que Moody's avait déjà abaissé la cote de la Banque Royale en décembre 2010 en raison de son exposition au marché des capitaux. Et que la cote de cette institution demeurait deux crans au-dessus de celle accordée par les agences DBRS et Standard & Poor's.

D'autant que, même si l'information contraire a déjà circulé, le nom de RBC n'apparaît pas dans la liste des banques et institutions financières représentant un risque systémique confiée à la supervision du Conseil de stabilité financière, désormais présidé par le gouverneur de la Banque du Canada, Mark Carney. Cette nomination, annoncée le 4 novembre dernier, était accompagnée de la publication d'une liste de 29 banques tombant sous sa surveillance parce trop importantes pour sombrer, et donc soumises à des contraintes réglementaires et des normes de capitalisation plus sévères. Cette liste ne comprenait aucune institution canadienne.

L'exercice de révision de Moody's annoncé hier concerne 17 grandes banques mondiales et 114 institutions financières européennes. Soulignant les pressions exercées par la crise de la dette souveraine sur le système financier, l'agence américaine a écrit que «les groupes qui opèrent sur les marchés de capitaux sont confrontés à des défis changeants, avec des conditions de financement plus fragiles, des écarts de crédit plus larges, un durcissement de la régulation et des conditions d'activité plus difficiles».

Outre la Royale, parmi les institutions de calibre international qui pourraient voir leur note abaissée de deux crans, on retrouve BNP Paribas , Crédit Agricole, Deutsche Bank, HSBC, Barclays et Goldman Sachs. Bank of America et Nomura pourraient voir la leur reculer d'un cran, alors que d'autres banques pourraient reculer de trois coches. Ce pourrait être le cas d'UBS, de Credit Suisse et de Morgan Stanley.

Cette révision à grande échelle s'inscrit dans un mouvement plus vaste visant la décote, par les agences, des pays aux prises avec un problème d'endettement. Lundi, Moody's avait abaissé les notes de six pays européens, dont l'Italie, l'Espagne et le Portugal, tout en avertissant qu'elle risquait de priver également la France, la Grande-Bretagne et l'Autriche de leur note AAA.

Le mois dernier, Standard & Poor's avait ouvert le bal, sans toutefois secouer les marchés, en retirant le triple A à la France et à l'Autriche. Elle avait déclassé sept autres pays de la zone euro et abaissé d'un cran la note du Fonds européen de stabilité financière. L'agence d'évaluation financière menaçait depuis le 5 décembre d'abaisser la note de 15 États de la zone euro, dont les six triple A.

C'est cette même agence qui a privé les États-Unis de leur triple A le 5 août dernier.
5 commentaires
  • Pierre Bellefeuille - Inscrit 17 février 2012 09 h 47

    «L'État et les banques, les dessous d'un hold-up historique» par Myret Zaki et Etienne Chouard »

    On vous explique tout dès les trente premières minutes :
    http://www.youtube.com/watch?v=TLjq25_ayWM

  • Raymond CHALIFOUX - Abonné 17 février 2012 10 h 10

    Impressionnant!

    Vraiment surprenant!

    Je n'aurais jamais pensé vivre assez vieux pour voir ça, la "king pin" des banques canadiennes, l'intouchable Royal Bank face à une décote...

    Ou c'est tout le système de cotation qui a besoin d'un solide coup de barre, ou les "finances de la planètre" sont sur le point de nous péter "big time" en plein visage...

    Pas rassurant tout ça, c'est le moins que l'on puisse dire...

  • ClimateCrisis - Inscrit 17 février 2012 13 h 25

    wow

    merci beaucoup pour ce lien !

    en voici un autre super interesaant a mon avis, moins long .

    d ou la source de la crise provient et d ou la perte des pouvoir des etats provient !

    a partir de 4 min sa buche :)

    http://www.youtube.com/watch?v=19SxQOEA8VQ

  • yom - Inscrit 17 février 2012 17 h 19

    Pour ce que ça change ...

    ... dans notre vie, les p'tits citoyens, qui nous contentons d'un compte bancaire parce que c'est plus pratique qu'un matelas de billets !