Le cri du coeur de la Coop fédérée - Va-t-on laisser tomber la relève agricole?

Photo: Agence Reuters
«Être producteur agricole est un métier difficile et de moins en moins valorisé. Les producteurs trouvent ça difficile de se faire critiquer constamment sur la place publique. Ils se font traiter de pollueurs ou se font dire qu'ils coûtent trop cher. Le secteur a déjà été bien vu, mais aujourd'hui, c'est marginal. Tout ça a un effet démoralisateur très fort», laisse tomber Claude Lafleur, au cours d'une rencontre avec Le Devoir.

À cette perception négative s'ajoutent des difficultés financières certaines, particulièrement pour les secteurs soumis aux règles implacables du marché, comme le boeuf, le porc, le veau ou le grain. Dans la production porcine, par exemple, les dernières années ont été particulièrement pénibles. Avec pour résultat que le Québec a perdu 430 de ses fermes porcines depuis 2008, soit 20 % du total.

Pourtant, assure M. Lafleur, «dans le secteur du porc, on a une expertise intéressante au Québec, mais pas de croissance présentement. On voit même une décroissance». Les producteurs d'ici ne peuvent tout simplement pas concurrencer leurs voisins américains, qui ont des coûts de production moins élevés. Ces derniers ont notamment des fermes beaucoup plus grosses et n'ont pas à respecter les mêmes règles en matière de bien-être animal et d'alimentation.

Globalement, tous secteurs confondus, le Québec perd environ 300 fermes chaque année. Depuis 2008, la province a ainsi vu disparaître 1200 fermes de veau d'embouche, 23 % de sa production de bouvillon d'abattage et 10 % de ses fermes ovines (près de 100 fermes).

Difficile, dans ce contexte, de générer une relève au Québec. «Dans les secteurs sous gestion de l'offre, comme la production laitière et la volaille, la relève n'est pas vraiment un problème. Mais dans les secteurs du porc, du boeuf et du grain, on voit que c'est beaucoup plus difficile. Imaginez les jeunes qui souhaitent prendre la relève de la ferme familiale quand partout les gens disent que l'agriculture va mourir demain matin. Il y a un découragement chez les producteurs.»

Et le temps presse, insiste M. Lafleur. «Il y a une génération d'agriculteurs qui travaillent dans des exploitations familiales et cette génération disparaît actuellement», souligne-t-il. La moyenne des agriculteurs au Québec a 54 ans. Le chef de la direction de la Coop fédérée espère donc que le gouvernement enverra un «signal fort» dans le cadre de sa future politique bioalimentaire. «Quel sera le message lancé par le gouvernement? Sur quels enjeux va-t-il mobiliser les producteurs?», demande-t-il.

Car il ne fait aucun doute, selon lui, que les années à venir pourraient s'avérer meilleures pour l'agriculture. «Dans un contexte de remontée des prix internationaux et de demande accrue, le secteur agricole va redevenir plus attrayant pour la relève. C'est pour ça qu'on tient à ce qu'on mise sur les programmes de relève. On ne peut pas se permettre de perdre un producteur par jour.»

Un message qui rejoint le discours prononcé par le nouveau président de l'Union des producteurs agricoles, Marcel Groleau, lors du dernier congrès de l'organisation. «Trop souvent, on a considéré le secteur agricole comme un secteur à la remorque de l'État, alors qu'il s'agit plutôt d'un moteur pour l'économie du Québec. Le secteur agricole, c'est 174 000 emplois directs et induits. Est-ce qu'un autre secteur peut en revendiquer autant? Il est entièrement durable et il va devoir produire davantage dans les années à venir, en raison de la hausse de la demande.» M. Groleau a du même souffle réclamé un «plan agricole» pour le Québec, en référence au Plan Nord des libéraux.

Et non seulement il faut valoriser davantage l'agriculture, mais le Québec doit aussi comprendre que de détruire des terres agricoles au nom de l'étalement urbain «n'a pas de sens». «Seulement 2 % des terres du Québec sont propices à l'agriculture. Détruire ces terres est une erreur historique», affirme Claude Lafleur.

La Coop fédérée compte 106 coopératives affiliées qui emploient un total de 10 000 personnes. Entreprise spécialisée dans les fournitures agricoles et les produits alimentaires, elle a réalisé un chiffre d'affaires de 4,6 milliards de dollars en 2011.

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