Bill Gates se défend d'avoir violé la loi américaine antitrust

Bill Gates a témoigné hier au procès intenté contre Microsoft. <br />
Photo: Agence France-Presse (photo) Karl-Josef Hildenbrand Bill Gates a témoigné hier au procès intenté contre Microsoft.

Salt Lake City — Le cofondateur de Microsoft Bill Gates s'est présenté hier à la barre des témoins dans le cadre d'une poursuite antitrust de 1 milliard de dollars accusant le géant du logiciel d'avoir trompé un concurrent avant le lancement de son système d'exploitation Windows 95.

M. Gates a entamé son témoignage en retraçant l'histoire de Microsoft. Il a rappelé qu'il n'avait que 19 ans lorsqu'il a participé à la fondation de l'entreprise. Vêtu d'un veston gris et d'une cravate jaune, M. Gates était le premier témoin appelé hier par les avocats de Microsoft dans le cadre du procès qui se déroule en cour fédérale de Salt Lake City depuis environ un mois.

La société Novell, établie en Utah, a lancé sa poursuite contre Microsoft en 2004, alléguant que la société de Redmond, dans l'État de Washington, avait enfreint les lois antitrust américaines en s'entendant avec d'autres fabricants d'ordinateurs lorsqu'elle a lancé Windows 95. Novell affirme qu'elle a par la suite été forcée de vendre son logiciel WordPerfect pour une perte de

1,2 milliard $US. La société d'Ottawa qui a racheté WordPerfect, Corel, a tenté de rétablir la réputation du logiciel comme meilleur traitement de texte, mais il a été éclipsé par le logiciel Word, de Microsoft.

Novell fait valoir que M. Gates a ordonné aux ingénieurs des fabricants de rejeter WordPerfect comme application pour Windows 95 parce qu'il craignait que le logiciel soit trop bon. Les parts de marché de WordPerfect ont alors plongé, passant de près de 50 % à moins de 10 %, tandis que les logiciels de la série Office de Microsoft s'installaient sur le marché.

L'avocat de Novell, Jeff Johnson, a admis que Microsoft n'avait pas l'obligation légale de fournir un accès au système d'exploitation Windows 95 avant sa mise en vente afin que Novell puisse préparer une version compatible de WordPerfect. Cependant, Microsoft a permis à Novell de travailler sur une telle version, seulement pour lui refuser tout soutien technique plusieurs mois avant que Windows 95 ne se retrouve sur les tablettes des détaillants, a-t-il noté.

L'avocat de Microsoft, David Tulchin, a soutenu que M. Gates s'était prononcé contre l'installation de WordPerfect parce qu'il menaçait de faire planter Windows et que le problème ne pouvait pas être corrigé avant le lancement. Il a fait valoir que l'occasion ratée de Novell était le fruit de ses propres erreurs et que Microsoft n'était pas obligée de donner une longueur d'avance à un concurrent.

«Novell ne s'est jamais plaint à Microsoft», a indiqué vendredi Me Tulchin dans des arguments présentés en cour. «Il n'y a rien dans la preuve, aucun document.»

Me Johnson maintient pour sa part que Novell a été trompée en vertu des lois antitrust fédérales, permettant à Microsoft de monopoliser le marché. «Nous avons été poignardés dans le dos», a-t-il affirmé.

Microsoft tente d'obtenir une révocation, affirmant que les allégations sont sans fondement.

Tout au long des arguments exprimés vendredi, le juge de district américain Frederick Motz avait ouvertement exprimé des doutes vis-à-vis du fondement de la plainte de Novell. «Je ne vois pas pourquoi je devrais devoir donner un produit à un concurrent afin qu'il puisse me doubler», a dit le juge Motz aux avocats de Novell.