D'autres difficultés en vue

Bruxelles — La pression des marchés obligataires sur la zone euro sera «très importante» au premier trimestre de l'an prochain, a déclaré hier le président de la Banque centrale européenne (BCE), Mario Draghi.

Il a souligné qu'au cours des trois premiers mois de 2012, quelque 230 milliards d'euros d'obligations bancaires arriveront à échéance, de même que 250 à 300 milliards d'euros d'obligations souveraines et plus de 200 milliards d'euros d'obligations à collatéral. «Par conséquent, la pression que connaîtront les marchés obligataires sera vraiment très, très importante, si ce n'est sans précédent», a-t-il expliqué lors d'une intervention devant la commission des Affaires économiques et monétaires du Parlement européen, ajoutant que les banques avaient aussi d'autres problèmes, comme le manque de fonds propres.

Symbole de ces tensions à venir, l'Italie, troisième économie de la zone euro, doit refinancer environ 150 milliards d'euros de dette arrivant à échéance entre février et avril l'an prochain.

Le nouveau patron de la BCE a par ailleurs estimé que, si la France perdait sa notation «triple A», d'autres pays perdraient la leur.

Mario Draghi n'a donné aucun indice laissant penser que la banque centrale pourrait modifier sa position sur son programme de rachats d'obligations, même si l'institution de Francfort doit tenir demain une opération de refinancement inédite avec des prêts illimités à trois ans destinés à apaiser les tensions sur le marché interbancaire. «Le traité européen spécifie très précisément quelles sont nos attributions, à savoir assurer la stabilité des prix à moyen terme. Le traité interdit également le financement [des déficits] par la politique monétaire et [...] nous voulons agir dans le cadre du traité», a-t-il fait valoir.

Mario Draghi a rejeté la création d'euro-obligations, jugeant qu'elle ne pourrait être effective que lorsque l'union budgétaire de la zone euro serait davantage une réalité qu'aujourd'hui. «Plus il y a des pays qui renoncent à une partie de leur souveraineté sur leur position budgétaire [...], plus les mérites d'un concept de type euro-obligation ressortiront, a dit le dirigeant. [Mais] si certains pays continuent à dépenser de leur côté, à taxer de leur côté, on ne peut pas imaginer des émissions communes.»

Évoquant l'avenir de la zone euro, Mario Draghi a balayé les craintes sur la survie de la monnaie unique. «Je n'ai pas le moindre doute sur la solidité de l'euro, sur sa permanence, sur son caractère irréversible», a-t-il insisté.

Le successeur de Jean-Claude Trichet a jugé que les nécessaires programmes d'austérité pour réduire l'endettement des États aboutiraient à un ralentissement de l'activité dans la zone euro, mais seulement dans un avenir immédiat, et ce retournement pourrait même être atténué grâce aux réformes adéquates. «Ce que nous voulons, c'est que cette contraction soit de court terme, et nous voulons activer tous les canaux pour permettre à la confiance de revenir sur le marché, aux écarts de taux de baisser, au coût du crédit de baisser, et à terme aux créations d'emplois de décoller», a-t-il poursuivi.

«L'activité dans la zone euro devrait se reprendre, bien que très progressivement, dans le courant de l'année 2012», a-t-il dit, mettant toutefois en garde contre un risque de récession si les banques ferment le robinet du crédit à l'économie réelle. «Ce que nous souhaitons, c'est éviter cette contraction grave du crédit qui pourrait provoquer un ralentissement supplémentaire de la croissance et une possible récession, a ajouté Mario Draghi. Nous voulons éviter ça.» Les mesures de crédit de la BCE doivent permettre de garantir aux banques l'accès à un financement stable afin qu'elles continuent de prêter aux entreprises et aux ménages, a-t-il souligné.

Risques accrus


La BCE a toutefois averti que les risques pesant sur la stabilité financière de la zone euro avaient considérablement augmenté au second semestre, alimentés principalement par les craintes de contagion de la crise de la dette et par des tensions sur le marché interbancaire. Dans son rapport biannuel sur la stabilité financière, la BCE estime que, dans le pire des cas, le monde pourrait retomber en récession, affaiblissant davantage des banques déjà fragiles.

«La crise du risque souverain et son interaction avec le secteur bancaire ont empiré dans le contexte de perspectives de croissance macroéconomiques affaiblies, lit-on dans ce rapport. Au final, la transmission des tensions entre souverains, entre les banques et entre ces deux derniers s'est intensifiée pour prendre les proportions d'une crise systémique sans précédent depuis la faillite de Lehman Brothers il y a trois ans.»

La BCE identifie quatre risques majeurs: le risque d'une intensification de la contagion, les tensions de financement sur les marchés, une hausse du risque crédit pour les banques combinée au ralentissement économique et enfin un dénouement brutal des déséquilibres mondiaux. Elle souligne que le risque de voir deux grandes banques faire faillite dans l'année à venir s'est accru à son plus haut niveau depuis que ce risque a commencé à être mesuré il y a quatre ans.

La BCE critique par ailleurs la réponse politique trop lente à la crise, estimant qu'elle n'a fait qu'empirer les choses en permettant à la contagion d'atteindre l'Italie et l'Espagne, les troisième et quatrième économies de la zone euro. «La possibilité que d'autres États souverains de la zone euro soient, par conséquent, confrontés à des difficultés de refinancement de leur dette reste l'un des risques les plus pressants pesant sur la stabilité financière de la zone euro», note la BCE, qui appelle à une mise en oeuvre «rapide et intégrale» des mesures promises par les dirigeants européens lors de leur dernier sommet au début du mois.

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