Portrait - Conseiller le laborieux PPP du CHUM

Emilio B. Imbriglio est président du conseil de direction de RCGT et responsable du Groupe-conseil en finance d’entreprise du cabinet. Il a été été le conseiller principal du gouvernement québécois dans le projet de partenariat public-privé du CHUM. <br />
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Emilio B. Imbriglio est président du conseil de direction de RCGT et responsable du Groupe-conseil en finance d’entreprise du cabinet. Il a été été le conseiller principal du gouvernement québécois dans le projet de partenariat public-privé du CHUM.

Emilio B. Imbriglio est président du conseil de direction de Raymond Chabot Grant Thornton (RCGT) et responsable du Groupe-conseil en finance d'entreprise du cabinet. Il est en fait un conseiller-clé auprès des gouvernements depuis longtemps. On retiendra certainement qu'il aura été le conseiller principal du gouvernement québécois dans le projet de partenariat public-privé (PPP) du CHUM, ce mégahôpital de deux milliards, selon l'entente signée à la mi-juin avec un consortium international.

C'est avec un enthousiasme certain, qui en étonnera sans doute plusieurs, que M. Imbriglio parle de ce projet qui a suscité la controverse: «Le CHUM est probablement le projet dont nous sommes les plus fiers. Il est l'un des dossiers les plus compliqués au monde. Il se situe en milieu urbain enclavé. Il y a des immeubles dont les façades doivent être protégées. Dans une première étape, certains immeubles demeureront occupés pendant la construction, puis ils seront démolis dans une seconde phase pour la complétion du projet. Cela crée des défis de financement. C'est un peu comme si vous alliez construire votre maison en demandant à la banque d'avoir un financement complet tout de suite, mais en ne mettant que les deux tiers de l'argent dans la construction, puis en démolissant l'aile qui reste de l'autre côté. Cela donne lieu à des arrangements de financement compliqués.»

La tâche de conseiller un gouvernement dans un projet englobant le choix d'un consortium, le design, la construction, le financement et l'entretien en PPP pendant une quarantaine d'années ne repose évidemment pas sur les épaules d'un seul homme. Une vingtaine de conseillers de RCGT ont travaillé au dossier du CHUM et de son centre de recherche depuis 2006. M. Imbriglio, qui a vu de l'intérieur ce projet prendre forme, en dit aujourd'hui ceci: «Quand on regarde le projet qu'on a fait, on voit que les PPP amènent une compétition internationale et de la créativité. On a vu la machine fonctionner. Les besoins ont été très bien documentés dans les dossiers d'affaires. Ils ont été canalisés. Il y a eu des échanges avec des fournisseurs d'envergure internationale, qui sont venus avec des idées extraordinaires, qu'on n'aurait jamais été capables de trouver seuls. Il faut se dire la vérité: ces nouvelles façons de faire vont se répandre à l'avenir.»

Mais est-ce qu'un tel projet n'aurait pas pu être mené par le secteur public? «Oui, mais ce ne serait pas le même. Ce serait un projet qui aurait été dessiné sur la table d'architectes et d'ingénieurs québécois, lesquels auraient probablement été influencés par les façons de faire du passé. Selon moi, le produit à la fin aurait été loin de ce qu'on va avoir en qualité et en bouleversements pour ce qui est de l'avenir du Québec.»

Une telle remarque n'est certainement pas de nature à plaire aux architectes et ingénieurs québécois. «Non, à l'inverse, un peu comme lorsqu'on a invité des sociétés italiennes et françaises à travailler à la baie James. Mais aujourd'hui, Hydro-Québec et SNC-Lavalin exportent toutes ces expertises, mettant en avant le fait qu'elles ont participé aux travaux de la baie James et qu'elles ont appris à réaliser des projets orientés vers l'avenir. Il y avait des clauses, alors, dans les ententes pour que les compétences et l'intelligence soient transférées au Québec. Ce sera la même chose avec le CHUM. On va s'enrichir au lieu de s'appauvrir.»

Le consortium s'occupe de la boîte et le CHUM, de la santé M. Imbriglio soutient que l'ampleur des changements que le projet de PPP du CHUM apportera au Québec sur une période de 38,8 ans sera considérable: «Il y aura une nouvelle économie de la santé avec le CHUM, le CUSM, le CHU Sainte-Justine et l'Hôpital général juif, ce qui aura un grand impact sur les entreprises québécoises et attirera ici des génies qui voudront avoir accès à la fine pointe de la technologie. Je pense qu'on va devenir une capitale mondiale de la recherche en santé et en services de soins de santé. Présentement, c'est au Canada qu'il y a le plus de projets de cette nature dans le monde. Je le dis avec certitude, parce que RCGT est membre de Grant Thornton International.» Ce regroupement multinational possède des bureaux dans plus de 100 pays; il compte 2500 associés, 30 000 employés et ses honoraires dépassent les 3,7 milliards $US.

Pour ce qui est du CHUM, le projet de PPP n'englobe pas les volets scientifique et médical, ni les soins de santé. «Le consortium a des responsabilités qui sont liées étroitement à l'actif, à la boîte, c'est-à-dire le béton, la climatisation, l'énergie, le chauffage, l'électricité, les portes et fenêtres, le calfeutrage et la gestion des déchets. Par exemple, il y aura un système robotisé pour transporter tout ce qui est souillé, comme les seringues, sans que personne intervienne.» Qu'arrivera-t-il à l'expiration du mandat? Le gouvernement pourrait lancer un appel d'offres pour la poursuite d'un modèle de PPP à long terme ou assumer lui-même la gestion du CHUM.

Le consortium actuel, qui est composé de firmes européennes réputées et spécialisées soit en investissement à long terme, soit en gestion d'actifs, en ingénierie ou en construction, doit financer le projet à 100 % dès le début des travaux et assumer tous les risques pendant la construction et toute la durée de son mandat par la suite. Il doit veiller au chauffage et si, par exemple, une porte est mal fermée en hiver, c'est lui qui assumera le coût des conséquences. Bref, il est responsable de tout. Si le Stade olympique avait été construit selon cette formule de PPP, le consortium aurait été responsable de son toit pendant 40 ans.

Il va sans dire que les calculs de coûts et de risques que doit faire le consortium sont particulièrement minutieux, d'autant plus que des pénalités sont prévues en cas de retard dans la livraison du projet et de problèmes par la suite. Par exemple, si une salle d'opération devenait inutilisable momentanément (le CHUM en comptera 30), le consortium serait privé de revenus de location, et si des correctifs n'étaient pas apportés dans un certain nombre d'heures, des pénalités s'ensuivraient. Il y a par ailleurs des primes au rendement pour le dépassement des échéanciers et la performance.

Actuellement, dans les hôpitaux, c'est le directeur général qui doit veiller, à même son budget, à toutes ces questions matérielles, qui en fait ne sont pas nécessairement sa spécialité, ni sa préoccupation principale.

PPP pour protection

M. Imbriglio souligne en outre que la formule de PPP offre aux pouvoirs publics une protection contre les situations scandaleuses, en ce sens qu'il y a un mécanisme indépendant de contrôle et de vérification pour faire en sorte qu'il n'y ait pas transmission d'informations favorables à un soumissionnaire. «Cela ajoute des niveaux de sécurité contre des allégations de toutes sortes», ajoute-t-il. En revanche, la formule de PPP présente aussi certains inconvénients. RCGT en mentionne au moins deux: l'élaboration des ententes de partenariat est longue et fastidieuse. Il y a aussi un manque de flexibilité en phase d'exploitation. Enfin, la méthode PPP n'est pas recommandée pour tous les projets. Dans certains cas, par exemple lorsqu'il y a un niveau de risques très élevé, le coût pour le transfert de ces risques dans un projet de PPP deviendrait exorbitant.

RCGT est une entreprise québécoise fondée en 1948, qui compte aujourd'hui 225 associés et 2000 employés répartis dans 90 bureaux au Québec, dans l'Est ontarien et au Nouveau-Brunswick. L'an passé, ses honoraires ont dépassé 246 millions. Il y a déjà 40 ans que cette société, spécialisée dans la certification, la fiscalité, les services-conseils et le redressement d'entreprises, s'intéresse particulièrement à la clientèle du secteur public. En 1985, à la suite de l'annonce par le gouvernement québécois d'une réingénierie financière, RCGT est entré en contact avec le bureau du groupe à Londres, qui depuis 15 ans se spécialisait dans des modes alternatifs, dont les PPP. Il y a eu rapidement un transfert vers Montréal des connaissances acquises dans les secteurs de la santé, de l'éducation et des routes. «On a ici 200 personnes qui oeuvrent en amélioration de la performance dans les secteurs de la santé, de l'éducation et d'autres activités publiques», souligne le président. C'est grâce à son expertise que RCGT est devenu conseiller stratégique en PPP dans le dossier du CHUM et dans plusieurs autres projets au Canada.

Pour sa part, M. Imbriglio, qui est comptable agréé et qui détient un MBA de l'Université McGill, a enseigné pendant

18 ans à Concordia et à McGill, avant d'aller chez Ernst & Young, puis de fonder sa propre firme de consultation, laquelle a fusionné avec RSM Richter. Depuis 2002, il travaille chez RCGT, dont il est devenu président du conseil de direction en juin dernier. Il est en plus président du groupe Infrastructure, qui évolue à l'échelle canadienne. Il a de surcroît une expérience plus personnelle dans le monde hospitalier, puisqu'il est président du conseil d'administration de l'hôpital Santa Cabrini et du Centre Dante, qui totalisent 5000 chambres et un budget de 110 millions.

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Collaborateur du Devoir
3 commentaires
  • ysengrimus - Inscrit 1 août 2011 07 h 05

    Supplique pour le CHUM

    Supplique pour le CHUM. Cessez de vous laisser fourguer la camelote engendrant derechef un de ces monstres hybrides à bien vous pomper votre oseille

    http://ysengrimus.wordpress.com/2008/08/01/partena

    Danger, arnaque, achats inutiles, engraissage de parasites, danger.
    Paul Laurendeau

  • Gilles Grondin - Inscrit 1 août 2011 11 h 54

    CHUM et PPP

    Entièrement d'accord avec Paul Laurendeau. Ces PPP coute toujours plus cher aux contribuables avec moins de service.

  • Marc O. Rainville - Abonné 1 août 2011 14 h 41

    Not so Good vibrations

    Le CHUM, un gros chantier de construction en plein centre-ville, au-dessus du tunnel de métro qui relie Champ-de-Mars à Berri-Uqam et à un jet de pierre de la section de l'autoroute Ville-Marie qui vient de s'effondrer. Prenez le risque si vous voulez mais laissez vos enfants à la maison.