L'UPA réclame un Plan agricole

Marcel Groleau: «L’agriculture doit être vue pour ce qu’elle est: un investissement rentable.»
Photo: La Presse canadienne (photo) Francis Vachon Marcel Groleau: «L’agriculture doit être vue pour ce qu’elle est: un investissement rentable.»
«Trop souvent, on a considéré le secteur agricole comme un secteur à la remorque de l'État, alors qu'il s'agit plutôt d'un moteur pour l'économie du Québec. Le secteur agricole, c'est 174 000 emplois directs et induits. Est-ce qu'un autre secteur peut en revendiquer autant? Il est entièrement durable et il va devoir produire davantage dans les années à venir, en raison de la hausse de la demande», a plaidé M. Groleau en marge du 87e congrès annuel de l'UPA.

Et comme tout pan de l'économie qui génère des emplois et crée de la richesse, le secteur agricole devrait recevoir un soutien particulier de la part du gouvernement. M. Groleau a d'ailleurs souligné que Québec investit déjà pleinement dans des domaines qu'il juge stratégiques. C'est notamment le cas des alumineries, à qui les libéraux ont consenti d'importants blocs d'énergie en dessous du prix coûtant. «Elles font du très bon lobbying, a ironisé

M. Groleau, en conférence de presse. Je ne sais pas si elles donnent des cours.» Le nouveau président cite aussi l'exemple du secteur du jeu vidéo, qui bénéficie de généreux crédits d'impôt de la part de l'État.

Sans oublier le Plan Nord, qui pourra se déployer à grand renfort de fonds publics. «Nous ne sommes pas comme le secteur minier ou pétrolier. Nous sommes là pour durer, nous sommes là pour en vivre», a illustré Marcel Groleau. Dans ce cas, pourquoi pas un «Plan agricole au Québec, a-t-il ajouté. L'agriculture doit être vue pour ce qu'elle est: un investissement rentable, au même titre que d'autres secteurs appuyés par l'État comme l'aluminium ou les jeux vidéo.»

La situation est d'autant plus urgente que des milliers d'agriculteurs sont dans une situation précaire. Selon les chiffres avancés par le président de l'UPA, de 10 000 à 12 000 entreprises agricoles vivent aujourd'hui une situation financière difficile, voire périlleuse. C'est le tiers de toutes celles qui sont actives dans la province. «Plusieurs sont inquiètes de leur avenir. Plusieurs, surtout quand on parle de relève, doivent se questionner sur leur avenir.» Déjà, bon an mal an, le Québec perd 300 fermes chaque année.

Or, le ministre de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation, Pierre Corbeil, estime plutôt que le secteur agroalimentaire se porte généralement bien au Québec. C'est d'ailleurs le message qu'il est venu livrer mercredi lors de son allocution devant 450 délégués de l'UPA réunis pour leur congrès annuel. Selon lui, à peine 5 % des producteurs vivent des difficultés. Il a même profité d'un bref point de presse pour accuser les médias de dramatiser la situation parce que cela est plus «accrocheur».

M. Groleau juge qu'au contraire, la position de Québec est quelque peu jovialiste. «Le ministre Corbeil a dressé un bilan relativement positif de la situation. Il est vrai que certains producteurs vont bien, surtout ceux qui font partie des secteurs sous gestion de l'offre. Mais les secteurs de la viande, comme le porc et le bovin, ont été très touchés par la récession mondiale, mais aussi par la hausse du dollar canadien et les prix élevés des céréales.»

Et bien que l'UPA ait accepté l'enveloppe fixée à 630 millions de dollars pour le programme d'Assurance stabilisation des revenus de la Financière agricole — qui sert à combler la différence entre les coûts de production et la valeur sur le marché —, Marcel Groleau juge ce montant «insuffisant» pour affronter les multiples crises que traverse actuellement le monde agricole. En l'état actuel des choses, a-t-il affirmé, les producteurs assument une trop grande part des risques liés à cette industrie. «Si la part du risque que le producteur doit assumer est trop lourde, il risque de cesser les investissements, et cela a des conséquences sur la relève et les régions.»

Le nouveau chef syndical s'inscrit en outre dans la continuité de son prédécesseur, Christian Lacasse, dans plusieurs dossiers. Selon lui, le monopole syndical de l'UPA doit être maintenu malgré les demandes répétées d'organisations comme l'Union paysanne, qui souhaitent que Québec mette fin à cette façon de faire instaurée dans les années 1970. Il est d'ailleurs persuadé que le gouvernement Charest maintiendra le statu quo dans le cadre de la politique «bioalimentaire» qui se prépare.

Ancien dirigeant de la Fédération des producteurs de lait, il compte aussi défendre le système de gestion de l'offre. Le ministre d'État à l'Agriculture, Christian Paradis, lui aussi de passage au congrès de l'UPA hier, a justement assuré que le gouvernement Harper défendrait ce dossier dans le cadre des négociations de libre-échange en cours avec l'Europe, mais également dans le cadre des tractations en vue d'un accord Asie-Pacifique. Le Canada subit de fortes pressions de la part de plusieurs pays qui souhaiteraient le voir mettre la hache dans son système de gestion de l'offre.

Le ministre Paradis est toutefois demeuré vague sur le maintien ou non des sommes consacrées au programme «Cultivons l'avenir», qui représente des dizaines de millions de dollars en aide aux agriculteurs québécois. L'initiative pourrait bien subir des compressions, au nom de l'équilibre budgétaire.

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