La Maison du développement durable - Un habitat écologique modèle

Benoit Rose Collaboration spéciale
La Maison du développement durable, sise rue Sainte-Catherine, a coûté 27 millions.<br />
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir La Maison du développement durable, sise rue Sainte-Catherine, a coûté 27 millions.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Elle est neuve. Elle est écolo. Elle est tout ce que le mot «vert» en environnement recouvre. Bienvenue sur la rue Sainte-Catherine à Montréal, dans la Maison du développement durable.

«Écoutez, je ne peux plus travailler ici. Le bâtiment m'a rendu malade.» Triste constat que celui-ci, exprimé l'an dernier par un employé d'Équiterre à Montréal. Le bâtiment, c'était le Centre industriel Rosemont, situé rue Masson, qui abritait alors les bureaux de l'organisation.

«Ça, ça n'arrivera plus», lance fièrement Normand Roy, chargé de projets chez Équiterre et l'un des créateurs de l'audacieuse Maison du développement durable (MDD), qui vient d'ouvrir ses portes rue Sainte-Catherine Ouest, au coeur du Quartier des spectacles. C'est dans le confort de cet habitat écologique modèle qu'évolueront désormais les travailleurs et bénévoles de huit organisations à vocation sociale et écologique.

C'est après un vaste processus de réflexion stratégique qu'Équiterre décide, dès 2003, qu'un déménagement est nécessaire pour le bien-être de ses troupes, obligées parfois de travailler à la maison pour fuir les conditions difficiles des bureaux. L'organisation sent aussi le besoin de mener un nouveau projet novateur pour demeurer pertinente. La combinaison fut naturelle. «On s'est dit, se souvient M. Roy: "Profitons-en pour faire un projet démonstratif de bâtiment durable." On ne pensait pas que ça irait aussi loin.» En cours de route, l'aventure séduit, les gens veulent embarquer. «D'un point de vue politique, on s'est alors dit que ce serait bien de faire ça un peu plus spectaculaire, pour un collectif, et de créer un véritable pôle de développement durable.»


Réflexion stratégique

Aujourd'hui, après un long parcours «en zig-zag», ce sont Amnistie internationale, le Conseil général de l'environnement de Montréal, Option consommateurs, Environnement jeunesse, le Regroupement national des conseils régionaux de l'environnement du Québec, Vivre en ville, le Centre de la petite enfance Le Petit Réseau et bien sûr Équiterre, promoteur du projet, qui siègent au conseil d'administration de l'organisme à but non lucratif qu'est la MDD. «Dans notre réflexion stratégique de départ, nos employés avaient identifié un CPE comme besoin. Le Petit Réseau nous a approchés, ça cadrait parfaitement», se réjouit M. Roy.

Logent aussi à la même adresse, en tant que locataires, la Fondation David-Suzuki, le Fonds mondial pour la nature (WWF), Dunsky Expertise en énergie et le restaurant Le Commensal, qu'on peut apercevoir au rez-de-chaussée en se baladant dans l'artère montréalaise.


Une maison verte

où tout est repensé

Érigé au coût de 27 millions de dollars, le bâtiment durable de cinq étages se veut un modèle en matière de gestion écologique de l'énergie. Il possède un toit vert, un plancher surélevé permettant une ventilation efficace et confortable, une enveloppe extérieure ultraperformante, ainsi qu'un système d'éclairage pensé pour maximiser l'utilisation de la lumière naturelle. Sous la Maison, ce sont vingt-huit puits de géothermie de 152 mètres de profondeur chacun qui doivent subvenir aux besoins en climatisation et à 80 % des besoins en chauffage.

En matière de qualité de l'air, les artisans du projet ont cherché à minimiser à la source les émissions toxiques d'une panoplie de produits utilisés dans un bâtiment. On a également installé un mur végétal, étroit mais haut de cinq étages, qui doit agir comme un «biofiltre». La gestion efficace de l'eau est aussi au programme, et on récupère l'eau de pluie pour l'utiliser ensuite dans les toilettes. Ajoutons que bon nombre des matériaux présents dans l'immeuble sont à contenu recyclé, qu'on a aussi récupéré du bois de fond de rivière et qu'on a mis en place un plan de gestion des déchets lors de la construction. Aux dires de la MDD, on a ainsi évité l'enfouissement de plus de 90 % d'entre eux.

Cet impressionnant tableau permettra probablement à la MDD de recevoir la certification LEED Platine nouvelle construction, émise par le Conseil du bâtiment durable du Canada. C'est l'un des objectifs visés. «Situer un tel projet dans le centre-ville est un défi en soi, souligne M. Roy. Ça coûte cher d'y construire.» Ce n'était d'ailleurs pas le premier choix: au départ, Équiterre souhaitait recycler un bâtiment existant, mais le projet a avorté. C'est une conseillère municipale de Ville-Marie qui a proposé ce terrain situé à l'angle de la rue Clark, propriété d'Hydro-Québec. «Pour un projet de relations publiques et de communication comme le nôtre, aller se planter dans le Quartier des spectacles, rue Sainte-Catherine, c'est fabuleux.»

La MDD se veut effectivement une vitrine et un lieu d'échanges. D'abord entre ses membres qui souhaitent créer une synergie et se renforcer mutuellement, mais aussi avec le public qui peut y trouver de l'information et participer à divers événements. À ce stade-ci, les différentes organisations en sont encore à s'installer convenablement. Le parc vert, aux pieds de la Maison, est toujours en chantier. Enthousiaste, M. Roy formule trois voeux: «Je souhaite que les humains soient bien ici, qu'ils accomplissent leur travail en étant mieux et que ça leur permette de croître personnellement. Je souhaite aussi que ça ne nuise pas à court terme à la santé financière des organisations membres. C'est tout un défi de réaménager nos budgets pour être ici. À long terme, je n'ai aucun doute que c'est un bon coup. Enfin, je souhaite qu'on confirme le niveau de performance énergétique du bâtiment. Des simulations ont été faites: les données démontrent que c'est un bâtiment hallucinant.»

La MDD est en soi un message lancé au public: «Imitez-nous dans notre processus. Oubliez les conventions. Dites-vous que c'est possible de vous faire une maison qui vous ressemble et qui corresponde à vos valeurs.» Pour M. Roy, la consommation responsable exige qu'on se questionne sur son habitat. «Est-ce que c'est moralement juste d'entretenir nos maisons de façon à dilapider l'énergie québécoise? Est-ce que c'est logique de les remplir de poison, ce que l'on fait chaque jour avec un tas de produits?»

«Il faut changer de culture. On a toujours négligé le bâtiment. On croyait que les maisons étaient des boîtes qui n'affectaient pas l'humain.» Aujourd'hui, ajoute-t-il, beaucoup de recherches permettent de constater que certains éléments du bâtiment écologique ont des effets directs et positifs sur la réussite scolaire des élèves et le temps d'hospitalisation des patients. «Comment ne pas croire qu'on vit plus inspiré si on a davantage de lumière naturelle, si on regarde notre habitat et qu'on en est fier?»

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Collaborateur du Devoir
1 commentaire
  • Patrick Lavallée - Inscrit 20 novembre 2011 12 h 55

    Des filtres de ventilation écologiques pour davantage de points LEED

    Une entreprise québécoise a développé des filtres de ventilation ultra performants, de longue durée , lavables, entièrement recyclables et à prix égal à ceux (polluants) utilisés dans la plupart des édifices. Elle vient de gagner le prix BOMA innovation. J'espère qu'ils les ont utilisés !

    Le Centre Bell et le complexe Desjardins les utilisent déjà et ils contribuent au pointage LEED.

    www.noveko.com