L'austérité conservatrice rapporte

Kevin Page n’a pas l’habitude de chanter les louanges du gouvernement. Cette fois, le directeur parlementaire du budget dit avoir constaté qu’Ottawa se voit récompensé dans ses efforts pour contrôler ses dépenses.<br />
Photo: Agence Reuters Chris Wattie Kevin Page n’a pas l’habitude de chanter les louanges du gouvernement. Cette fois, le directeur parlementaire du budget dit avoir constaté qu’Ottawa se voit récompensé dans ses efforts pour contrôler ses dépenses.

Ottawa — La cure minceur imposée par le gouvernement Harper aux finances publiques commence déjà à porter des fruits, constate le directeur parlementaire du budget.

Dans son rapport sur les dépenses fédérales de la première moitié de l'année financière en cours, publié hier, Kevin Page révèle que les dépenses totales du gouvernement ont chuté de 3 %, à 123 milliards, comparativement à la même période l'année précédente. Cette baisse est principalement attribuable à la fin du programme de relance économique du gouvernement fédéral, notamment les énormes dépenses en infrastructures.

Au chapitre des coûts de fonctionnement du gouvernement — notamment le salaire des 500 000 fonctionnaires —, Ottawa fait mieux encore, selon M. Page. Pendant la première moitié de l'année financière, ces dépenses ont chuté de 4 % comparativement à la même période l'année précédente. Certaines de ces réductions enregistrées pourraient être tout simplement liées à la période de l'année, et le bureau du directeur parlementaire du budget a d'ailleurs rappelé qu'Ottawa prévoyait une hausse de 1,5 % de ses dépenses totales pour 2012.

Les économies réalisées dans le budget de fonctionnement du gouvernement sont susceptibles d'être appliquées tout au long de l'année, et d'augmenter au cours des années suivantes.

M. Page note que le gel de deux ans des dépenses des ministères, entré en vigueur cette année, commence ainsi à donner des résultats, essentiellement grâce au gel de l'embauche et au non-remplacement des employés qui prennent leur retraite.

«On commence à voir qu'une véritable restriction est mise en place. On sent que l'austérité est de mise et que l'argent ne coule pas à flots. Le gouvernement avait dit qu'il le ferait, et nous en voyons les résultats dans les chiffres», a expliqué M. Page en entrevue.

Gregory Thomas, de la Fédération canadienne des contribuables, affirme qu'il était plus que temps. Le lobby, qui favorise des impôts réduits, affirme que les conservateurs se sont adonnés à des dépenses frénétiques pendant les bonnes périodes comme pendant les mauvaises. «Nous espérons que ce sera la nouvelle approche adoptée par le gouvernement Harper, maintenant qu'il est en situation majoritaire», a-t-il soutenu.

Le porte-parole libéral en matière de finances, Scott Brison, a prévenu que les Canadiens pourraient bien voir des répercussions de ces mesures dans les services qui leur sont offerts. Il a notamment fait état de plaintes documentées dans le processus de réclamation des primes d'assurance-emploi.

M. Brison a par ailleurs lancé que le gouvernement conservateur n'avait aucune difficulté à trouver les fonds nécessaires pour construire de nouvelles prisons. Le rapport du directeur parlementaire du budget révèle en effet que le Service correctionnel du Canada a échappé au couperet du gouvernement Harper. Les dépenses en capital de cet organisme ont augmenté de 146 % au cours des six premiers mois de l'année financière, vraisemblablement en prévision de la nouvelle loi omnibus sur la criminalité du gouvernement conservateur. Le Service correctionnel prévoit par ailleurs embaucher 4000 employés supplémentaires pour faire face à une augmentation de la population carcérale.

Le projet de loi C-10 est actuellement à l'étude au Sénat.

M. Page a par ailleurs réitéré sa demande d'une plus grande transparence du gouvernement Harper sur ses mesures d'austérité, alors que le budget fédéral sera présenté prochainement et comprendra d'autres réductions de dépenses. L'objectif sera de réduire de 5 à 10 % les dépenses ministérielles sur une période de trois ans.

Le ministre des Finances, Jim Flaherty, a souligné que les détails n'étaient pas encore réglés, mais que certains ministères pourraient devoir réduire de plus de 10 % leurs dépenses.