L'aviation civile veut être de son temps

Tony Tyler, président de l’IATA
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Tony Tyler, président de l’IATA

Les gouvernements doivent abandonner leur conception «dépassée» de l'industrie aérienne en matière notamment de limite à la propriété étrangère, d'organisation du trafic, de sécurité, de réglementation et de fiscalité s'ils veulent qu'elle ait une chance de prospérer, estime le nouveau patron de l'IATA, Tony Tyler.

Les pays les plus industrialisés auraient beaucoup à apprendre, à ce chapitre, des marchés en pleine explosion d'Asie, du Moyen-Orient et d'Amérique latine, a déclaré hier en entrevue au Devoir celui qui était président et chef de la direction de Cathay Pacific Airways de Hong Kong jusqu'à ce qu'il remplace, en juillet, l'Italien Giovanni Bisignani au terme de neuf années à la tête de l'Association du transport aérien international (IATA en anglais). «C'est évidemment plus facile de faire de l'argent dans des marchés en rapide expansion, a admis d'emblée ce Britannique grand et mince dans son bureau juché dans la tour de la Bourse de Montréal, où l'organisation a son siège. Mais ces gouvernements ont aussi pris le parti d'une régulation légère et d'une coopération avec l'industrie qui donnent d'excellents résultats, tant sur le plan de la qualité des services, de la sécurité, de la compétitivité et des prix pour les passagers.»

Il qualifie de «dépassées» les règles qui protègent la propriété nationale des compagnies aériennes, mais empêchent l'industrie de se consolider en quelques grands groupes mondiaux comme l'ont déjà fait tant d'autres secteurs de l'économie. «Dépassée», aussi, cette gestion du trafic aérien encore largement du ressort de chaque pays et qui oblige les avions à effectuer toutes sortes de détours inutiles et coûteux au hasard de cette immense courtepointe d'espaces aériens nationaux. «Dépassés», également, ces dispositifs de sécurité aux aéroports auxquels on a ajouté de nouveaux contrôles chaque fois qu'une nouvelle forme de menace a fait son apparition et qui sont devenus tellement pénibles pour les voyageurs qu'ils agissent comme un goulot d'étranglement à la croissance de l'industrie.

«La sécurité dans les aéroports coûte 7,4 milliards par année, dont une bonne partie, en pure perte. On ne compte plus les inefficacités et l'expérience des voyageurs est très mauvaise», affirme le représentant de l'industrie qui a connu plus de déficits que de profits depuis 10 ans et dont les bénéfices totaux ne devraient pas dépasser les 4 milliards en 2001. La solution n'est pas de réduire les normes de sécurité, poursuit Tony Tyler, mais de revoir complètement la façon de les atteindre. On rêve de banques de données personnelles permettant de filtrer rapidement les passagers présentant le plus de risques et de détecteurs capables de fouiller les voyageurs sans même qu'ils aient à s'arrêter.

Et le Canada

Le Canada n'est pas à l'abri des critiques du nouveau directeur général et chef de la direction de l'IATA. Reprenant à son compte des reproches souvent formulés par ses prédécesseurs, Tony Tyler dénonce la taxation excessive dont sont victimes, selon lui, les transporteurs. On en veut, notamment, contre cette redevance de la Couronne qui s'est élevée à 257 millions en 2009 et qui ferait fuir tellement de compagnies que sa seule abolition créerait 5550 emplois directs et indirects et générait des retombées de 720 millions.

Les gouvernements n'en conservent pas moins un rôle capital, entre autres pour aider le transport aérien à effectuer le virage vert. Ce virage requerra vraisemblablement l'imposition d'une taxe verte qui pourrait être acceptable, dit Tony Tyler, à condition qu'elle soit uniforme et que ses recettes aillent bel et bien à la protection de l'environnement, soit tout le contraire de la nouvelle taxe que s'apprête à imposer l'Union européenne à l'industrie. La conception de nouveaux appareils moins polluants par les constructeurs d'avions pourrait aussi devoir être «encouragée» par l'adoption de normes d'émission plus sévères comme on le ferait dans le domaine automobile.

«Le transport aérien est une industrie comme les autres, mais aussi un fantastique moteur de développement économique et de rapprochement des peuples, conclut Tony Tyler. On voudrait que les gouvernements le reconnaissent et qu'ils n'y voient pas seulement une cible commode de taxation et de régulation.»

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