Les «indignés» de Wall Street ont un allié en George Soros

«J’ai de la sympathie pour leurs opinions», dit George Soros
Photo: Agence Reuters «J’ai de la sympathie pour leurs opinions», dit George Soros

Les «indignés de Wall Street» ont trouvé un allié de choix. L'investisseur milliardaire George Soros a fait savoir hier qu'il éprouvait de la sympathie pour les manifestations anti-Wall Street qui, selon lui, sont le fruit des «super bonus» versés par les banques.

«Je comprends leur réaction, franchement. [...] J'ai de la sympathie pour leurs opinions», a lâché M. Soros lors d'une conférence de presse à l'Organisation des Nations unies (ONU) lorsqu'il a été interrogé à propos des manifestants qui ont tenté de bloquer le pont de Brooklyn au cours du week-end.

M. Soros, qui a accumulé une petite fortune en spéculant sur les devises et les actions, a notamment rappelé que des propriétaires de petites entreprises avaient vu les taux d'intérêt de leurs cartes de crédit grimper de 8 % à 28 % après la crise de 2008. «Et puisqu'ils dépendaient de ce crédit pour gérer leurs entreprises, beaucoup d'entre eux ont en réalité dû cesser leurs activités», a affirmé l'enfant terrible de la finance, avant de poursuivre: «Et en même temps, la décision de ne pas injecter de capitaux dans les banques, mais en réalité de les soulager de leurs mauvais avoirs et de leur permettre de s'extraire du trou, laisse les banques avec des super profits et leur permet de verser des super bonus. [...] Le contraste entre les deux [situations] est, je pense, la raison principale des manifestations anticapitalistes et du Tea Party».

La mobilisation anti-capitaliste, qui est née il y a deux semaines sous les fenêtres du sanctuaire de la finance mondiale, lorsqu'une poignée d'anticapitalistes a déroulé des sacs de couchage, connaît un nouveau souffle. S'inspirant à la fois des «indignés» européens et des révoltes du Printemps arabe, le mouvement Occupons Wall Street attire désormais plusieurs centaines de personnes chaque jour devant la Bourse de New York. Il entame sa troisième semaine, alors que des occupations similaires ont émergé de Los Angeles à Boston, en passant par Chicago. Celui-ci a également fait des émules en dehors de la capitale financière mondiale, au nord du 49e parallèle, par exemple.

Des militants projettent d'occuper, à partir du samedi 15 octobre, le quartier financier de Toronto, suivant ainsi l'exemple des protestataires qui campent à Wall Street. L'idée fait également son chemin à Montréal, Ottawa, Calgary, Vancouver, Victoria, en Nouvelle-Écosse et à Terre-Neuve-et-Labrador.

Et les manifestants new-yorkais espèrent recevoir cette semaine le soutien des syndicalistes, après avoir obtenu celui, plus inattendu, du milliardaire George Soros.

Quels sont les griefs de ces apprentis révolutionnaires? Interrogez une dizaine de manifestants sur leurs griefs et vous obtiendrez dix réponses différentes: le renflouement à grands coups de deniers publics des banques de Wall Street, le chômage, l'endettement des étudiants, la brutalité policière ou encore le réchauffement climatique. Tentez alors de dénicher un porte-parole pour le groupe et vous vous heurterez à une nouvelle difficulté: très peu d'entre eux acceptent d'endosser cette responsabilité.

«Chacun ici a une raison et un but qui lui est propre», résume Anthony, un manifestant âgé de 28 ans.

Vivre à Zuccotti Park

Au vu de la popularité croissante de l'initiative, le mouvement fait de plus en plus écho aux manifestations des «indignés» européens, qui, dans la rue, crient leur rage et leur frustration devant l'impuissance des gouvernements à régler la crise financière. Au début, il ne s'agissait que d'une poignée d'étudiants installés jour et nuit à Zuccotti Park, une place située à proximité du quartier de la finance. Les «anti-Wall Street» avaient du mal à capter l'attention des médias, mais, au lendemain de l'interpellation de 700 personnes sur le pont de Brooklyn samedi, des centaines de manifestants sont à leur tour descendus dans la rue pour se joindre au mouvement. Aujourd'hui, même si leurs objectifs restent obscurs, ils font parler d'eux. «Nous sommes sur la place et il est devenu impossible de nous ignorer», fait valoir Anthony.

En Espagne, en Italie, en Grèce et en Israël, des milliers de jeunes au chômage et de fonctionnaires étranglés financièrement partagent la même amertume et la même angoisse devant la réduction des aides publiques. Aux États-Unis, ces mêmes inquiétudes sont dorénavant partagées par les déçus du président démocrate, Barack Obama, et par les irréductibles opposants à l'élite politique et économique du pays.

Les indignés de Wall Street ne donnent pas l'impression de vouloir lever le camp. Les organisateurs ont appelé hier les manifestants à se déguiser en zombies de la Bourse et à dévorer des billets de Monopoly pour que les employés de la finance puissent voir «le reflet métaphorique de leurs actes».

Dans le camp, John Hildebrand, enseignant sans emploi originaire de l'État de l'Oklahoma, émergeait de son sac de couchage, alors que plusieurs dizaines d'agents de police avaient déjà pris position en formation face aux manifestants. L'homme de 24 ans a raconté qu'il était arrivé samedi à New York après avoir trouvé un billet d'avion bon marché. «Le problème pour moi, c'est l'influence des grands groupes sur la politique. J'aimerais éliminer le financement des grands groupes de la politique», a-t-il expliqué, disant avoir prévu de rentrer chez lui aujourd'hui et d'y organiser une manifestation similaire.

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D'après l'Agence France-Presse et l'Associated Press

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