Les coops, alternatives au capitalisme sauvage

Monique F. Leroux, présidente du Mouvement Desjardins, n'est pas la seule à penser qu'on peut faire davantage pour favoriser les coopératives.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Monique F. Leroux, présidente du Mouvement Desjardins, n'est pas la seule à penser qu'on peut faire davantage pour favoriser les coopératives.

Québec — Fleuron québécois, solution de rechange au capitalisme sauvage, le modèle des coopératives a tout pour plaire en ces temps d'instabilité économique. Or ses réussites demeurent trop confidentielles, juge la présidente du Mouvement Desjardins, Monique F. Leroux.

Les coopératives et mutuelles font travailler 92 000 personnes au Québec et génèrent un chiffre d'affaires de plus de 25,6 milliards. Elles sont très présentes dans les domaines financier et agricole (Desjardins, la Coop fédérée, Agropur). Mais on les retrouve aussi dans les services de garde (le réseau des CPE), le logement (les coopératives d'habitation), la santé, la culture, l'environnement et même le commerce au détail avec des entreprises comme Mountain Coop.

Et surtout, ce volet de l'économie est plus durable parce que ses entreprises ne sont pas cotées en Bourse. Les coopératives ont un «effet stabilisateur» sur l'économie, résumait hier le député fédéral Steven Blaney lors du lancement de l'Année internationale des coopératives de l'ONU.

Mais qui s'en soucie? «Généralement, les organisations coopératives ne sont pas bien connues, déplorait hier Mme Leroux. Elles ne font pas les manchettes des journaux et des annonces tous les trimestres.»

Cette tendance, les organisateurs de l'année internationale entendent bien la renverser cette année avec la tenue à l'automne d'un grand sommet international sur le sujet à Lévis et Québec. Pas moins de 2000 personnes et 125 experts, dont «plusieurs Prix Nobel», y sont attendus.

Mme Leroux, qui siège au comité consultatif de l'année pour l'ONU, compte sur cette occasion pour donner aux coops leurs «lettres de noblesse».

La chef d'entreprise croit que les coopératives doivent se faire entendre davantage dans les milieux économiques et universitaires.

«Si vous étudiez à la Faculté d'administration de l'Université Laval ou ailleurs, vous allez avoir beaucoup de références sur le management et la finance des entreprises cotées en Bourse. Mais sur le management du mouvement coopératif, vous n'en trouverez pas beaucoup.»

C'est dans cet esprit que Desjardins a commandé à Deloitte et McKinsey & Co. deux études de fond sur les coopératives dans le monde. Les résultats qui seront connus lors du sommet seront d'autant plus intéressants que, de l'aveu même de Mme Leroux, ces deux firmes «ne se sont jamais vraiment intéressées» au sujet.

Lors du sommet, Desjardins veut aussi parler du peu d'intérêt des simples citoyens pour le modèle coopératif. Les membres propriétaires des coopératives et mutuelles «ne participent plus, ou que minimalement à la vie associative, fondement même du modèle d'affaires coopératif», peut-on lire dans le programme. D'emblée, les consommateurs «n'y accordent aucune importance», ajoute-t-on.

Mme Leroux souhaite aussi discuter des difficultés qu'ont les coopératives à mobiliser du capital lorsqu'elles grandissent. «Les entreprises corporatives peuvent émettre des actions et accumuler du capital avec la Bourse, explique-t-elle. Le modèle coopératif n'est pas basé sur cette logique, mais sur celle des parts individuelles des personnes, alors il faut développer de nouveaux outils.»

Mme Leroux n'est pas la seule à penser qu'on peut faire davantage pour favoriser les coopératives. Le chroniqueur politique Jean-François Lisée, par exemple, est intervenu souvent sur le sujet ces derniers mois. «Quand une entreprise est sur le point de fermer, il devrait y avoir un mécanisme pour savoir si les cadres et les salariés ne seraient pas en mesure de la reprendre», dit-il. À son avis, les coopératives pourraient être plus présentes. «Il y a énormément de choses en ce moment qui se font dans l'économie traditionnelle et qui pourraient se faire dans l'économie sociale et coopérative comme l'industrie de la construction, par exemple. La principale entreprise de construction au Canada anglais, elle est la propriété de ses salariés.»

Dans d'autres secteurs, comme la cueillette des déchets, ajoute-t-il, «l'économie sociale est en compétition avec le secteur privé et est en train de lui prendre des parts de marché».

Le Sommet international des coopératives se déroulera à Québec et Lévis du 8 au 11 octobre prochain. Il est organisé par Desjardins en collaboration avec l'Alliance coopérative internationale et la St. Mary's University.
 
20 commentaires
  • GLabelle - Inscrit 13 janvier 2012 01 h 44

    en tout cas

    c'est pas l'entreprise privée au PDG auto-proclamé de la CAQ qui va valoriser ce secteur important!

  • Raymond CHALIFOUX - Abonné 13 janvier 2012 06 h 45

    Bonjour la rigolade!

    N'importe quoi! À mourir de rire (ou de chagrin, pour ne pas dire de rage...) ces propos!
    Pour ceux qui se sont déjà frottés aux méthodes de la Coopérative agricole de Granby-Agropur du temps de la course à la concentration entre les mains d'Agropur de la propriété des installations québécoises de transformation du lait (le rachat par Granby des laiteries régionales telles que les Lowe's, à Lachute, Léveillée, à Ste-Thérèse, JJJoubert, à Montréal, pour ne nommer que celles-là..) allez un peu demander à ceux qui se sont frottés aux méthodes Agropur d'alors si dans un texte titré "Les coopératives, une alternative au capitalisme sauvage" on peut citer "le gang du lait"...

    Allez demander à ceux qui s'essaient ou se sont déjà essayé à produire hors du cénacle! Allez demander à ceux qui dans les années 1980 ont acheté des franchises de bar laitier d'Agropur - d'abord nommée "Maître Glacier" puis "Maître "Québon" (Allez les mecs! Vous changez vos enseignes, vos affiches, vos cartes d'affaires, tout le pataclan, allez ouste! Québon c't'un beau nom et faut qu'il soit vu partout, on a décidé ça!) Pour ensuite "faire un bon deal avec Dunkin Donut", puis transférer inopinément la production à Laura Secord, pour ensuite vendre sans prévenir et contre le gré des principaux intéressés, à "La Crémière"!!! Tout ça en l'espace de quatre ans!

    À l'époque, je suis passé par le secrétariat et par la présidence de l'association des franchisés d'Agropur et je puis vous dire que les gars d'Agropur à Granby et à ville d'Anjou, entre nous, leur surnom c'était "les tab... de bulldozers"!

    Alors allez raconter ces sornettes à d'autres voulez-vous et laissez-nous continuer de tenter d'oublier comment, à l'époque de l'épopée, on a été traités!

    Et anyway, essayez donc, 30 secondes, et avec sérieux comme dans "Je te tiens par la barbichette..." - de convaincre quiconque qu'on peut jouer au capitalisme en jouant autre

  • Sylvain Auclair - Abonné 13 janvier 2012 08 h 03

    Les CPE, des coops?

    Je pensais que c'étaient des OSBL.

  • Louis-Gerard Fregeau - Inscrit 13 janvier 2012 08 h 11

    Alternative difficile à implanter

    Je suis de tout cœur avec Mme Leroux. malheureusement, pour avoir essayer d'en démarrer deux coopératives, dont une de travailleur, je souligne que la recherche de financement est très difficile parce que même Desjardins demande des garanties provenant des initiateurs du projet. Conséquence, en démarrage, les initiateurs d'une coop perçoivent mal les avantages et les règles de fonctionnement et finissent par choisir, avec frais, la compagnie.

    Mais je ne désespère pas, un jour se sera la solution

  • Claude Kamps - Inscrit 13 janvier 2012 08 h 19

    Une vrais COOP

    ne se prend pas pour une Banque et ne charge pas plus pour ses services que les banque. En plus, combien de gens on du se battre pour avoir droit à l'assurance qu'ils avaient contracté???

    Une vrais COOP est à coté de ses coopérateurs et ne les considèrent pas comme des clients à plumés...

    En 1970 COOP de Desjardins c'était la bouée de sauvetage des petits, 40 ans plus tard, on y voit une autre banque avide ....