Un monde de moins en moins égalitaire

Une travailleuse japonaise d'un centre d'appel de Tokyo<br />
Photo: Agence Reuters Yuriko Nakao Une travailleuse japonaise d'un centre d'appel de Tokyo

Les inégalités de revenus entre riches et pauvres ne cessent de croître partout dans le monde. La situation est d'autant plus préoccupante, dit l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), que les mécanismes de répartition de la richesse s'avèrent aussi de moins en moins efficaces, particulièrement au Canada.

«La croissance des inégalités est devenue un problème universel», s'alarme le secrétaire général de l'OCDE, Angel Gurría, en introduction d'un rapport sur le sujet de presque 400 pages dévoilé aujourd'hui. «Il n'y a rien d'inévitable à l'ampleur et à l'escalade de ces inégalités», a-t-il ajouté.

En moyenne, les 10 % des plus riches ont désormais un revenu neuf fois supérieur à celui des 10 % les plus pauvres dans les 34 pays membres de ce club des économies développées, rapporte-t-on. Cette proportion n'a pas cessé de croître ces dernières années, passant de 10 pour 1 dans les années 80, à 12 pour 1, dans les années 90, puis à 15 pour 1 aux États-Unis, mais aussi de 5 pour 1 à 6 pour 1 en l'espace de 20 ans dans des pays plus égalitaires, comme la Suède, l'Allemagne et le Danemark, ou encore de 8 pour 1 à 10 pour 1 durant le même temps au Canada. Même les pays en voie de développement en sont victimes.

Déjà décrit dans un premier rapport de l'OCDE en 2008, mais encore plus observable aujourd'hui, ce phénomène est attribuable à plusieurs facteurs, dont les changements technologiques. Les gains de productivité et la création de richesses qui en a découlé ont, en effet, principalement profité aux travailleurs les mieux formés et déjà les mieux payés.

Ce groupe de privilégiés a aussi profité de l'adoption par la plupart des pays de politiques visant à rendre leurs marchés du travail plus flexibles et plus compétitifs. Ces mesures, qui se sont souvent traduites par des règles d'embauche et de mises à pied plus souples, des normes plus souples, des contraintes plus grandes à l'égard des syndicats et un salaire minimum plus faible, semblent bien avoir atteint leur objectif de création d'emplois. Le problème, observent les auteurs, est que ces nouveaux emplois sont souvent ceux de travailleurs autonomes ou à temps partiel moins bien rémunérés. De l'autre côté du spectre, les grandes multinationales et institutions financières se sont livrées à une surenchère pour attirer les meilleurs talents débouchant, constate Angel Gurría, sur «l'émergence d'une culture où le gagnant remporte toute la mise».

Quelques facteurs ont fait contrepoids à cette tendance lourde vers un écart croissant des revenus de marché. L'entrée d'une plus grande proportion de femmes dans la population active a amélioré le sort économique de bien des ménages. Aux États-Unis, les plus pauvres multiplient les petits emplois pour essayer de maintenir leur pouvoir d'achat.

Pire au Canada

Il existe un autre puissant moyen pour réduire les inégalités, rappelle l'OCDE: la fiscalité et les programmes sociaux. Les baisses d'impôt et le resserrement des règles des programmes sociaux ont toutefois considérablement réduit ce pouvoir égalisateur. Du milieu des années 80 au milieu des années 90 dans les pays de l'OCDE, ces outils publics arrivaient, en moyenne, à faire contrepoids à 60 % des nouvelles pressions inégalitaires venant du marché. Ce pouvoir n'est plus que de 20 % aujourd'hui.

Le recul s'avère encore plus marqué au Canada, rapporte-t-on. Autrefois comparable aux meilleurs pays en la matière qui se trouvent en Europe du Nord, ce rôle des pouvoirs publics canadiens est passé de plus de 90 % à un peu plus de 20 %. Cette dégringolade est beaucoup plus attribuable à la réduction des prestations d'assurance-emploi, d'assurance sociale et autres transferts calculés en fonction des besoins, qu'aux réductions d'impôt, expliquent les auteurs.

Seulement diffusé en anglais pour le moment et intitulé: Divided We Stand, le rapport de l'OCDE ne s'arrête pas à faire de distinction entre les provinces canadiennes. On sait toutefois que le Québec est généralement exposé aux mêmes forces que les autres économies, mais que ses mécanismes de répartition de la richesse sont restés plus efficaces qu'ailleurs au pays.

«La crise économique a rendu le problème des inégalités encore plus urgent qu'il ne l'était déjà, constate Angel Gurría. La cohésion sociale s'effrite dans plusieurs pays. [...] L'incertitude et le sentiment d'iniquité ont gagné la classe moyenne à plus d'un endroit.»

Éducation et impôt


La meilleure façon de réduire les inégalités est encore le développement «de plus d'emplois, et de meilleurs emplois», affirme-t-il. Et la meilleure façon d'y parvenir reste le relèvement du niveau de formation des travailleurs par la mise en place d'un parcours scolaire complet et riche, du plus jeune âge à l'université, mais aussi sous forme de formation continue toute la vie durant.

Un retour vers une fiscalité plus progressive est également impératif. «La part grandissante des revenus qui va aux plus fortunés signifie que ce groupe dispose aujourd'hui d'une plus grande capacité qu'auparavant de payer des impôts [...] afin qu'ils contribuent à une juste part du fardeau fiscal.»

Plusieurs gouvernements ont d'ailleurs déjà commencé à se pencher sur ces questions, constate-t-il. Il n'est pas seulement question d'augmenter les taux d'imposition sur les revenus supérieurs. On envisage aussi de réduire l'évasion fiscale, de réduire le nombre et l'importance des crédits d'impôt qui profitent toujours plus aux riches, ainsi que de réformer d'autres formes d'impôt sur les propriétés et les autres formes d'actifs.
16 commentaires
  • François Ricard l'inconnu - Inscrit 5 décembre 2011 07 h 12

    Le néo-libéralisme= un retour aux lois de la jungle

    Depuis au moins cinquante années, les médias, concentrés dans les mains de gros financiers voraces de pouvoir, font une propagande éhontée pour l'instauration de la seule "liberté" individuelle au détriment des libertés collectives qu'ils obnubilent de toutes les façons.
    Cette propagande néolibéraliste sévit depuis trente ans aux USA et la droite québécoise, comme canadienne d'ailleurs, s'abreuve à cette source.
    Selon la doctrine politique de la droite, chaque individu est moralement fondé à s'emparer du contrôle d'une part aussi importante des ressources qu'il est capable d'obtenir par le biais de méthodes légales mais pas nécessairement morales ou éthiques. Le gouvernement n'a que peu ou pas du tout de responsabilité pour assurer l'équité dans la distribution des ressources. La droite tire ainsi sa légitimité du fait qu'elle sollicite le désir de liberté de l'individu, à savoir la liberté de celui-ci de contrôler une part disproportionnée des ressources. C'est en laissant libre cours à la quête individuelle d'accomplissement et d'appât du gain que la société deviendra meilleure.
    La puissance aux riches!

  • Jean Peupu - Inscrit 5 décembre 2011 08 h 07

    les affairistes

    les pays sont menés par les grandes institution sans foi ni lois appartenant a des familles ultra riches et qui pillent et qui s accaparent des richesse partout dans le monde.en menant les gouvernements il gardent pour eux les bénéfices sans qu on soit capable de s y opposer c était pour cela les indignées a travers le monde sur une échèle moindre on voit ce qui se passe au Québec on se fait flouer sur tout bords et cotés.la perte de 40 milliards a la capot ,gas de shiste pétrole mines sont brader par notre wernement actuel .pendant se temps on a de la misère a boucler le budget du Québec et les indigents les personnes âgées a faible revenues peine a payer leurs factures qui augmente a un rythme effrénée .on fait rire de nous en pleine face et on se fait dévaliser par des gentlemans cambrioleurs a cravate

  • Christian Nadeau - Abonnée 5 décembre 2011 09 h 06

    À combien étaient imposés les plus riches lorsque l'économie allait bien?

    La majorité des gens s’étonnent devant ces chiffres:
    - Aux États-Unis, la tranche supérieure des revenus des plus riches était imposée à 91 % jusqu’en 1964.
    - Au Royaume-Uni, ce taux s’élevait à 83 % lorsque Margaret Thatcher est arrivée au pouvoir en 1979.
    - En France, les plus riches payaient entre 60 et 80 % d’impôt sur la tranche supérieure de leurs revenus durant toute la période de l’après-guerre.
    - Au Canada, le vent a tourné dans les années 1980 avec le gouvernement de Brian Mulroney. Les niveaux d’imposition sont passé de dix à trois (il y en a quatre aujourd’hui). Le taux le plus élevé, qui atteignait 46 % dans les années 1970, est aujourd’hui à 29 %.

    À combien étaient imposés les plus riches lorsque l'économie allait bien? http://socioeconomie.wordpress.com/2011/11/27/a-co

  • Jean_Yves - Abonné 5 décembre 2011 09 h 18

    Déjà mieux. on passe du 1% aux 10%.

    C'est que de croire les 99% restant vivent dans la pleine équité...

    Tout de même, on réussit ici aussi cette extraordinaire performance de traiter des inégalités sociale tout en passant à coté du véritable asservissement des citoyens au profit des employés d’état comme on peut le constater avec le dernier budget de ville de Montréal ou le coût salarial dépasse les 100,000$ en moyenne par employé!

  • Jacques Patenaude - Abonné 5 décembre 2011 09 h 41

    Les vraies causes de la crise Européenne se retrouvent dans cet article

    « Il existe un autre puissant moyen pour réduire les inégalités, rappelle l'OCDE: la fiscalité et les programmes sociaux.Les baisses d'impôt et le resserrement des règles des programmes sociaux ont toutefois considérablement réduit ce pouvoir égalisateur. ..... Autrefois comparable aux meilleurs pays en la matière qui se trouvent en Europe du Nord, ce rôle des pouvoirs publics canadiens est passé de plus de 90 % à un peu plus de 20 %. »

    « .... les grandes multinationales et institutions financières se sont livrées à une surenchère pour attirer les meilleurs talents débouchant, constate Angel Gurría, sur «l'émergence d'une culture où le gagnant remporte toute la mise» ''.

    Ces citations résument les causes de la crise de «l'endettement» de l'Europe. Voilà écrit le programme politique des banksters dirigés par le FMI, Goldman-Sach et les firmes de notations. Sous le prétexte de la dette, ils s'attaquent aux programmes sociaux des États européens parce qu'ils constituent un contre poids à l'établissement de cette «culture où le gagant remporte toute la mise.» déjà mise en place aux États-Unis et que Harper veut implanter ici.
    S'il ne faut pas nier l'existence de problèmes d'endettement en Grèce et l'italie, ce n'est pas le cas en Espagne. Mais pour ces banksters le remède est toujours le même: réduire les programmes sociaux même si d'autres moyens de régler l'endettement existent. Tel que le signale la conclusion de l'article, une fiscalité plus progressive, une lutte à l'évasion et l'évitement fiscal et une politique axée sur l'emploi plutôt que sur la spéculation seraient de biens meilleurs moyens de lutte à l'endettement.
    Les supporteurs du capitalisme sauvage disent qu'il faut créer la richesse avant de la redistribuer. En fait c'est le contraire qu'il faut faire: c'est en redistribuant la richesse qu'on la crée. Car la redistribution crée des marchés. La concentration de la richesse dans les ma