Association pour l'investissement responsable - Pas de «crise» en ISR

Valérie R. Carbonneau Collaboration spéciale
L’investissement socialement responsable au Canada a résisté aux perturbations de la crise financière internationale.
Photo: Agence Reuters Carlos Jasso L’investissement socialement responsable au Canada a résisté aux perturbations de la crise financière internationale.

Ce texte fait partie du cahier spécial Finances - Investissement responsable

Lire son quotidien préféré via le Web, recourir aux transports collectifs pour se rendre au boulot, boire ses trois cafés par jour dans une tasse réutilisable, rapporter les styromousses à la fruiterie du coin... Aujourd'hui, il est possible d'adopter un comportement éthique jusqu'au bout des doigts. Mais qu'en est-il de nos investissements? Comme on ne peut plus échapper aux pratiques socialement responsables sans se faire regarder de travers, le souci de bien faire doit désormais transparaître jusque dans ses placements.

Ce n'est pas d'hier que l'Association pour l'investissement responsable (AIR) fait la promotion de l'investissement socialement responsable (ISR) au Canada. Créée en 1989 dans le but de devenir la référence en tant qu'association professionnelle pour les investissements socialement responsables au pays, l'AIR favorise les investissements liés à des préoccupations écologiques, sociales et de gouvernance dans la sélection et la gestion des investissements. Elle est formée d'un réseau national regroupant établissements financiers, sociétés d'investissement, conseillers financiers et différentes organisations, ainsi que des individus interpellés par l'investissement socialement responsable. Des mem-bres au service de plus d'un million de déposants et investisseurs canadiens.

Son mandat principal? Assumer un rôle de direction pour étendre l'usage des critères sociaux et écologiques dans la communauté financière au pays, accroître la sensibilisation du public à l'investissement socialement responsable, légitimer les arguments en faveur de l'analyse écologique et sociale au sein des autres organismes d'investissement et, finalement, mettre à la disposition des membres et du public un forum et une source de renseignements sur l'investissement socialement responsable.

Maintenant, qu'en est-il du poids des investissements responsables au Canada? Interviewée à ce sujet, la directrice adjointe des communications, des adhésions et des services aux conseillers, Sarah Thomson, explique que les données récoltées au Canada indiquent qu'en général les sommes investies selon le respect des critères de l'investissement socialement responsable ont augmenté de façon significative depuis 2002. Il n'a toutefois pas été possible d'obtenir le pouls de ces investissements en ce qui concerne le territoire québécois plus précisément.

Des investissements solides


Ce printemps, l'AIR a d'ail-leurs émis un communiqué dans lequel on mentionnait que l'investissement socialement responsable au Canada avait résisté aux perturbations de la crise financière internationale et qu'il représentait toujours environ un cinquième des actifs sous gestion dans le secteur financier au pays, soit 20 %.

En effet, la Revue 2010 de l'investissement socialement responsable au Canada, soit la plus récente — et seule — enquête intégrale effectuée sur les actifs de l'ISR au Canada, publiée tous les deux ans depuis 2000, révèle qu'en date de juin 2010 les actifs gérés conformément à des lignes directrices d'ISR au pays s'élevaient à 530,9 milliards. L'AIR, qui a réalisé cette étude en recueillant des données entre septembre 2010 et février 2011, considère que ce montant représente encore près de 20 % des actifs totaux des secteurs des caisses de retraite, de la gestion de fonds et des fonds communs de placement, tout comme ce fut le cas en 2008.

Selon les chiffres avancés par l'association, en 2008, les actifs canadiens d'ISR se situaient à 579,1 milliards. Si on se fie toujours aux données de l'AIR, les actifs canadiens totaux investis sont ainsi passés de 51,4 milliards en 2002 à 530,9 milliards en 2010.

Bon rendement

L'AIR note d'ailleurs que, bien qu'ils fassent partie d'un segment de l'ISR de petite taille en renfermant moins de 1 % du total, les investissements à impact élevé — qui visent à relever des défis sociaux ou écologiques tout en procurant un rendement financier, tels que les fonds de prêts communautaires et le capital de risque social — ont fait preuve d'une croissance fulgurante ces dernières années. Même scénario du côté des fiducies de revenu dans le secteur des sources d'énergie renouvelables, qui investissent dans un portefeuille de placements diversifiés ciblant la production d'énergie propre. Un résultat qui laisse transparaître de plus en plus la volonté des Canadiens de trouver des solutions de rechange viables aux placements traditionnels.

Quant aux grandes caisses de retraite du secteur public au Canada, elles ont été parmi les premières à adopter des stratégies d'investissement responsable. Qui plus est, en renfermant 85 % des actifs totaux, soit 453,4 milliards, elles représentent toujours la plus grande part de l'ISR au pays.

Et, pendant que des investisseurs institutionnels continuent de revendiquer des investissements socialement responsables de la part des gestionnaires de fonds et que les caisses de retraite traitent d'une manière encore plus approfondie les enjeux écologiques, sociaux et de gouvernance d'entreprise, les conseillers et les sociétés de fonds, eux, offrent un éventail d'autant plus généreux de produits et services s'adressant aux investisseurs individuels qui souhaitent faire des investissements en harmonie avec leurs valeurs.

Profil des clients

Les sociétés de gestion de placements investissent pour le compte de différents clients.

Selon les données compilées dans la Revue 2010 de l'investissement socialement responsable au Canada, ils constituent à 44 % des investisseurs particuliers fortunés, des compagnies d'assurance (37 %), des universités (7 %), des caisses de retraite du secteur public (5 %), des caisses de retraites d'entreprises (3 %), des congrégations religieuses (3 %) et des fondations (2 %).

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Collaboratrice du Devoir

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