Le Vieux-Port, un site unique en plein développement

Claude Benoit: «Le Vieux-Port est un riche actif patrimonial évalué à plus de 500 millions.»<br />
Photo: François Pesant - Le Devoir Claude Benoit: «Le Vieux-Port est un riche actif patrimonial évalué à plus de 500 millions.»

Dans une entrevue au cours de laquelle elle brosse un tableau de la Société du Vieux-Port de Montréal (SVPM), Claude Benoit, qui en est la présidente et chef de la direction depuis 11 ans, termine sa présentation en rappelant le vote unanime donné en juin dernier par les élus du conseil municipal de Montréal en faveur du développement de ce site unique dans la métropole. «On se voit comme un levier, un moteur de développement économique dans le sud du centre-ville», ajoute-t-elle, fort heureuse d'avoir obtenu un tel appui à l'hôtel de ville.

Mme Benoit a derrière elle toute une carrière dans des activités qu'elle qualifie de «ludo-éducatives», ce qui est d'ailleurs en droite ligne avec son rôle à la SVPM. Toutefois, en tant que présidente, elle doit faire face à des défis de gestion financière, à court et à moyen terme, ce qui est vrai maintenant plus que jamais. Étant une société d'État relevant du gouvernement fédéral, la SVPM doit, elle aussi, s'astreindre à la directive générale de compressions de ses dépenses de 5 à 10 %. Mme Benoit tente déjà de trouver la façon la moins dommageable possible d'y arriver. Il est encore trop tôt pour dire où se feront précisément ces compressions.

Par ailleurs, la SVPM a déjà annoncé des projets d'investissement de 180 millions à réaliser d'ici à cinq ans. À cela, il faut ajouter des investissements de 50 millions au cours de la même période pour des travaux d'infrastructure majeurs. Le terrain s'étendant sur une superficie de 40,7 hectares, avec une bande riveraine de 2,2 km de longueur, bétonnée et en contact constant avec l'eau du fleuve, on imagine facilement les coûts d'entretien que cela requiert pour maintenir les infrastructures en bon état. Dans le contexte de contraintes budgétaires imposées actuellement par le gouvernement Harper, comment la présidente entend-elle réaliser tous ses objectifs d'investissement?

Parce qu'elle a une longue expérience de gestionnaire dans des institutions culturelles importantes, Mme Benoit a sans doute déjà vécu des situations comparables, ce qui explique vraisemblablement sa sérénité apparente. Elle entend négocier avec les autorités fédérales concernées, et jusqu'à Rona Ambrose, ministre des Travaux publics et des Services gouvernementaux, de qui relève la SVPM, et faire valoir tous les arguments à sa disposition, y compris bien sûr la motion votée à l'unanimité par les conseillers municipaux de Montréal. Elle sait aussi qu'il y a des cycles et des lenteurs dans les administrations publiques, d'où cette prudence de se donner cinq ans pour atteindre ses objectifs d'investissements. L'argent devra provenir en grande partie du gouvernement fédéral. Mme Benoit estime qu'elle pourra vraisemblablement aller chercher de 10 à 15 % des montants chez des partenaires.

La SVPM a présentement 47 concessionnaires qui génèrent un chiffre d'affaires de 30 millions; ceux-ci lui paient un loyer et, dans certains cas, des redevances. Ses propres revenus atteignent 15 millions, provenant du Centre des sciences de Montréal et des multiples activités qui ont lieu sur ses quais. On pense au cinéma Imax, à la location des 2500 places de stationnement, aux expositions, à la marina, aux croisières, à la location d'espace, par exemple au Cirque du Soleil. La SVPM reçoit en outre un appui gouvernemental important, sous forme de crédits parlementaires et autres contributions, pour un total présentement de 26 millions de dollars, soit 15 millions consacrés au fonctionnement et 11 millions pour des investissements dans les installations. La SVPM a un budget annuel de 41 millions, dont 30 millions sont consacrés à ses activités de fonctionnement; les 11 millions restants servent à des fins de capitalisation, sous forme d'entretien et de construction. Elle emploie, à longueur d'année, 225 personnes, nombre qui peut dépasser 350 dans les périodes de pointe.

Un atout majeur pour le Vieux-Montréal

«Le Vieux-Port est un riche actif patrimonial évalué à plus de 500 millions», rappelait Mme Benoit devant la Chambre de commerce du Montréal métropolitain le printemps dernier. «Les 25 premières années, on a beaucoup travaillé à amener du monde dans le Vieux-Port pour aider au développement du Vieux-Montréal, lequel a presque achevé sa transformation», ajoutait-elle dans cette entrevue récente.

Cette année, 6,6 millions de personnes auront fréquenté le Vieux-Port, ce qui en fait le premier centre d'achalandage touristique de la ville. Pas moins de 200 activités différentes y auront été présentées. «Nous avons un large spectre de projets ludo-éducatifs pour les gens de 7 à 77 ans, la famille, les personnes seules, les francophones, les anglophones et les allophones. Chaque année,

145 000 enfants viennent au Centre des sciences, ce qui avec Imax permet de rejoindre près de 700 000 personnes», mentionne la présidente avec enthousiasme. Il y a même eu une année où huit millions de visiteurs sont venus sur le site, mais c'est trop, souligne-t-elle. Depuis six ans, des efforts sont faits pour étirer les saisons. Par exemple, l'an passé on a inauguré un festival maritime avec la venue des grands voiliers à la mi-septembre. On attendait 30 000 personnes, il en est venu 150 000. Six grands voiliers seront de retour dans deux semaines. Pendant l'hiver, la fréquentation du site est passée en cinq ans de 300 000 personnes à 1,3 million. Mais on n'oublie pas l'été pour autant. Il y aura en 2012 une plage urbaine (baignade interdite), qui est présentement en voie d'aménagement au coût de quatre millions.

Mme Benoit insiste particulièrement sur l'importance du Vieux-Port dans le développement du Vieux-Montréal. Avec 2500 places de stationnement, la SVPM a le plus grand stationnement du centre-ville. «Nous offrons aussi des services à la population, aux travailleurs et aux propriétaires de condo. Les condos n'ont pas de jardin, si ce n'est celui du Vieux-Port, qui a contribué à la transformation des rues Saint-Paul et Notre-Dame et à l'arrivée des condos immobiliers», dit-elle, ajoutant du même souffle l'effet de synergie que cela a pu avoir sur l'arrivée du Palais des congrès, du Quartier international et de la Cité du multimédia. «Le tourisme d'affaires qui vient au Palais des congrès loge dans les quelque 2000 chambres des hôtels-boutiques et de charme qui se sont développés parce qu'ils étaient dans un quartier de charme.» En outre, fort peu habité il y a 30 ans, le Vieux-Montréal compte maintenant 11 000 résidants.

En somme, les 147 millions investis à ce jour par le gouvernement canadien et les 307 millions investis par la Ville et le gouvernement du Québec ont généré des retombées de 2,4 milliards, fait-elle valoir. Et d'ajouter: «Qu'on soit bien clair, il s'agit ici d'un rendement de plus de 500 % en 30 ans.» Les seules retombées de la SVPM et de ses concessionnaires s'élèvent à 60 millions par année.

En somme, dans une telle perspective économique, Mme Benoit se sent plutôt bien équipée pour défendre ses projets de développement, dont le coût estimé est de 180 millions. Son premier grand projet, de l'ordre de 46 millions, est de transformer le hangar 16, situé en face du Marché Bonsecours, en centre d'événements et d'expositions internationaux, comme des défilés de mode, des foires gastronomiques, et d'offrir aussi des espaces de 1000 places assises pour de grandes réunions d'entreprise. L'immeuble Windsor cessera bientôt d'offrir un tel espace. Le second projet, qui est de 33 millions, vise à exploiter tout le potentiel commercial du quai Jacques-Cartier, où s'installe le chapiteau du Cirque du Soleil pour une durée limitée dans l'année.

Enfin, le troisième projet porte sur l'aménagement du paysage et le réaménagement des deux kilomètres de promenade et d'esplanade. La réalisation de ces trois projets pourrait créer 2000 emplois et susciter des retombées de 140 millions dans l'économie montréalaise. Mais ce n'est pas tout. Il faudra aussi, au cours des cinq prochaines années, investir 50 millions dans des travaux d'infrastructure majeurs. Le béton vieillit dans le Vieux-Port, comme ailleurs! Sans pour autant oublier la verdure. Très agréable à fréquenter à pied ou à vélo, le Vieux-Port est déjà un parc dans une nature en plein développement. Cet automne, 500 arbres supplémentaires y seront plantés.

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Collaborateur du Devoir
1 commentaire
  • Jean Lapointe - Abonné 29 août 2011 10 h 09

    Et la propagande fédéraliste.


    Ce que madame Benoit ne dit pas c'est qu'étant donné que la Société du Vieux-Port est un organisme qui relève du gouvernement fédéral, la propagande en faveur de la National Unity y est pleinemnt présente.

    L'unifolié y domine en très bonne place et le bilinguisme anglais-français y est évidemment de mise.

    Et il y a aussi tous les spectacles qui y sont donnés qui sont autant d'occasions de vanter les mérites du beau Canada uni.

    Allons-nous accepter ça bien longtemps ? Est-ce bien acceptable qu'on vienne nous barber chez nous alors que nous essayons de peine et de misère de stimuler le sentiment national québécois pour éviter d'être engloutis dans le grand tout canadien et pour éviter de disparaître comme peuple distinct?

    N'oublions pas que, pour Ottawa, nous ne sommes pas des Québécois de nationalité, nous sommes des Canadiens de langue française, c'est-à-dire une minorité parmi d'autres au Canada.

    Si ça continue et si on fait rien, on sera amené bientôt à parler français uniquement à la maison, comme dans le ROC.

    Ça ne se ferait pas du jour au lendemain mais avec le temps. C'est ce à quoi nous serions condamnés à moins d'un sursaut de fierté dans la population.