Pétrole: un secret bien gardé

Le ministère des Ressources naturelles et de la Faune refuse de donner quelque information que ce soit sur la quantité de pétrole qui a été pompé du sous-sol québécois au cours des dernières années par les entreprises qui réalisent des travaux exploratoires. La seule information disponible sur cette ressource non renouvelable est celle fournie par les pétrolières.

Le Devoir a demandé, en vertu de la Loi sur l'accès à l'information, les documents faisant état des quantités de pétrole extrait des puits forés depuis 2008 par les entreprises Junex et Pétrolia sur le territoire du Québec dans le cadre des opérations d'exploration qu'elles mènent afin de cibler les gisements propices à une exploitation commerciale.

Mais le ministère des Ressources naturelles et de la Faune (MRNF) a signifié son refus de «transmettre les documents demandés». Selon ce qu'écrit le responsable de l'accès à l'information du ministère, la législation prévoit qu'on peut refuser l'accès à des informations lorsque les renseignements demandés sont, par exemple, susceptibles de contenir un «secret industriel» ou un «renseignement industriel», «financier» ou encore «commercial». La chose est aussi possible dans le cas où la divulgation d'une information pourrait «nuire de façon substantielle à la compétitivité» d'un tiers, dans ce cas des entreprises privées.

Hydro-Québec avait aussi utilisé ces motifs lorsque Le Devoir avait tenté d'obtenir les documents faisant état de ce qu'elle a obtenu de Pétrolia lorsqu'elle lui a cédé, au début 2008, les permis d'exploration pétrolière et gazière que la société d'État possédait sur l'île d'Anticosti.

Il est donc impossible d'obtenir des informations indépendantes concernant les quantités d'or noir soutirées du sous-sol québécois.

Zéro redevance

On sait toutefois que les entreprises n'ont versé aucune redevance à l'État québécois. La loi qui encadre actuellement l'exploration pétrolière au Québec ne prévoit pas d'obligation de payer des redevances durant la phase d'exploration et elle ne détermine aucune limite à cette période d'évaluation.

Les seules évaluations sur les quantités de pétrole déjà pompé au cours des dernières années proviennent des pétrolières.

Au début de l'hiver dernier, le président de Junex, Jean-Yves Lavoie, avait évalué à «près de 7000 barils» la quantité de pétrole léger tiré du champ pétrolifère de Galt, situé près de Gaspé. Ce pétrole a été vendu à la raffinerie d'Ultramar, près de Québec. Les premières extractions remonteraient déjà à quelques années. Dans son rapport annuel 2006, Junex affirme notamment avoir «poursuivi la production» d'un puits, Galt no 3. Ce dernier aurait produit cette année-là «un total de plus de 1300 barils», générant des «revenus bruts d'environ 100 000 $». Des revenus liés à la vente de pétrole et de gaz sont depuis inscrits chaque année dans son rapport annuel.

Outre ses permis très prometteurs de l'île d'Anticosti, Pétrolia s'active pour sa part sur le site Haldimand — en partenariat avec Junex —, situé tout près de la baie de Gaspé, où deux puits ont été forés. Environ 2000 barils auraient été pompés au cours des dernières années, selon la pétrolière. Déjà en 2006, on fait état d'une petite «production». «Depuis le 30 juin 2010, dans le cadre d'un essai de production à débit contrôlé, le puits Haldimand no 1 produit de façon naturelle (sans l'assistance d'une pompe) environ 10 barils de pétrole par jour. La production est acheminée par camion à la raffinerie d'Ultramar à Saint-Romuald», peut-on également lire sur le site Internet de l'entreprise.

Pétrolia a poursuivi au début de l'année, pour 350 000 $, Le Soleil et le porte-parole de la coalition Pour que le Québec ait meilleure mine, Ugo Lapointe, en raison de propos qu'il a tenus et qui ont été repris dans un article publié dans le quotidien de Québec. L'article en question soulignait que Pétrolia n'a jamais versé de redevances à l'État pour le pétrole extrait et vendu à Ultramar. «Ce sont des ressources non renouvelables, avait dit M. Lapointe à la journaliste du Soleil, qui appartiennent à tous les Québécois. C'est du vol à petite échelle, mais qui ouvre la porte à du vol à plus grande échelle.» La Cour supérieure a assimilé la démarche à une poursuite-bâillon et l'a rejetée.

Par ailleurs, les joueurs de l'industrie actifs dans l'exploration pétrolière (surtout Corridor Resources, Junex et Pétrolia) envisagent tous de poursuivre leurs travaux d'exploration avec plus d'intensité au cours des prochaines années, de façon à se rapprocher d'une exploitation commerciale à la pointe de la Gaspésie, et aussi probablement sur l'île d'Anticosti. Les réserves québécoises se calculeraient en dizaines de millions de barils, pour une valeur de plusieurs milliards de dollars.
18 commentaires
  • Pierre Lachance - Inscrit 31 août 2011 05 h 10

    De toute façon

    Ici au Québec les lois sont faite par et pour les riches, ils se protègent entre eux.

    Ils sont partout dans les deux paliers du gouvernement et des que quelques choses menace leur projet ou que le peuple veut ils se débrouillent toujours pour que quelque choses soit a leur avantage comme cela, ils sont toujours gagnant!

    J'aimerais qu'un jour chacune des personnes ou entité qui font des profits soit en argent, en biens ou en pouvoir sur chacun des projets gouvernemental soit listé sur un grand tableau libre de consultations mais je rêve en couleurs ici, c’est le riche qui est roi.

  • Sylvie - Inscrit 31 août 2011 05 h 52

    Soyons clairs!

    Si le gouvernement était honnête, il nous dirait clairement que les intérêts commerciaux ont préséance sur la démocratie... car c'est bien ce dont il s'agit non? Il y a dans la constitution canadienne le principe de limites aux droits dans une société démocratique: c'est clair, on le sait. Quand donc clarifiera-t-on que dans une société de marché, il y a des limites à la démocratie, commandées par les intérêts commerciaux? Il serait temps d'appeler un chat un chat et d'arrêter de faire semblant que nous sommes en démocratie parce que nous avons des élections de temps en temps

  • ClarkeCity - Inscrit 31 août 2011 05 h 57

    Zéro transparence du gouvernement Charest

    Pas vraiment étonnant que l'on désire cacher cette information. Ce gouvernement œuvre pour les industries. Le Québec ne devrait pas aspirer à «privatiser les profits et socialiser les dépenses» mais Charest ainsi que Vandal semble penser autrement.

    Que cela soit pour l'industrie pétrolière, gazière, minière ou même pour l’industrie de l’énergie (éolien, mini-centrales hydroélectriques), le zéro transparence semble être la règle qui permet à ce gouvernement de continuer cette pratique. Il est étonnant que pour l’industrie de l’énergie, la connivence de certains élus ainsi que des propriétaires des terrains. Ces derniers désirent ces projets pour pouvoir bénéficier d’un gain financier pendant que le promoteur privé empoche au dépend des Québécois. Les Québécois se font avoir avec ces appels d'offres car Hydro-Québec achète cette électricité à gros prix pour la revendre à rabais au Vermont ainsi qu'aux compagnies énergivores.

    Le gouvernement désire faire croire aux québécois que le Québec a besoin de toute cette énergie additionnelle « verte » permettant de créer la richesse des compagnies privées. Hydro-Québec a même réduit le projet d’un complexe de centrales hydroélectriques sur le Petit-Mécatina de 300 mégawatts. « … En effet, le projet prévoit maintenant l'aménagement de deux centrales plutôt que de quatre, et la production a été réduite de 1500 à 1200 mégawatts. … » http://www.radio-canada.ca/regions/est-quebec/2010

    Je crois que pour les générations à venir, les Québécois devraient se réveiller avant qu’il ne soit trop tard. Jean Charest se dépêche à brader nos ressources minières avec le Plan Nord tout en promettant des investissements massifs pour faciliter l’extraction des ressources minières non-renouvelables.

    Les Québécois devraient exiger plus que jamais une commission d'enquête publique sur la construction et sur l

  • Amie du Richelieu - Inscrit 31 août 2011 06 h 55

    C'est un scandale!

    Quoi dire d'autre?!? C'est scandaleux!

  • Roland Berger - Inscrit 31 août 2011 07 h 56

    La ruse parfaite

    Les pétrolières n'ont qu'à continuer l'« exploration » jusqu'à ce que la ressource soit épuisée. Ainsi, aucune redevance à verser au gouvernement. Vive Duplessis !
    Roland Berger