Assurer la relève... malgré soi

«N'allez pas croire que tous les entrepreneurs de la relève sont des fils — ou des filles — à papa qui ont toujours eu tout cuit dans le bec! Il arrive très souvent qu'on doive composer avec des situations difficiles quand vient le temps de préparer la passation des pouvoirs.»

C'est une entrepreneure échaudée, mais aucunement amère, qui tient ces propos. Nathalie Croft, 46 ans, a appris le métier à la dure. «Je n'avais que 18 ans quand je suis devenue, malgré moi, actionnaire de l'entreprise familiale avec mes cinq frères et soeurs, ainsi que ma mère. Mon père est décédé quand j'avais 12 ans», raconte l'ex-actionnaire du fabricant de vêtements de marque Ozone et Alaska, à Chicoutimi. Elle n'hésite pas à qualifier son expérience de pénible sur le plan personnel. «À l'époque, le contexte familial n'était pas tout à fait favorable, dit-elle après coup. Je me suis retrouvée au coeur de douloureux conflits impliquant ma propre famille.»

Disputes, déchirements, vives tensions... Nathalie Croft dit être passée par toute la gamme des émotions. «J'ai beaucoup appris. Je peux même dire aujourd'hui que je détiens mon doctorat en gestion de chicanes!» dit-elle avec un humour mordant.

La compagnie familiale a fermé ses portes en 2001 et les machines à coudre se sont éteintes en même temps. Depuis lors, Nathalie Croft aide des entrepreneurs à «réussir le transfert de leur entreprise», en plus de prononcer des conférences. «Je constate que les jeunes entrepreneurs qui fréquentent l'École d'entrepreneurship de Beauce ont une belle énergie et c'est rassurant pour l'avenir de nos PME», dit la formatrice.

Elle a créé un petit guide pratique, «Choisir son associé ou sa relève», à l'intention des entrepreneurs «qui n'ont pas toujours les moyens financiers, dit-elle, de se payer les services de grandes firmes de consultants pour réaliser une transaction où personne ne sort perdant».

Elle ajoute: «Il existe de nombreuses solutions, mais les gens ne savent pas toujours où trouver les ressources externes pour mener à terme leurs projets. Il est important de bien observer autour de soi pour trouver une relève qui pourra créer de la valeur au sein de l'entreprise.»

Dans son travail de consultation, elle dit parfois en voir de toutes les couleurs. «Ce n'est pas toujours dramatique, mais il arrive que la chicane prenne le dessus lors des discussions en vue de la vente de l'entreprise par le propriétaire. C'est alors que les opposants sortent la convention d'actionnaires. On reste campé sur ses positions. Ça ne produit pas toujours d'excellents résultats», déplore la présidente du groupe-conseil Pissenlits.

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