Entrepreneuriat - Briser l'isolement

Lise Fecteau et Michel Bundock, du Groupement des chefs d’entreprise du Québec sont présentement en tournée en Belgique.<br />
Photo: Source: Groupement des chefs d’entreprise du québec Lise Fecteau et Michel Bundock, du Groupement des chefs d’entreprise du Québec sont présentement en tournée en Belgique.

De plus en plus de chefs d'entreprise étrangers s'inspirent du Québec pour briser leur isolement et s'apporter mutuellement de l'aide.

«Vous ne réalisez pas à quel point ce que vous avez développé au Québec est unique. C'est une perle, que vous avez là!», s'exclamait Geneviève Morand en entrevue au Devoir dans les couloirs du World Entrepreneurship Forum, qui se tenait, au début du mois, à Singapour.

La Suissesse parlait du réseau de clubs d'entraide du Groupement des chefs d'entreprise du Québec. Fille et petite-fille de cinq générations d'entrepreneurs, elle vient de travailler à la mise sur pied de cinq clubs dans son pays et d'un autre, bientôt, de l'autre côté de la frontière, à Lyon, en France. «Je m'intéresse depuis longtemps à ces questions et l'on m'a demandé de m'associer à toutes sortes de réseaux du genre, mais c'est la première fois que je dis oui. C'est la première fois que j'ai le sentiment que l'on comprend les besoins des chefs d'entreprise et qu'on y apporte une réponse.»

Fondé en 1974 pour briser l'isolement des chefs d'entreprise, le Groupement compte aujourd'hui plus de 1600 dirigeants-propriétaires d'entreprise, essentiellement issus du monde de la PME. Il regroupe des membres de partout au Québec en fonction de leurs lieux de résidence et de leurs affinités au sein de quelque 200 clubs de huit à dix membres, qui se réunissent presque chaque mois pour partager leurs expériences et s'entraider en toute confidentialité.

«Le coup de génie du Groupement est d'avoir compris l'ampleur de l'isolement des chefs d'entreprise et leur disposition à s'ouvrir aux autres s'ils sont mis dans un contexte favorable, s'émerveille encore Geneviève Morand. C'est aussi d'avoir imaginé que la solution pouvait passer par une relation d'entraide désintéressée. Il n'y avait que des Québécois pour penser à une chose comme ça.»

Prendre son temps

Outre ses membres au Québec, en Suisse et en France, le Groupement compte également des clubs au Nouveau-Brunswick (3) et, depuis peu, en Belgique (11). «Il a fallu d'abord créer un climat de confiance et montrer que nous n'étions pas seulement de passage», a expliqué cette semaine en entretien téléphonique au Devoir sa présidente, Lisa Fecteau, justement en tournée en Belgique. «Ce qu'on constate, c'est que les besoins sont essentiellement les mêmes partout. Ce qui fait plaisir à voir, c'est que les chefs d'entreprise d'ici trouvent dans les clubs une source de dynamisme et de confiance qui leur permet de faire contrepoids au climat extrêmement morose qui plane en ce moment sur l'Europe.»

Le Groupement s'est accordé de deux à cinq ans pour développer un réseau de clubs en pays francophones. «Nous ne voulons pas nous éparpiller», a expliqué le premier vice-président et directeur général du Groupement, Michel Bundock, à qui sa présidente venait de passer le combiné. Il dit avoir reçu plusieurs demandes d'ailleurs, notamment du Manitoba, des États-Unis et du Brésil. «Mais chaque chose en son temps.»

Le Groupement des chefs d'entreprise du Québec avait été l'une des coqueluches du World Entrepreneurship Forum de l'an dernier, qui s'était tenu à Lyon. On avait évoqué à l'époque la possibilité qu'il s'étende aussi à la Tunisie, au Cameroun, à l'Équateur, à Singapour, et même à l'Inde.

L'organisation ne tire pas que de la fierté de son succès à l'étranger. Il permet, entre autres, de partager de meilleures pratiques entre petits entrepreneurs d'un même secteur, mais de marchés différents, explique Michel Bundock. Il offre aussi une occasion de s'ouvrir sur le monde à une époque où même les petites entreprises peuvent difficilement s'en passer. «On ne représente qu'un millième de la population de la planète, il y a de fortes chances qu'on ne soit pas les seuls à avoir de bonnes idées.»

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Le Devoir a été invité cette année à assister au World Entrepreneurship Forum à titre de média partenaire.