La croissance s'enlise aux États-Unis

Washington - Le gouvernement américain a publié hier, alors que le psychodrame du débat budgétaire persistait à Washington, des chiffres de croissance très décevants montrant que la première économie mondiale s'est enlisée depuis le début de l'année.

À 1,3 % en rythme annuel, la croissance du deuxième trimestre a été nettement plus lente que ne le pensaient les analystes, qui tablaient sur 1,8 %.

Plus stupéfiante est la révision des chiffres du premier trimestre: en l'espace d'un mois, l'estimation officielle de la croissance des États-Unis est tombée de 1,9 % à 0,4 %, soit une période de stagnation économique.

Les chiffres du quatrième trimestre 2010 ont également été révisés en baisse à +2,3 % contre +3,1 % estimés lors de précédentes estimations, ce qui montre que l'économie américaine connaissait déjà des signes d'essoufflement avant même que les prix de l'essence ne repartent à la hausse et que ne se fassent sentir les retombées du séisme qui a ébranlé le Japon au mois de mars.

Ces chiffres montrent également que la récession observée entre 2007 et 2009 a été bien plus grave que ne le montraient les précédentes statistiques avec, par exemple un recul de de 5,1 % de la production au lieu de 4,1 %. Entre 2007 et 2010, l'économie américaine s'est contractée à un rythme annuel moyen de 0,3%.

Ces taux anémiques contrastent avec les ambitions de l'exécutif et de la banque centrale (Fed) à Washington, qui espéraient en tout début d'année voir décoller le rythme de croissance du produit intérieur brut au-delà des 3 % enregistrés en 2010.

Les analystes de Wall Street, qui pariaient aussi sur une telle accélération il y a six mois, étaient déconcertés. «Ce sont des chiffres du PIB incroyablement faibles qui montrent une économie en expansion à un rythme de moins de 1 % au premier semestre», relevait RDQ Economics.

Ce premier semestre avait pourtant été marqué par la reconduction de ristournes sur l'impôt sur le revenu décidées en 2001 et 2003, qui ont un peu aidé les revenus des ménages, et par l'injection de centaines de milliards de dollars dans le système financier par la Fed. «La faiblesse des chiffres soulève des questions sur la viabilité de la reprise au second semestre», soulignait Augustine Faucher, de Moody's Analytics.

Les consommateurs en arrachent

Le ralentissement s'explique d'abord par les difficultés de la consommation, qui absorbe quelque 70 % de la production des États-Unis.

Depuis le début de l'année, les ménages ont vu leur pouvoir d'achat comprimé par une progression des salaires et des embauches faibles, combinée à la hausse des prix de l'essence. Ils ont maintenu au deuxième trimestre un niveau de dépenses quasi stable (+0,1 %, soit une contribution de 0,07 point à la croissance) pour la première fois depuis la fin de la récession en juin 2009.

Les dépenses publiques, avec la fin du plan de relance lancé en mars 2009 et les difficultés financières des États fédérés et collectivités locales, ont pesé sur l'activité pour le troisième trimestre d'affilée. Elles ont cette fois retranché 0,23 point de croissance.

«Reprise? Quelle reprise? La croissance économique a largement calé, à cause de la déprime du consommateur et des coupes dans les dépenses des États et collectivités», s'inquiétait Joel Naroff, de Naroff Economic Advisors.

La progression du PIB est donc entièrement attribuable à l'investissement, qui a apporté 0,87 point de croissance, et au commerce extérieur, qui a ajouté 0,58 point.

Avec une croissance aussi atone, les perspectives des recettes fiscales s'assombrissent à un moment où les parlementaires américains sont incapables de trouver un terrain d'entente sur les questions budgétaires.

Les discussions sur les mesures devant accompagner le relèvement de la limite légale à la dette de l'État fédéral se poursuivaient hier, alors que le Trésor a estimé qu'au-delà de mardi, si ce plafond est laissé à ce niveau, les États-Unis ne pourront honorer l'ensemble de leurs engagements. «L'économie ne croît pas aussi vite qu'il ne le faudrait. Et chaque jour qui passe où nous sommes incapables d'agir pour relever le plafond de la dette et où nous nous rapprochons de la cessation de paiements, nous menaçons le progrès économique et la création d'emplois», a déploré le secrétaire au Commerce, Gary Locke.

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Avec Reuters