Les entretiens Concordia - Économie et développement durable - Rendre le monde moins dépendant des énergies fossiles

Parmi les projets sur lesquels travaille Pragasen Pillay, il y a la conception d’un appareil pouvant digérer des aliments afin de les transformer en énergie.<br />
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Parmi les projets sur lesquels travaille Pragasen Pillay, il y a la conception d’un appareil pouvant digérer des aliments afin de les transformer en énergie.

Son grand intérêt pour les mathématiques et la physique a incité Pragasen Pillay à devenir ingénieur et, comme parmi toutes les disciplines de cette profession c'était le génie électrique qui faisait le plus appel à ces sciences, il a opté pour une carrière dans ce domaine, ce qui a fait de lui un spécialiste en énergie. Un virage majeur dans sa vision du monde l'a ensuite conduit vers les énergies renouvelables et l'efficacité énergétique. Cela explique sans doute sa venue comme professeur à l'Université Concordia et le rôle qu'il joue maintenant comme membre senior au sein de la Chaire de recherche CRSNG/Hydro-Québec.

Tout scientifique qu'il soit, ce sont néanmoins des événements politiques qui ont pesé dans ce virage vers le développement durable. L'attaque terroriste du 11 septembre 2001 et le déclenchement de la guerre en Irak qui a suivi, laquelle a entraîné la mort de milliers de personnes innocentes et l'engloutissement de beaucoup d'argent, lui ont paru extrêmement injustes. Comme chercheur, il avait déjà travaillé pour l'amélioration des systèmes électriques sur des navires militaires et pour l'industrie en général. «J'ai alors décidé de travailler dans une perspective plus humaine pour l'amélioration de l'environnement et de la planète, en mettant l'accent sur l'énergie renouvelable et l'efficacité énergétique», confie-t-il.

Un tel positionnement l'a amené «à voir au-delà des vieilles façons de faire», ce qu'il explique dans les termes suivants: «Nous avons une société qui est basée sur l'énergie fossile. Nous en sommes au point où, si nous n'avons pas de pétrole, nous ne pouvons plus manger, à cause du transport des aliments et des fertilisants que donne la pétrochimie. En outre, cette ressource énergétique provient de la région la plus instable de la planète. Même au Québec, on importe du pétrole, car celui de l'Alberta s'en va aux États-Unis.» Cet ingénieur et chercheur s'est donc tourné vers des solutions s'appuyant sur les énergies renouvelables.

On devine que les gaz de schiste et les sables bitumineux ne font pas partie de son programme: «Je ne crois pas dans cela, ça ne fait que détruire les réserves d'eau, ressource qui est devenue un enjeu très important dans le monde. Elle est liée à l'alimentation et à l'énergie. Au Québec, plus de 95 % de l'énergie électrique est générée par l'eau.» Le professeur se défend bien de vouloir jouer au politicien, mais il reconnaît que, pour changer le système, il faut enlever les barrières réglementaires et apporter des mesures incitatives pour les nouvelles énergies, comme on l'a fait pour les vieilles technologies. Il travaille du reste en collaboration avec Équiterre, qui s'intéresse aux résultats de la recherche pour mieux travailler avec le gouvernement dans la promotion de nouvelles idées et technologies.

Il y a partout de l'énergie à récupérer, souligne M. Pillay, en attirant l'attention sur la thèse de doctorat que Nathan Curry, l'un de ses étudiants, prépare sur les eaux usées de Montréal et dont le constat est le suivant: «Montréal a beaucoup de chemin à faire en matière de gestion et de traitement des eaux usées et il y a un gros potentiel d'utilisation des déchets à des fins de solutions énergétiques», écrit-il. L'usine de traitement de Pointe-aux-Trembles est l'une des plus grosses en Amérique du Nord. Son problème est qu'elle ne fait qu'un traitement primaire des eaux usées, ce qui entraîne le rejet dans le fleuve de beaucoup de résidus pharmaceutiques, de métaux lourds et d'autres contaminants. Présentement, il n'y a pas de loi fédérale imposant des normes plus strictes de traitement des eaux usées, ce qui n'empêche pas plusieurs usines de traitement dans les villes canadiennes d'effectuer des traitements secondaires et tertiaires, ce qui permet de rejeter dans la nature des eaux beaucoup plus claires.

Les projets avec Hydro-Québec

Pour ce qui est du mandat de la Chaire de recherche parrainée par Hydro-Québec, le Dr Pillay et son équipe reçoivent un million sur une période de cinq ans pour travailler à plusieurs projets spécifiques, en collaboration avec des chercheurs de l'Institut de recherche d'Hydro-Québec. Les projets doivent être approuvés par le partenaire fédéral, soit le Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie, qui ajoute un autre million à la chaire de recherche sur une période de cinq ans.

Le premier projet sur lequel le Dr Pillay travaille porte sur la production d'énergie à partir de déchets organiques provenant de restaurants situés dans le Hall Building de Concordia. En collaboration avec cette université, il s'agir de faire le design d'un appareil digestif qui pourrait se nourrir des déchets alimentaires pour les convertir en énergie, laquelle serait utilisée dans l'édifice même qui loge ces cafétérias. M. Pillay dit toutefois être en attente d'une aide financière de la Fondation canadienne de l'innovation pour le financement d'une installation de démonstration d'un système d'énergie renouvelable en milieu urbain. L'idée de départ est de faire «de l'énergie renouvelable urbaine», ce qui réduirait la consommation de mazout et même le transport, sinon ces déchets devraient être transportés dans un dépotoir, causant ainsi une augmentation de la circulation et des bruits au centre-ville. En fait, une technologie de digestion est déjà utilisée dans des fermes à travers le monde, mais Concordia serait parmi les premiers à l'appliquer dans un milieu urbain dans l'un de ses édifices.

Les régions rurales ne sont pas oubliées, puisqu'il n'y a pas d'intérêt présentement pour un système pouvant digérer les quantités considérables de déchets qu'une ferme peut générer. Une recherche visant à optimiser un tel système existe donc. Il y a aussi un projet d'électrification rurale dans les régions isolées où le réseau de distribution d'énergie ne se rend pas. Une éolienne traditionnelle, comme celles qu'on installe maintenant, ne ferait pas l'affaire, étant donné qu'il n'y a dans ces régions isolées aucun raccordement à un réseau, ce qui veut dire qu'en l'absence de tout vent, il n'y aurait plus d'électricité. Actuellement, ces régions isolées ne peuvent s'électrifier qu'avec du diesel, ce qui coûte très cher en frais de transport. Le combustible demeurerait toutefois une solution d'appoint lorsqu'il n'y aurait pas de vent. Il s'agit donc de concevoir un système qui combine ces deux ressources énergétiques.

Il existe aussi une recherche sur l'énergie «osmotique», c'est-à-dire celle qui peut être produite quand l'eau douce rencontre l'eau salée, qui serait une nouvelle façon de générer de l'énergie. M. Pillay a pour tâche d'élaborer un modèle mathématique de cette possibilité. Un autre projet cherche à concevoir un système qui fonctionnerait à partir du mariage entre l'énergie éolienne, l'énergie solaire ou une autre technologie de ressource renouvelable.

Par ailleurs, M. Pillay, en collaboration avec ses collègues Williamson et Chandra, fait de la recherche avec les gens de TM4 (appartenant à Hydro-Québec) en vue de développer un nouveau moteur pour des véhicules fonctionnant à l'électricité. Un autre projet est en cours avec Infolytica, une compagnie ayant des bureaux à Montréal et spécialisée dans les logiciels pour le design de machines électriques. La collaboration avec cette société a pour objectif d'améliorer un logiciel destiné au développement de machines électriques.

Tous ces projets se développent en fonction d'échéanciers qui peuvent varier de six mois à cinq ans. Par exemple, dans le cas de TM4, un échéancier de six mois avait été établi, mais une demande de subvention est préparée pour obtenir une prolongation jusqu'à deux ans. Certains de ces projets sont menés en coopération avec d'autres universités. D'ailleurs, Hydro-Québec accorde un appui financier à plusieurs chaires de recherche dans les universités québécoises. Tous ces projets sont généralement menés dans le cadre d'un plan plus vaste.

Le Dr Pillay, originaire d'Afrique du Sud, a obtenu un baccalauréat en génie électrique de l'Université de KwaZulu-Natal, puis a obtenu un doctorat dans le même champ d'action à l'Institute and State University aux États-Unis. Il a enseigné dans plusieurs universités en Afrique du Sud, en Europe et en Amérique du Nord. En 2008, il a été décoré par le président sud-africain de l'Ordre de Mapungubwe, en reconnaissance de ses réalisations qui ont servi les intérêts du pays tout en ayant des répercussions internationales.

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Collaborateur du Devoir
5 commentaires
  • Jean Francois - Inscrit 31 octobre 2011 00 h 54

    On paye la recherche et qui récolte les profits ?

    M. Pillay, en collaboration avec ses collègues Williamson et Chandra, fait de la recherche avec les gens de TM4 (appartenant à Hydro-Québec) en vue de développer un nouveau moteur pour des véhicules fonctionnant à l'électricité.

    Après il vont le vendre aux compagnie dont Paul Desmarais est actionnaire, comme le moteur roue vendue a Dassault. Information facilement disponible sur la toile.

    Je rêve du jour ou le Québec choisira comme projet de construire la meilleur voiture électrique au Monde, mais aussi de la vendre !

  • Kim Cornelissen - Inscrite 31 octobre 2011 08 h 47

    Réinventer la roue?

    Ce dont le professeur parle, c'est la production de biogaz et de biométhane: non seulement c'est déjà inventé, mais ce sont des pays où il y a peu d'électricité de disponible en milieu rural qui en sont championnes, comme la Chine, qui veut produire 40-70 % de son énergie à partir des déchets agricoles: il n'y a pas d'invention là! Au Québec, même le gouvernement veut réserver le biométhane à d'autres usages que l'électricité, entre autres pour répondre à des besoins en biocarburant où l'électricité est moins efficace, comme par exemple le camionnage lourd! Et les déchets de Concordia seraient bien mieux utilisés dans les usines de biométhanisation qui s'en viennent à Montréal!

    Pour ce qui est de l'énergie osmotique lorsque l'eau douce rencontre l'eau salée, les Hollandais sont déjà très avancés là-dedans...

    Alors, on s'épate pour quoi? Une revue de la littérature et quelques visites s'imposent peut-être?

  • celljack - Inscrit 31 octobre 2011 09 h 55

    Pas de nouvelles

    @ Kim Cornelissen: je suis D'accord avec vous.

    Toute personne le moindrement renseignée sur l'énergie connait déjà la biométhanisation. D'ailleurs, voici des instructions par l'UNESCO pour la fabrication des réacteurs à gaz naturel comme ils se font dans les pays pauvres:
    http://unesdoc.unesco.org/images/0014/001446/14466

    La question est de savoir si les oligarques vont construire de grosses usines de biométhanisation et nous taxer pour qu'on leur fournisse nos matières valorisables, tout en faisant en sorte que l'utilisation de ces systèmes soit interdite en usage personnel?

  • Gert - Inscrit 1 novembre 2011 09 h 41

    Espérense

    Je crois que nous pouvons faire quelque chose de bien en invention car les québécois sont de bons inventeur, on a des ingénieux ici au Québec mais le problème, c'est que les multinationnals achètent nos inventions et les détruisent car ils veulent vendre leur pétrole, c'est pourquoi , il faut que les inventions puissent sortir et être perfectionner pour donner le meilleur rendement possible et aussi le moins couteux possible , alors faudrait garder nos inventions pour nous et les vendre nous même . Bien sur il vas toujours y avoir quelqu'un qui vas les copier mais pas grave , au moins si on peut sauver notre planette, c'est ce qui est le plus important et ne pas laisser le lobbéiste nous écraser comme ils le font a l'heure actuel.

    Si on pouvait trouver du monde honnête pour diriger notre pays , ça nous aiderait beaucoup, ils arrêteraient de gaspiller notre argent et on pourrait la mettre sur les inventions qui nous rapporteraient en plus.
    A quand le monde vas changer pour notre bien-être et non juste pour l'argent car l'argent aide mais aussi elle détruit car il y a trop de monde avide qui n'en ont jamais assez. Gerty