Résidences pour personnes retraitées - L'offre suit la demande, en constante croissance

Luc Maurice: «Le corporatif, ce n’était pas pour moi. J’avais besoin d'une cause.»<br />
Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir Luc Maurice: «Le corporatif, ce n’était pas pour moi. J’avais besoin d'une cause.»

Depuis une vingtaine d'années, il s'est développé dans le domaine des résidences privées pour personnes retraitées une importante industrie, qui compte plusieurs noms d'entreprises connues, parmi lesquelles le Groupe Maurice, qui en l'espace de 13 ans a construit 15 grandes résidences comptant 4500 appartements locatifs, 600 condos et autant d'unités de soins. Cela a nécessité des investissements approchant les 850 millions. Et ce n'est pas fini, trois autres immeubles sont en construction, ce qui ajoutera 1100 appartements. On investira 300 millions dans les quatre prochaines années. Le plan d'affaires prévoit que, dans 10 ans, le réseau comptera de 25 à 30 résidences entre Québec et Ottawa.

Le Groupe Maurice tient son nom de son fondateur, Luc Maurice, un entrepreneur âgé de 55 ans qui, très jeune, rêvait de posséder une entreprise, mais qui a fait un long détour avant d'atteindre son objectif. Il a passé cinq ans au Collège militaire de Saint-Jean où il a fait des études en administration et en sciences. Il est devenu ensuite pilote dans les forces armées, tout en faisait un MBA à l'Université d'Alberta. Ensuite, il fut aide de camp de la gouverneure générale Jeanne Sauvé pendant trois ans. Il est finalement arrivé dans le monde des affaires en s'engageant dans une reprise de faillite avec un partenaire dont il ignorait le caractère frauduleux, une mésaventure qui devait le conduire à une faillite professionnelle et personnelle. Ce fut une leçon inoubliable. «Jamais je ne me ferai rouler encore», jure-t-il plusieurs années plus tard. En trouvant un emploi dans la fonction publique fédérale, il y a découvert un conseiller expérimenté, Paul Tellier, qui devait lui trouver un emploi au Canadien National. «Mais le corporatif, ce n'était pas pour moi. J'avais besoin d'une cause», dit-il.

Et cette cause, M. Maurice dit l'avoir trouvée en pensant à ses grands-parents qui l'avaient influencé, à son père qui était un petit entrepreneur en construction et avec qui il avait travaillé manuellement. Il allait devenir entrepreneur dans les résidences pour personnes retraitées. Une première occasion d'affaires s'est présentée en 1998 à Sainte-Thérèse, au nord de Montréal. M. Maurice s'est trouvé un premier partenaire financier, le Régime de retraite des employés de l'Université Laval, pour développer en deux étapes cette résidence qui compte maintenant 222 appartements. Il y a eu ensuite l'arrivée d'un autre partenaire financier, le fonds Ipso Facto. À trois, ils ont maintenu le rythme de construction à au moins un immeuble par année, à partir de plans conçus en interne. La plupart des résidences actuelles se trouvent à Montréal et dans la région métropolitaine. Pour la première fois, cette semaine commence la construction d'une première résidence dans la ville de Québec.

M. Maurice est le président du groupe. Les investissements de l'un ou l'autre partenaire peuvent varier d'un immeuble à l'autre, mais on travaille actuellement à uniformiser les participations dans l'ensemble des propriétés, ce qui va simplifier la structure de l'entreprise et assurer l'injection des 300 millions additionnels dans les quatre prochaines années. «Nous n'avons jamais vendu un immeuble», souligne le président. Le groupe compte 1100 employés affectés à des tâches multiples, allant de femmes de ménage à infirmières, récréologues, cuisiniers, service aux tables, etc., sans compter 40 autres qui travaillent au siège social pour la gestion, la préparation de plans de devis, la recherche de nouveaux sites où construire les futures résidences.

Des résidences de deuxième génération plus luxueuses

Évidemment, toute personne qui songerait à s'installer dans une telle résidence voudrait connaître le prix du loyer. Pour un trois et demi avec les appareils usuels de cuisine et de lavage, le câble, l'électricité et l'accès aux services et activités, le coût moyen est de 1550 $ par mois, et cela, pour moins de 60 % des appartements. Pour les cinq et demi, le prix peut aller jusqu'à 3000 $. Cela exclut le téléphone, les repas et le stationnement intérieur, dont le coût pour une voiture se situe entre 80 et 90 $ par mois. Le réseau comprend aussi 600 unités de soins, c'est-à-dire des unités d'hébergement comprenant des solutions adaptées à des personnes qui ont besoin d'aide pour la nourriture et l'hygiène. Dans ces cas, le coût de loyer est de 3500 $ par mois. En aucun cas ces unités n'offrent de soutien médical impliquant, par exemple, un soutien respiratoire ou des solutions intraveineuses. Ces studios de soins ne sont pas équipés, ni sur le plan cliniqueni sur le plan sécuritaire, pour prendre en charge un client qui dépasserait le degré trois de la maladie d'Alzheimer. Il va sans dire que les locataires en perte d'autonomie demandent une attention particulière. Des évaluations sont faites régulièrement en conjugaison avec les CLSC locaux. Le président confirme par ailleurs que les soins à domicile demeurent encore un service public à développer et à peaufiner.

M. Maurice parle d'immeubles de deuxième génération qu'il construit depuis quelques années, c'est-à-dire des immeubles plus luxueux avec une plus grande fenestration, des logements qui se rapprochent de ce qu'on trouve dans les hôtels modernes, avec néanmoins un rapport qualité-prix qu'il estime favorable. «Nous avons à 97,3 % le plus haut taux d'occupation de l'industrie», affirme-t-il. Il effectue tous les deux ans des sondages auprès des résidants. Avant le choix d'un terrain à bâtir, des études de marché sont faites, si bien que dans 75 % des cas les résidents proviennent d'un rayon de 2,5 km de leur habitation antérieure. En vieillissant, ceux-ci veulent demeurer en contact avec l'environnement qui leur est familier, coiffeur, dentiste, commerçants, amis, etc. Il n'en reste pas moins que le tiers des personnes âgées qui s'installent dans les résidences Maurice le font parce qu'elles se sentent seules et pour des raisons de sécurité. Cela étant dit, il y a quand même 80 % de la population vieillissante qui préfère demeurer dans une résidence privée.

Selon M. Maurice, l'industrie des résidences privées pour retraités au Québec est en pleine croissance. Elle crée présentement 15 000 emplois et loge 110 000 personnes. Elle est composée de 12 000 entreprises, en excluant celles qui ont 10 unités ou moins. Elle est essentiellement composée de PME partout au Québec et son taux de pénétration est de 17,6 % pour les gens âgés de 75 ans et plus. Dans les autres provinces canadiennes, l'industrie est positionnée autrement et son taux de pénétration n'est que de 9 %. Ses loyers sont moins chers qu'au Québec, plus petits et plus «médicalisés», mentionne M. Maurice.

On entend souvent des plaintes concernant des mauvais traitements dans des résidences pour personnes âgées ou malades. M. Maurice reconnaît qu'il peut arriver parfois dans ses résidences quelques incidents, ce qu'il considère inévitable étant donné l'ampleur de l'entreprise. Toutefois, il s'insurge complètement lorsqu'il entend parfois des gens confondre ses résidences avec certaines autres et des centres d'hébergement et de longue durée. Il soutient dur comme fer que la meilleure protection contre les abus ou les lacunes est le principe de choix: «Il y a sept, huit ans, il y avait une liste d'attente d'un an et demi. Il y a 15 ans, tout le monde était sur une liste d'attente. Maintenant, il y a explosion des résidences et j'en veux encore plus. Avec un taux d'inoccupation de 5 à 10 % stabilisé, on fait en sorte qu'à peu près toutes les personnes qui viennent voir chez nous ont déjà visité deux ou trois autres résidences. C'est sain. C'est comme cela que la qualité vient des choix.»

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Collaborateur du Devoir
2 commentaires
  • BenoitNadeau - Inscrit 8 novembre 2011 16 h 50

    Baby boom immobilier

    Avec le vieillissement de la population, ce genre d'investissement va connaître un bel essor. Les logements permettent une sécurité de revenu et prendront, je crois, beaucoup de valeur lorsque la pyramide démographique sera complètement inversée. Ce lien montre comment il sera possible de tirer son épingle du jeu : http://bit.ly/uc6UYs

  • g perron - Inscrite 1 janvier 2012 20 h 19

    le groupe maurice

    Ce sont de bien jolie résidences quand vous êtes un retraité en forme et à l'aise mais quand vous chutez et vous vous retrouvez à l'étage des soins
    c'est une autre histoire et ce n'est pas donné. Il manque de personnel. Tout ce fais très très rapidement et il y a beaucoup d'oubli