Les prévisions du Mouvement Desjardins pour 2012 - Au seuil d'une récession mondiale

Photo: Agence France-Presse (photo) Christophe Archambault

L'aggravation de la crise de la dette européenne amènera les économies de la planète au bord de la récession mondiale en 2012. Plus près de nous, le Québec et l'Ontario souffriront d'un secteur extérieur anémique, sous l'effet combiné de la faiblesse de l'économie américaine et de la récession dans la zone euro. En résumé, 2012 sera difficile, et l'espoir d'une reprise se déplace en 2013, si on suppose toutefois que l'actuelle crise financière s'atténuera graduellement l'an prochain.

Le vice-président et économiste en chef du Mouvement Desjardins, François Dupuis, présente une image plutôt sobre de l'économie en 2012. Selon les dernières projections des Études économiques du Mouvement Desjardins, publiées hier, la crise de la dette européenne, vieille de deux ans, s'est à ce point aggravée qu'elle continuera de dominer la scène économique l'an prochain. «Sauf exceptions, tous les grands pays verront leur croissance ralentir en 2012. [...] À 3,1 %, la croissance mondiale sera au seuil de ce que le Fonds monétaire international qualifie de récession mondiale», a souligné François Dupuis. L'économiste en chef entrevoit cependant une lueur d'espoir pour 2013, en supposant que l'actuelle crise financière s'atténuera au cours de 2012, «sans quoi le recul pourrait être plus important».

Tout demeure donc suspendu à la capacité des leaders européens de répondre adéquatement à cette crise qui s'est intensifiée au dernier semestre. «Trouver rapidement des solutions à la crise actuelle qui feront l'unanimité entre les 27 pays de l'Union européenne ou les 17 pays membres de la zone euro est un tour de force. Le pacte fiscal conclu en décembre est un pas dans la bonne direction, mais plusieurs questions restent encore sans réponse, surtout sur l'aspect du financement des mécanismes de sauvetage et de stabilisation proposés. Dans une telle situation, il est difficile de prévoir la suite des choses.»

Pour le Canada, l'économiste de Desjardins ne parle pas de récession. «Le Canada avancera à pas lents mais réguliers.» Des exportations plus anémiques, un recul des prix des ressources naturelles et une faiblesse de la demande intérieure, exacerbée par les efforts des gouvernements visant à réduire leurs déficits publics, devraient situer la croissance du PIB canadien autour de 2,1 % l'an prochain.

Le Québec et l'Ontario seront les provinces les plus touchées par la morosité générale, tant par leur secteur extérieur que par la demande intérieure. «L'Ontario devrait subir une contraction des dépenses publiques, alors qu'au Québec c'est l'augmentation du fardeau fiscal, dont l'augmentation de la taxe de vente du Québec, qui risque de nuire à la croissance de la consommation des ménages», ont ajouté les économistes de Desjardins. Mais, sous l'impulsion des investissements privés, le PIB du Québec est appelé à croître de 1,7 % en 2012 et celui de l'Ontario, de 1,9 %. Pour 2013, la hausse serait de 2,3 % et de 2,4 % respectivement, contre 2,5 % pour le PIB canadien.

Au sud, les économistes de l'institution québécoise n'avancent également pas de scénario de récession. Mais, en l'absence d'un leadership économique fort, la plus grande économie de la planète progressera timidement, avec une augmentation de 1,8 % du PIB en 2012 et de 2,1 % l'année suivante, contre 1,7 % en 2011.

Enfin, 2012 sera une année de statu quo pour les taux directeurs des principales banques centrales, avec la Banque centrale européenne (BCE) abaissant le sien à 0,5 %. «En 2013, la Banque du Canada pourrait être la première à amorcer le retour graduel des hausses de taux directeurs vers la mi-année, suivie de la Banque d'Angleterre et de la BCE. La Réserve fédérale américaine devrait plutôt attendre au début de 2014», a ajouté François Dupuis.

Mais tout cela vaut si les inquiétudes quant à la zone euro finissent par s'apaiser.