Unimat - Une nouvelle enseigne, reflet d'une nouvelle réalité

René Labrecque a travaillé durant une vingtaine d’années pour les géants Rona et Réno-Dépôt avant de se joindre à Unimat. <br />
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir René Labrecque a travaillé durant une vingtaine d’années pour les géants Rona et Réno-Dépôt avant de se joindre à Unimat.

«Nous sommes un jeune détaillant», lance René Labrecque, directeur général d'Unimat, la nouvelle enseigne du secteur quincaillerie et machines agricoles, qui est l'une des cinq divisions de la Coop fédérée. Appliquer le qualificatif «jeune» à ce cas précis peut sembler paradoxal puisque les coopératives agricoles existent au Québec depuis le début du XXe siècle. Il y en avait même 350 à la fin de la Première Guerre mondiale. Leur nombre a par la suite régressé au rythme de l'évolution de l'agriculture et du nombre de fermes. La période de repli semble terminée et ces coops ont pris depuis quelques années «le virage détail» avec Unimat comme étendard.

Le nom même d'Unimat a été adopté en 2004 par la Coop fédérée, elle-même fondée en 1922 et regroupant maintenant 106 coopératives appartenant à 95 000 membres. C'est le recrutement de marchands indépendants qui a d'abord incité à l'adoption d'une enseigne n'incluant pas le mot coopérative. Jusqu'alors, la Coop fédérée, pour ce qui est des produits de quincaillerie, n'était le fournisseur que de coopératives agricoles. Mais de toute façon le virage détail aurait conduit à l'adoption d'une enseigne unique. Entre 2008 et 2011, toutes les coopératives concernées, sauf deux, ont opté pour le nom d'Unimat. Il y avait aussi une question d'image en jeu.

Il faut dire que traditionnellement, la Coop fédérée et ses coopératives agricoles membres ont eu comme culture d'entreprise de se limiter à ne réagir qu'à la suite de demandes provenant de leurs membres et clients, ce qui était tout à fait contraire à un positionnement dynamique, sans stimulant pour provoquer la croissance. Le «virage détail» voulait dire devenir beaucoup plus actif dans le marché, en ayant recours aux circulaires, messages publicitaires et Internet. Cela voulait dire aussi aller voir des marchands indépendants pour les inciter à faire leur cette enseigne nouvelle.

«On commence à peine à se faire remarquer», confie M. Labrecque, qui n'est devenu directeur général du secteur quincaillerie et d'Unimat qu'en octobre 2009. Auparavant, il avait travaillé pendant une vingtaine d'années pour Rona et Réno-Dépôt. Pourquoi avoir délaissé cette grande chaîne pour un réseau nettement plus modeste, à peu près uniquement présent dans les régions rurales? «J'étais à la recherche d'un défi professionnel qui me permettrait d'exercer un pouvoir d'influence dans les grandes orientations d'une entreprise», dit cet homme, détenteur d'un bac en management et d'un MBA.

La direction générale d'Unimat est installée à Trois-Rivières, de même que le centre de distribution pour tout le réseau. Il y a 230 employés dans cette ville et le réseau en compte pour sa part près de 2000. Le réseau, dont le chiffre d'affaires dépasse les 300 millions, regroupe 177 magasins, dont 30 sont des marchands indépendants. Sur les 177 magasins, neuf se trouvent au Nouveau-Brunswick et deux dans le Sud-Est ontarien. Tous les autres sont au Québec, la plupart du temps dans de petites localités et un seul dans une grande ville, soit à Québec (quartier Loretteville). «On vise à consolider notre réseau en région, pour éventuellement attaquer le marché semi-urbain», mentionne M. Labrecque. Au cours des sept dernières années, les revenus ont augmenté de 70 %. Entre 2008 et 2010, 5 millions ont été investis dans des travaux de rénovation et, en 2011 seulement, des investissements additionnels de 9 millions ont été consentis.

Grande surface à Thetford Mines


Ce bond important des investissements l'an dernier s'explique surtout par l'ouverture en novembre dernier d'un premier magasin d'une surface de 32 000 pieds carrés, ce qui a nécessité un investissement de 7 millions de la part de la Coop des Appalaches et de la Coop fédérée qui est ainsi devenue copropriétaire, en plus d'être évidemment le principal fournisseur.

Au départ, l'intention était d'avoir une superficie de 20 000 pieds carrés, mais l'achat à un prix inférieur d'un ancien magasin Provigo ayant une plus grande surface a fourni l'occasion de créer un concept nouveau chez Unimat et de se démarquer avec une cour à bois intérieure. Pour la première fois, Unimat regroupe sous un même toit neuf catégories de produits, soit la plomberie, l'électricité, la quincaillerie, les matériaux de construction, la peinture, la décoration et bien sûr les articles agricoles, acéricoles et les produits de jardinage.

«Nous avons des coopératives très dynamiques et elles sont notre moteur de développement. Nous, nous ne sommes que le facilitateur. À la Coop des Appalaches, le directeur général, René Thériault, est l'artisan du développement», souligne M. Labrecque. Cette coopérative constitue d'ailleurs un bel exemple de l'évolution de tout le secteur des coopératives en milieu rural. En 1983 a eu lieu la fusion de trois sociétés de coopératives agricoles (SCA), soit celles de Laurierville (fondée en 1929), de Lyster (1931) et de Plessisville (1937). En 1998, il y a eu la création de l'entreprise porcine Hybrilla, en partenariat avec la Coop des Bois-Francs. Il y a eu ensuite l'acquisition de la SCA de Thetford Mines en 2001 et de la quincaillerie Duguay de Black Lake en 2003. La conclusion d'un partenariat avec la Coop de Saint-Pierre-de-Broughton en 2008 a eu pour résultat que la Coop des Appalaches compte désormais 3000 membres, dont 570 producteurs agricoles, 120 employés et un chiffre d'affaires de 53 millions avec des productions dans le porc, le lait, les légumes, l'aviculture, sept succursales dans la rénovation, etc.

Il y a donc en région une économie en bouillonnement. M. Labrecque y voit désormais une tendance inverse à celle des dernières décennies, alors que les campagnes et les villages se vidaient. Aucune des coopératives de son réseau n'envisage la fermeture, le marché des chalets est devenu important pour Unimat. Il note une nouvelle vitalité en Gaspésie et il y a le Plan Nord. Cela étant dit, le directeur général d'Unimat ne s'attend pas à la même croissance que celle de la décennie précédente. Il prévoit modestement une augmentation moyenne des revenus de 3 %, ce qui correspond quasiment au taux d'inflation. Selon lui, le secteur de la construction est en ralentissement. «2012 ne sera pas meilleure que 2011 et 2013 va ressembler à 2012», dit-il. L'annonce récente de la fermeture de la société minière Lab Chrysotile, qui entraînerait la perte d'environ 300 emplois dans la région de Thetford, serait certes un dur coup si le plan de relance sur lequel on travaille devait échouer, mais l'économie de cette région qui, dans le passé, vivait exclusivement de l'industrie minière s'est largement recyclée, en adoptant le modèle de sa région voisine, la Beauce, qui est, comme tout le monde le sait, le royaume de la PME.

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Collaborateur du Devoir

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Unimat en quelques chiffres

2000 employés, dont 230 à Trois-Rivières

177 magasins, dont 11 hors Québec

300 millions de chiffre d'affaires