La situation instable en Grèce et en Italie menotte l'Eurogroupe

Le président de la Banque centrale européenne, Mario Draghi, en compagnie du ministre grec des Finances, Evangélos Vénizélos<br />
Photo: Agence Reuters François Lenoir Le président de la Banque centrale européenne, Mario Draghi, en compagnie du ministre grec des Finances, Evangélos Vénizélos

Bruxelles — Dans le flou sur l'évolution de la situation politique en Grèce et en Italie et sur les options permettant de maximiser les capacités du fonds de soutien à l'euro, les ministres des Finances de la zone euro ont décidé hier de remettre à plus tard toute décision sur ces trois dossiers.

Les pays utilisant la monnaie unique, qui continuent d'avoir des points de vue divergents sur l'approche à adopter sur ces différentes questions, chercheront également à mettre à profit les prochains jours pour rapprocher leurs positions, en espérant y voir plus clair d'ici une nouvelle réunion de l'Eurogroupe le 29 novembre.

Ils se sont contentés hier de définir un cadre acceptable pour tous. En Grèce, ils ont appelé les principales forces politiques du pays, dès qu'elles se seront entendus sur un gouvernement de transition, à cosigner une lettre dans laquelle ils s'engagent à mettre en oeuvre les décisions prises fin octobre sur le second plan de sauvetage grec. Ce document sera requis pour que la zone euro valide le décaissement de la sixième tranche d'aide de huit milliards d'euros dans le cadre du premier plan d'aide, sans laquelle le pays ferait défaut sur sa dette d'ici mi-décembre.

«Il est essentiel que le nouveau gouvernement prenne des engagements clairs, par écrit, envers le programme UE-FMI et l'ensemble des éléments inclus dans le second plan [d'aide]», a déclaré le commissaire européen aux Affaires économiques et monétaires, Olli Rehn, à l'issue de la réunion. «Je pense que la sixième tranche pourra être décaissée courant novembre à la condition qu'il y ait cet engagement clair et sans équivoque.»

En Italie, ils ont accentué un peu plus la pression sur le gouvernement de Silvio Berlusconi pour qu'il mette pleinement et rapidement en oeuvre le programme de réformes et d'économies annoncés depuis septembre. Rome, qui souffre d'un fort déficit de confiance vis-à-vis des investisseurs a dû se résoudre la semaine dernière à demander à ce que des inspecteurs de la Commission et du FMI surveillent la bonne mise en oeuvre des réformes.

Ces derniers seront rejoints dans la semaine par des représentants de la Banque centrale européenne, reformant ainsi sans en avoir le nom officiel les «troïka» qui ont préparé les plans d'aide en Grèce, en Irlande et au Portugal.

«Nous sommes d'accord sur le fait que des mécanismes renforcés pour surveiller des États membres vulnérables étaient partie prenante des pares-feu pour contenir la crise. Un effort spécifique sera requis des pays faisant face à des tensions sur les marchés souverains» a expliqué le président de l'Eurogroupe, Jean-Claude Juncker. «Dans cette perspective, et cela a pris un certain temps, nous avons évoqué la situation en Italie et accueilli positivement les mesures annoncées récemment par les autorités italiennes, qui incluent un retour à l'équilibre budgétaire pour 2013 et une disposition à prendre des mesures supplémentaires si besoin sur la réforme des retraites et la libéralisation du marché du travail.»

L'évolution de la situation reste cependant suspendue à une éventuelle démission de Silvio Berlusconi, évoquée hier matin par des journalistes proches du pouvoir. L'intéressé a démenti ces rumeurs sur sa page Facebook.

Enfin, les ministres ont cherché à débloquer les discussions sur les aspects techniques du recours à l'effet de levier pour porter les capacités du Fonds européen de stabilité financière (FESF) à au moins 1000 milliards d'euros. Cette dernière question avait été largement abordée jeudi et vendredi au sommet du G20 de Cannes, dans la mesure où le FMI pourrait prêter un soutien administratif et technique, mais sans résultats concrets.

Hier, le directeur général du FESF, Klaus Regling, est reparti avec un accord a minima sur un document technique présentant les différentes options disponibles, tournant autour d'un mécanisme d'assurance partielle des nouvelles obligations émises en zone euro et d'un dispositif consistant à attirer des contributions extra-européennes dans un nouveau fonds adossé au FESF et au FMI. Il aura désormais pour charge de présenter aux investisseurs internationaux potentiels, intervenants de marché et agences de notation au cours des prochaines semaines.

Selon le voeu de l'Eurogroupe, ces travaux techniques devront être terminés d'ici fin novembre, afin que le fonds «maximisé» puisse être utilisé dès le mois de décembre.

«Le FESF va maintenant avoir des consultations afin de parvenir aux solutions les plus efficaces. Nous espérons finaliser les détails opérationnels d'ici la fin novembre, sous forme de lignes directrices qui seront approuvées par l'Eurogroupe afin que la mise en oeuvre ait lieu en décembre», a dit Jean-Claude Juncker.

La crise européenne sera résolue d'ici un an ou deux


Par ailleurs, la crise de la zone euro devrait être terminée l'année prochaine ou la suivante ,car les dirigeants ont réalisé la nécessité d'entreprendre des mesures budgétaire drastiques, a estimé hier JJurgen Stark, membre démissionnaire du directoire de la BCE. «Je pense que dans un ou deux ans au plus tard la crise sera sous contrôle, sinon surmontée, au sens où les actions politiques drastiques ne seront plus nécessaires», a-t-il déclaré lors d'une conférence en Suisse.

«Je ne sais pas si cette politique de plans de sauvetage toujours plus importants est la bonne solution car au final elle pèse sur des pays déjà plus ou moins fragiles», a-t-il ajouté.

Il s'est par ailleurs déclaré inquiet quant à la montée du protectionnisme, y compris via des interventions sur les taux de change. Selon lui, ce problème n'a pas suffisamment été abordé lors de la réunion du G20 à Cannes la semaine dernière.
2 commentaires
  • Sanzalure - Inscrit 8 novembre 2011 08 h 03

    Dans un an ou deux...

    Bien malin qui peut dire où nous en serons dans un an ou deux !!!

    Serge Grenier

  • Jean-Michel Picard - Inscrit 8 novembre 2011 12 h 12

    Dans un an ou deux...

    Dans un an ou deux, nous serons plus creux !