Fonds de solidarité FTQ - L'approche du Fonds, c'est «Occupy companies!»

Jessica Nadeau Collaboration spéciale
Mario Tremblay<br />
Photo: Source Fonds FTQ Mario Tremblay

Ce texte fait partie du cahier spécial Développement durable - Novembre 2011

Pendant que les Indignés des grandes villes occidentales continuent de dénoncer un système économique qui assujettit la majorité de la population, les grands fonds d'investissement de ce monde tentent de se fédérer pour occuper le territoire économique en misant sur le vote des actionnaires. C'est la nouvelle tendance mondiale, explique Mario Tremblay, vice-président aux affaires publiques et corporatives du Fonds de solidarité FTQ.

«Il y a trente ans, la tendance était aux fonds éthiques, explique Mario Tremblay. Dès qu'il y avait quelque chose qu'on n'aimait pas, on vendait les actions. Mais ça n'aide pas le monde à changer. C'est comme mettre quelqu'un en prison jusqu'à la fin de ses jours pour une infraction. Parfois, il y a des possibilités de réhabilitation. C'est la même chose avec les entreprises, moi, je crois à la réhabilitation de certaines entreprises.»

Le Fonds FTQ, comme plusieurs autres, affirme vouloir rester au sein des entreprises pour les amener à changer leur comportement de l'intérieur. Même si cela peut donner l'impression qu'ils avalisent le comportement de ces grandes entreprises, dénoncées notamment par les Indignés de Wall Street.«Je respecte ceux qui ont des approches diverses, répond Mario Tremblay. Il y a les Indignés qui nous amènent ailleurs, sur d'autres plateformes, mais nous croyons profondément qu'il faut occuper le terrain. Pour moi, l'approche du Fonds, c'est Occupy companies!»

Le problème, selon lui, c'est que les multinationales d'aujourd'hui ont autant d'argent, sinon plus, que le PIB de certains pays. Ce sont donc elles qui ont remplacé l'État comme moteur de changement, de transformation sociale et politique. «Nous n'avons pas d'autre choix, comme société, comme citoyens, comme fonds d'investissement, que d'influencer ces entreprises. Si on se retire, à qui est-ce qu'on laisse la place? À ceux qui veulent profiter du système et piller les ressources. Si on leur laisse l'économie, ils vont en faire ce qu'ils veulent.»

Il rappelle le pouvoir oublié des citoyens qui, comme actionnaires via leur caisse de retraite et autres fonds, peuvent avoir une influence sur les pratiques sociales, écologiques et économiques des entreprises. «Nous avons le pouvoir en achetant, mais nous avons aussi le pouvoir en détenant des actions d'une entreprise. [...] On l'a vu, dans l'histoire, à quel point on peut faire changer les entreprises. Quand Nike, par exemple, s'est fait prendre en Chine avec des enfants qui travaillaient dans des usines, il y a eu un tollé et elle a arrêté ça. Est-ce que ce n'est pas un pouvoir, ça? Moi, je pense que oui.»

Cela dit, il convient que certaines décisions peuvent plus ou moins plaire aux différents investisseurs, puisque chacun a ses priorités et sa vision de ce qui est acceptable ou non.

Mais le Fonds dispose d'outils pour déterminer les critères à évaluer, soutient Mario Tremblay. En effet, depuis sa création, en 1983, le Fonds fait le bilan social de chacune des entreprises dans lesquelles il investit. Le concept de développement durable — mê-me s'il ne portait pas ce nom au départ — fait partie de la mission intégrale du Fonds de solidarité et s'est développé au fil du temps, raconte le porte-parole.

Des codes internationaux

Celui-ci rappelle d'ailleurs que le développement durable, c'est beaucoup plus que l'environnement, auquel il est pourtant associé d'emblée. «Les groupes écologistes ont été très actifs dans les dernières années et se sont approprié le branding du développement durable [...]. Malheureusement, les gens oublient que le développement durable, tel que défini par [le rapport] Brundtland dans les années 1980, ce sont trois branches: l'impact social, économique et écologique.»

Suivant la tendance mondiale, le Fonds de solidarité a adhéré en septembre dernier aux Principes pour l'investissement responsable (PIR) de l'ONU. Auparavant, il avait souscrit au Pacte mondial des Nations unies de même qu'à la Global Reporting Initiative (GRI). «Au début, les gens disaient: "Bof, c'est bien beau d'adhérer à des affaires internationales, mais qu'est-ce que ça apporte?" Ç'a apporté une meilleure sensibilisation à l'interne. Pour la première fois cette année, nous avons 25 objectifs mesurables sur les plans social, économique et écologique. [...] Ce sont des adhésions à des organismes et à des codes qui, au quotidien, finissent par avoir des effets concrets», se targue Mario Tremblay.

Certification

Il énumère les différentes actions du Fonds pour encourager les initiatives sociales et écologiques, tel l'investissement dans des fonds spécialisés en technologies propres et dans des fonds d'amorçage pour soutenir la commercialisation de projets novateurs, sans oublier l'investissement de 140 millions pour l'achat de 156 000 hectares de propriétés forestières au Québec. «Nous sommes devenus un des grands propriétaires de propriétés forestières pour les développer [selon les normes de certification du] Forest Stewardship Council (FSC).»

Depuis deux ans, le Fonds de solidarité publie un rapport sur le développement durable selon les règles de la GRI. Il s'engage à placer l'humain au centre du développement, à investir dans l'économie québécoise et à réduire ses impacts négatifs sur l'environnement.

À ce chapitre, le rapport 2010 fait état d'un niveau de certification 3, sur une échelle de 4, en matière de normes écologiques relatives à la construction et à la gestion immobilière du siège social, de la sauvegarde de 1000 arbres et d'une réduction de 32 800 kg de déchets solides, de 3 millions de litres d'eau et de 76 800 kg de gaz polluants, réductions toutes attribuables à l'utilisation de papier recyclé. C'est tout? «Oui, concède Mario Tremblay. Notre impact, ce sont l'édifice et nos déplacements. Nous sommes une entreprise de services, nous ne produisons rien. Nous mettons de l'argent dans des entreprises, qui, elles, produisent. Nous amenons donc nos entreprises à adhérer à la GRI et à faire rapport sur nos impacts. Mais nous ne pouvons pas le faire en leur nom.»

Il précise qu'il est important pour lui de faire valoir les actions pour encourager les investissements verts, comme l'investissement dans des fonds spécialisés ou l'achat de propriétés forestières, mais que ces initiatives ne peuvent être comptabilisées dans la grille d'analyse de la GRI.

Par ailleurs, l'adhésion à la GRI n'est encore, pour l'instant, que l'apanage des plus grandes entreprises, admet Mario Tremblay. «C'est un trend, ça commence par des gens comme nous, par les grandes entreprises et il y a un effet d'entraînement qui va se faire.»

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Collaboratrice du Devoir