Les hauts et les bas d'iWeb

Éric Chouinard a cofondé la compagnie iWeb avec Martin Leclair en 1996. <br />
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Éric Chouinard a cofondé la compagnie iWeb avec Martin Leclair en 1996.

Il y a 15 ans, Éric Chouinard fondait avec Martin Leclair une toute petite entreprise, iWeb, qui depuis a grandi à une vitesse effrénée. Son chiffre d'affaires, qui était de 200 000 $ en 1998, se situait à 29 millions l'an passé. Au cours des cinq dernières années, la croissance d'iWeb fut de 1107 %. Tout cela en traversant deux crises majeures, l'éclatement de la bulle technologique en 2000 et le krach financier de 2008! Et qu'en est-il de l'avenir? «Il faut s'équiper pour passer à un autre niveau», constate M. Chouinard, président du Groupe iWeb. L'objectif est maintenant de rejoindre le plateau des 100 millions de revenus dans quatre ans, ce qui serait un autre bond exceptionnel par rapport aux 40 millions de revenus qui seront déclarés dans un mois, au terme du présent exercice financier.

Une croissance aussi rapide entraîne nécessairement des défis de financement. «En 2003, quand on présentait notre plan d'affaires, les gens ne comprenaient pas notre industrie. Nous étions presque 10 ans en avance», relate l'entrepreneur. Une prise de contrôle inversée a ouvert la porte sur la Bourse de croissance TSX et permis en 2007 d'aller chercher 4,2 millions en capital-actions. Six mois plus tard, en août 2008, iWeb obtenait 22 millions de Goldman Sachs, trois semaines avant que Lehman Brothers ne déclare faillite. «On a été chanceux», reconnaît M. Chouinard, qui a profité de cet argent pour ouvrir deux autres centres de données.

Jusqu'à la crise de 2008, la croissance annuelle moyenne a été de 70 %. La crise a incité plusieurs clients à réduire leur recours aux services d'iWeb, mais ceux-ci ne pouvaient pas s'en priver complètement, puisque les communications par Internet étaient à la source de leurs revenus. Il y a eu d'ailleurs des tentatives de fraude et d'utilisation gratuite des serveurs. IWeb a tout de même poursuivi sa croissance, ramenée à un niveau de 20 à 30 %. «C'était quand mê-me très bon. Nous étions sur une erre d'aller et nous étions arrivés avec le bon produit au bon moment».

IWeb est un fournisseur d'hébergement Internet et d'infrastructures en technologie d'information. La crise de 2008 avait créé beaucoup d'incertitude dans l'économie et d'insécurité au sein même de la compagnie. La direction a profité de ce ralentissement pour faire le point; M. Chouinard a fait une tournée de tous ses employés. «Ou bien on braille, ou bien on se retrousse les manches. Profitons de la baisse de cadence pour réinventer notre offre de services. Il y aura une reprise de l'économie, c'est sûr, mais je ne sais pas quand.»

Pendant les deux années suivantes, iWeb a investi six millions en recherche et développement, avec le résultat qu'en octobre 2010 il pouvait lancer un nouveau serveur, dénommé Smart. «C'est comme si on avait ajouté l'intelligence à notre serveur. Dans cette machine, au lieu de laisser les humains [les clients] changer les fonctionnalités qui configurent le système d'exploitation, on leur offrait un nouveau serveur qui allait le faire pour eux. On a ajouté une puce pour avoir accès au serveur en tout temps. C'est ce qui a fait la différence dans notre façon de livrer l'infrastructure. Il y a seulement deux compagnies dans le monde qui peuvent le faire, nous et une firme américaine qui a commencé près de deux ans plus tôt que nous et qui a maintenant des revenus de 200 millions.»

M. Chouinard ajoute que ce logiciel est l'avenir de la compagnie: «Il y a une valeur ajoutée pour le client. Il n'a pas besoin de nous appeler pour apporter des changements. Il peut le faire lui-même, même s'il n'a pas de compétences techniques. Notre rôle est de rendre simples des choses très complexes; pour nous, il y a réduction de l'intervention humaine, ce qui permet d'avoir plus de gens qui travaillent à développer des solutions automatiques.»

De nouveaux partenaires pour maintenir la croissance

Quoi qu'il en soit, au fil des ans, la valeur de l'action d'iWeb est passée de 13 ¢ à 1,80 $ avant la crise, pour tomber ensuite à 60 ¢ et remonter à 90 ¢. Mais il fallait quand même financer la croissance et recourir à des fonds privés, lesquels étaient alors la solution qui s'imposait, même si les taux d'intérêt atteignaient 20 %, car iWeb était revenue dans la catégorie des entreprises à risque. «Comme on générait beaucoup de profits, on pouvait rembourser», précise M. Chouinard. Néanmoins, à la fin du deuxième trimestre de 2011, il y avait une perte nette de deux millions pour le semestre, à cause des taux d'intérêt et des taux de change.

Le 16 juin dernier, iWeb annonçait sa privatisation et l'arrivée dans l'actionnariat de gros joueurs. Les deux fondateurs, MM. Chouinard et Leclair, qui détenaient jusqu'alors 54 % des actions, acceptaient de perdre le contrôle, tout en conservant quand même une participation de 30 %. «Ça faisait 15 ans qu'on travaillait et on n'avait jamais sorti une cenne. Il devenait difficile d'avancer sans prendre de gros risques. On ne voulait pas tout vendre, parce qu'on croit à cette industrie, mais en même temps on voulait sécuriser notre patrimoine, notre avenir et celui de nos enfants», confie M. Chouinard.

IWeb a en effet recruté des partenaires on ne peut plus solides: Novacap, société très impliquée dans le capital de risque avec des actifs de 750 millions sous gestion, qui a maintenant une participation de 30 % dans iWeb; la Caisse de dépôt, qui a pris une participation de 22 %; Bank Street, un fonds de capital de risque privé américain, qui a pris 8 %; et Fondaction, qui demeure actionnaire, mais qui n'avait pas droit de vote sur cette transaction. Celle-ci totalise 81 millions, soit 47 millions investis dans le capital-

actions par les nouveaux partenaires, 20 millions pour le rachat de la dette et le reste pour le fonds de roulement et le rachat des options détenues par les employés.

À propos d'employés, iWeb emploie présentement 210 personnes dont la moyenne d'âge dépasse à peine 26 ans; 70 % de son personnel est constitué de néo-Québécois, ce qui témoigne de la difficulté à recruter des employés, qui sont essentiellement ingénieurs, informaticiens ou administrateurs de réseau. Présente dans 168 pays, l'entreprise possède dans la région métropolitaine quatre centres de données pour une capacité de 34 000 serveurs dédiés et 1100 cabinets de location. Elle compte 20 000 clients pour ses serveurs partagés et 7000 pour les serveurs dédiés, mais ces derniers, qui sont des sociétés importantes, génèrent 95 % des revenus. IWeb réalise 35 % de son chiffre d'affaires au Canada, 25 % aux États-Unis, et la croissance provient désormais beaucoup de l'Amérique du Sud, particulièrement du Brésil, ainsi que du Moyen-Orient. Elle offre des services en français, en anglais et en espagnol, et envisage d'ajouter d'autres langues.

«Nos clients sont des développeurs d'applications en ligne pour les réseaux sociaux, des jeux, etc. Nous avons par exemple tous les films de l'Office national du film. Tout est numérique maintenant: vidéo, image, son et texte», explique le président et chef de la direction, qui désormais laisse la présidence du conseil à un représentant de Novacap. «Ça fait moins de pression sur nos épaules et en plus, on était rendus au point où on avait besoin de gens qui avaient plus d'expérience dans le management. Nous sommes en meilleure position pour faire des acquisitions, mais dans les 10 prochains mois, on va faire le ménage, refaire notre image d'entreprise, remettre nos valeurs et notre mission à jour. Bref, on va s'équiper pour passer à un autre niveau.»

Éric Chouinard a 40 ans cette année. Il souligne que son collègue et ami Martin Leclair, qui a 35 ans, demeure vice-président aux produits. «C'est lui, le chef de la technologie et l'avenir de la compagnie.» D'ailleurs, l'entreprise consacre quatre millions par an à la recherche et au développement. En plus de vouloir demeurer à la direction d'iWeb, ils ont ensemble fondé une compagnie d'investissement dans laquelle ils n'ont pas encore mis d'argent. «Mais dans cinq ans, nous allons utiliser nos connaissances, nos contacts et nos fonds pour aider d'autres jeunes entrepreneurs.» En attendant, M. Chouinard s'est engagé à faire des présentations à l'École d'entrepreneuriat de la Beauce.

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Collaborateur du Devoir
1 commentaire
  • Nasboum - Abonné 15 août 2011 05 h 05

    éclaircissement

    70 % de son personnel est constitué de néo-Québécois, ce qui témoigne de la difficulté à recruter des employés: je ne suis pas sûr de comprendre cette phrase. Ils préfèrent avoir des québécois de souche mais ne les trouvent pas. Il y a plus des techies chez les néo-québécois, donc on les engage surtout dans cette niche. Bref, quel est vraiment le rapport ou le problème?