Le chantier de Londres

Les grues vont se multiplier dans le paysage britannique avec l’annonce, hier, d’un ambitieux programme de grands travaux. <br />
Photo: Agence France-Presse (photo) Carl de Souz Les grues vont se multiplier dans le paysage britannique avec l’annonce, hier, d’un ambitieux programme de grands travaux.

Londres — Prenant acte d'un ralentissement de plus en plus inquiétant de l'économie, le gouvernement britannique a lancé hier un programme de grands travaux de 48 milliards, sans dévier pour autant de sa politique de rigueur qui a séduit les marchés.

S'adressant aux députés à l'occasion de son «discours d'automne» sur l'état de l'économie, le ministre des Finances, George Osborne, a fait de la construction de nouvelles infrastructures l'élément central d'un plan destiné à amortir l'impact de la crise dans la zone euro.

Cette crise est, selon lui, la principale responsable de la dégradation de l'économie britannique dont il a revu les perspectives en très nette baisse: elle ne devrait croître que de 0,9 % cette année (contre 1,7 % espéré en mars dernier) et de 0,7 % l'an prochain (contre 2,5 %). M. Osborne n'a pas exclu que ces chiffres soient encore trop optimistes. «Si la zone euro entre en récession, il pourrait être difficile de l'éviter ici», a-t-il mis en garde.

«Nous ferons tout ce qui est nécessaire pour protéger la Grande-Bretagne de la tempête de la dette», a-t-il ajouté, en promettant de s'en tenir strictement à son plan de rigueur malgré les appels répétés de l'opposition travailliste à l'assouplir.

Pour soutenir l'économie, le gouvernement conservateur a décidé de parier sur la construction de nouvelles infrastructures, notamment «des routes, des chemins de fer, des aéroports, des centrales électriques», ou d'inciter le secteur privé à développer l'internet à très haut débit.

M. Osborne a chiffré ce plan à au moins 30 milliards de livres (48 milliards $ CAN) sur les dix ans qui viennent. Ils proviendront aux deux tiers de fonds de retraite britanniques à la recherche de placements sûrs, qui ont signé un accord avec le gouvernement. Ils pourraient par exemple recevoir des revenus garantis en échange du financement de nouvelles routes à péages.

Londres avait fait savoir lundi que le fonds souverain chinois, en quête d'investissements en Europe, était également le bienvenu.

Dix autres milliards proviendraient de fonds publics, mais seront compensés «à la livre près» par des économies budgétaires équivalentes, a assuré M. Osborne. La hausse des salaires des fonctionnaires sera ainsi limitée à 1 % en 2013 et 2014, après deux années de gel, et jusqu'à 700 000 postes devraient finalement disparaître dans le secteur public en six ans.

Le ministre a aussi annoncé la création d'un fonds de garantie de 20 à 40 milliards de livres pour permettre aux petites et moyennes entreprises d'emprunter à des taux préférentiels, un plan également «neutre pour les finances de l'État».

L'opposition travailliste a accusé le gouvernement de se servir de la zone euro comme bouc émissaire aux mauvaises performances du pays, avant tout dues selon elle à une rigueur trop marquée «qui a un effet boomerang» sur la croissance et l'emploi.

Pour le ministre britannique, son plan d'économies — parmi les plus sévères en Europe — a restauré la crédibilité du Royaume-Uni à l'égard des marchés, ce qui lui permet de financer désormais sa dette à des taux inférieurs à ceux de l'Allemagne.

Dans des prévisions officielles publiées juste après le discours de M. Osborne, l'Office de responsabilité budgétaire a toutefois prévenu que le gouvernement aurait malgré tout du mal à tenir ses ambitieux objectifs. Le déficit public devrait ainsi se maintenir à 4,5 % du PIB en 2014/2015, un chiffre deux fois supérieur à celui annoncé au printemps dernier par M. Osborne.