Débat sur le Plan Nord - Un boum minier au profit de qui?

L’épineux dossier du Plan Nord a donné lieu à une discussion pour le moins franche hier, à HEC Montréal. La députée péquiste Martine Ouellet et le député solidaire Amir Khadir ont carrément accusé les libéraux de brader les ressources naturelles du Québec. Le ministre délégué aux Finances, Alain Paquet, a répliqué en qualifiant ses adversaires de théoriciens du complot.<br />
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir L’épineux dossier du Plan Nord a donné lieu à une discussion pour le moins franche hier, à HEC Montréal. La députée péquiste Martine Ouellet et le député solidaire Amir Khadir ont carrément accusé les libéraux de brader les ressources naturelles du Québec. Le ministre délégué aux Finances, Alain Paquet, a répliqué en qualifiant ses adversaires de théoriciens du complot.

Grâce aux milliards de dollars qu'il compte investir dans son Plan Nord, le gouvernement Charest espère faciliter un boom minier déjà bien entamé. Mais il n'est pas question de s'engager dans un plan de prise de participation systématique dans les projets prometteurs qui iront de l'avant. C'est ce qu'a martelé hier le ministre délégué aux Finances, Alain Paquet, dans le cadre d'une série de panels organisée hier à HEC Montréal pour débattre du «chantier d'une génération». Ce dernier a aussi repris la maxime libérale selon laquelle le débat sur les redevances est clos.

Pour le moment, Québec a prévu de prendre des participations dans des projets miniers pour un montant total de 500 millions de dollars. Cette somme est jugée nettement insuffisante par plusieurs économistes, qui font valoir que les minières ont déjà prévu des projets d'exploration et d'exploitation pour un total de 20 milliards de dollars. Le Parti québécois a par exemple ouvert la porte à des «participations majoritaires» dans certains projets jugés «stratégiques».

L'ancien premier ministre Jacques Parizeau a aussi invité le gouvernement à assujettir toute aide publique à un mécanisme de réciprocité qui obligerait les entreprises à céder à l'État une participation équivalente de leur actionnariat. Uniquement d'ici 2016, Québec prévoit dépenser 1,2 milliard pour développer des infrastructures qui serviront d'abord aux entreprises qui souhaitent exploiter des gisements au bénéfice de leurs actionnaires.

Mais le ministre Paquet a refusé de s'engager dans une telle avenue, allant même jusqu'à associer de telles idées aux défunts régimes totalitaires. «Il y aura des participations, mais pas dans tous les projets. On ne met pas de règle arbitraire.» Pourquoi ne pas statuer que l'État pourrait prendre, globalement, une participation de l'ordre de 40 %, ou encore 50 %? «En économie, bien que les États, en Union soviétique ou ailleurs, aient eu la volonté d'appliquer des règles absolues et arbitraires, ça n'a pas été [un succès] économique, social ou environnemental. On se souvient encore de l'Europe de l'Est», a-t-il laissé tomber.

Il estime en fait que des engagements financiers trop importants pourraient nuire aux autres missions de l'État. «Il y a des investissements importants qui vont être faits, mais ce n'est pas vrai que je peux recommander au gouvernement de prendre 100 % des risques dans l'exploration. Si on met l'argent là, acceptons de ne pas mettre davantage d'argent dans les universités, acceptons de ne pas mettre davantage d'argent en santé, acceptons de ne pas faire des investissements dans nos infrastructures, qui ont été longtemps négligées.»

Selon lui, «on a le potentiel de réussir le Québec, non pas sur la base d'une vision dogmatique où l'État dit tout le monde ce qu'il doit faire, mais où l'État a un rôle à jouer». Dans le cadre du Plan Nord, l'État aura effectivement un rôle important. Hydro-Québec doit notamment développer pour pas moins de 47 milliards de dollars de projets. Et toujours plus vers le nord, avec l'augmentation des coûts que cela implique. Une autre tranche de 33 milliards servira au déploiement de l'industrie minière et des infrastructures. Impossible cependant de savoir quelle portion de cette facture sera acquittée à même le trésor public. On sait toutefois que l'État devra acquitter la totalité de la facture de 900 millions pour la restauration des sites miniers abandonnés.

Sans prendre clairement parti pour des participations de l'État dans les projets miniers, le président de Raymond Chabot Grant Thornton Infrastructure, Emilio Imbriglio, a toutefois souligné que les minières ne seraient pas nécessairement effrayées, du moment que les règles sont claires. «Les entreprises sont réfractaires au manque de transparence. Elles ne sont pas réfractaires à la transparence. Donc, si on veut adopter des règles de contenu québécois ou une structure quelconque, l'important est de le dire tôt et qu'on ne change pas les règles.» Il a aussi dit que les fonds de travailleurs — qui gèrent plus de neuf milliards de dollars d'actifs d'épargnants québécois — pourraient très bien investir dans le secteur.

3000 % de zéro?

Reprenant le discours de ses collègues, Alain Paquet a par ailleurs maintenu fermée la porte aux discussions au sujet du régime de redevances. Selon lui, le Québec pourrait bien les augmenter à «3000 %», mais si cela fait fuir les minières, «3000 % de zéro, ça donne zéro».

Le ministre a même cité M. Parizeau, qui avait salué la hausse de 12 % à 16 % décrétée par le gouvernement. L'ancien premier ministre a plutôt dit, en entrevue au Devoir, que cette augmentation ne représentait «pas grand-chose», avant d'ajouter qu'il est difficile de bien comprendre ce qui revient réellement à l'État, tant le calcul des redevances et des mesures fiscales offertes aux minières est «complexe».

La députée péquiste Martine Ouellet a d'ailleurs déploré hier que Québec ne dévoile pas de chiffre «mine par mine» pour les redevances perçues. Elle a aussi rappelé qu'en 2010, 10 compagnies minières sur 19 n'en ont payé aucune. Pour 2011, l'État aurait reçu plus de 300 millions en redevances. Un montant duquel il faudrait déduire les mesures fiscales offertes aux minières. Les entreprises ont quant à elles exploité pour huit milliards de dollars de ressources qui appartiennent théoriquement aux citoyens.

En plus de réclamer un «débat» sur la question des redevances, la députée de Vachon a plaidé pour des engagements fermes dans la transformation du minerai québécois en sol québécois. Une idée tout à fait plausible dans le cas de certaines ressources, comme les terres rares, a soutenu le président de l'Association de l'exploration minière du Québec, Jean-Marc Lulin. Le ministre Paquet n'a pris aucun engagement à ce sujet.

Bref, le principal problème, a résumé le porte-parole de la Coalition Québec meilleure mine, c'est que le Plan Nord n'a fait l'objet d'aucun débat public avant son lancement. «Alors qu'on fait des consultations publiques pour les projets d'éoliennes ou encore les aires protégées là, on nous annonce des investissements de 80 milliards de dollars et on ne consulte pas la population», a fait valoir Ugo Lapointe. Par exemple, alors qu'il est souvent question du prolongement de la route 167, le gouvernement évoque peu que des projets de mines d'uranium sont prévus. Or, l'exploitation de ce minerai est controversée.
43 commentaires
  • ClimateCrisis - Abonné 31 janvier 2012 01 h 57

    pauvres liberaux incompetents a la solde du 1 %

    de toute facon les liberaux( conservateurs?) sont dans le champ pour la enieme fois.

    juste a regarder en Chine , la-bas l etat prend pres de 50% partout ou c est payant.....
    et sa marche , il devienne riche rapidement.
    pauvre petit parti de Charest, comme dans le temps de Duplessis, une clique de porteur d eau !

  • Pierre Cossette - Inscrit 31 janvier 2012 05 h 27

    Et Amir ...

    qu'on voit à l'arrière interrogatif n'avait-il rien à dire ? Dans votre article on donne la parole aux firmes comptables, au Parti Libéral, aux Péquistes et on oublie Amir, sûrement un manque d'espace ou une coupe un peu grossière de l'article en question. Peut-être votre journaliste s'est-il endormi pendant l'allocution du co-chef Solidaire.

  • L Eclair - Inscrit 31 janvier 2012 05 h 41

    Une occasion en or

    Le contexte actuel fait des libéraux les maîtres en poste à Québec. La majorité des québecois en a décidée ainsi et ma parole je n'en fait pas parti.
    Pourquoi tant d'acharnement à ne pas vouloir saisir cette occasion en or de redorer leur image et de se rendre fière d'enrichir le Québec ? Au lieu de ça on veut l'endetter. J'ai peut-être mal compris, mais je ne vois pas quand dans ce plan nord l'écriture comptable ne sera plus rouge. Oui il y a les emplois mais les revenus d'impôts suffiront-ils à rembourser les sommes investis et si oui dans combien de décennies ... 30, 40 !!! Ce mal social libéral ne semble bon qu'à créer des dettes et à ne faire autres choses qu'alourdir le fardeaux fiscal des payeurs de taxes, tout en réduisant les services en diminuant la taille de l'état. Ma parole, la population grandi et on réduit la taille de l'état.
    Ils ont pourtant une occasion en or de retrouver la faveur populaire qu'ils ne daignent pas saisir. C'est à n'y rien comprendre, sinon qu'ils profitent d'un manque d'opposition. Sont-ils sur la voie de la Kleptocratie ?

  • Roger Lapointe - Inscrit 31 janvier 2012 06 h 04

    Mais où était donc la CAQ dans cet important débat?

    Étrange que la CAQ qui se manifeste toujours sur toutes les tribunes,ait été absente de cet important débat portant sur le développement du nébuleux Plan Nord de Charest. Pour revenir à ce plutôt nébuleux plan pour le moment, le PLQ qui est toujours prêt à dépenser nos impôts pour garnir les coffres des minières qui soit dit feront des milliards de profits nets durant 15 ou 25 ans de l'exploitation ,refuse d'investiir dès le début sur des gisements prometteurs comme celui d'Éléonore de Goldcorp par exemple. Par le truchement des organismes d'État, le gouvernement Charest a pris des engagements financiers dans le projet diamentifère Stornoway situé au nord de Chibougamau, qui ne sera peut être pas le plus rentable de tous,mais enfin c'est un premier pas pour recouvrer les millions promis pour la construction de la route d'accès à ce gisement.
    Les gisements aurifères se révèlent pourtant pour les années à venir, parmi les plus intéressants dans lesquels investir.

  • Raymond Lutz - Inscrit 31 janvier 2012 06 h 18

    Et 0% de 3000 ça fait combien, le p'ti génie?

    Quand donc les journalistes vont-ils cesser de relayer de tels "sourd bites" imbéciles?

    On a le choix:
    3000% de 0 = 0$ mais il nous reste notre or;
    ou 0% de 3000 = 0 et il nous reste plus rien (sinon quelques terrains à décontaminer et des routes à finir de payer)...

    Un journaliste qui relève les conneries ne se fait plus inviter, c'est ça?

    Googlez "cenk msnbc" pour un récit franc de ce qui arrive quand un journaliste (ou ici un animateur TV) est critique...