Dette américaine - Le Tea Party, un trouble-fête de taille

Michelle Bachmann, cette semaine à Washington: l’étoile montante du Tea Party.<br />
Photo: Agence Reuters Jason Reed Michelle Bachmann, cette semaine à Washington: l’étoile montante du Tea Party.

«Aucun vote ce soir.» L'annonce de l'un des membres de la direction républicaine de la Chambre des représentants aux États-Unis a pris par surprise le Congrès et la Maison-Blanche, jeudi 28 juillet, tard dans la soirée. Après des heures de tractations, les républicains de la Chambre, où leur parti est majoritaire, ne sont pas parvenus à se mettre d'accord sur le plan de réduction des déficits et le relèvement du plafond de la dette publique proposés par leur chef de file, John Boehner. Un blocage qui, depuis le début des négociations houleuses entre l'exécutif et le Congrès, est en grande partie l'œuvre de la frange ultraconservatrice du Parti républicain, le Tea Party. Au point de menacer les États-Unis de défaut de paiement si aucun accord n'est trouvé d'ici la date butoir du 2 août.

Dans sa dernière version, le texte républicain prévoit une réduction des déficits de 915 milliards de dollars sur dix ans, en échange d'un relèvement du plafond de la dette en deux temps: 900 milliards de dollars d'ici au 2 août, avant un second relèvement, début 2012, en pleine période électorale. Le plan concurrent, des démocrates au Sénat, où ils sont majoritaires, prévoit un relèvement du plafond en un temps et économiserait 2200 milliards de dollars sur dix ans, selon le Bureau du budget du Congrès américain (CBO), une agence indépendante. Depuis le début, le Sénat démocrate s'oppose au «plan Boehner», qui «n'est rien de plus qu'un gros baiser dégoulinant au Tea Party», selon l'expression de Harry Reid, chef de file démocrate au Sénat.

Force numérique

«Si Boehner avait eu les mains libres, il y aurait eu un compromis il y a un bon moment», estime Graham K. Wilson, professeur de science politique à la Boston University. Pour la première fois, le Tea Party, jeune mouvement politique qui a pris forme lors des élections de mi-mandat de 2010 dans l'aile droite du Parti républicain, s'impose dans les discussions et les négociations au Congrès.

L'échec du vote à la Chambre prouve d'abord la force numérique du mouvement, même s'il est difficile de déterminer exactement le nombre d'élus républicains qui se reconnaissent dans cette mouvance. Graham Wilson estime que ce chiffre tourne autour de 20 % des élus. Quoi qu'il en soit, leur importance est suffisante pour avoir obligé John Boehner à solliciter les voix du Tea Party, indispensables à la validation de son plan, le poussant, de fil en aiguille, à radicaliser son discours.

«Le Tea Party s'est emparé du plan Boehner», résume George Shambaugh, professeur de science politique à la Georgetown University. Résultat: «Il n'y a aucune mention d'une hausse d'impôts, aussi bien dans le plan du Sénat que dans celui de la Chambre des représentants.» Pour de nombreux experts, la victoire politique du Tea Party est d'avoir réussi à évacuer toute notion de relance économique et d'augmentation des impôts du plan, pour n'y laisser que la réduction des dépenses.

Législation sans hausse d'impôts

Une ligne résumée, jeudi soir, par Mike Pence, élu républicain de l'Indiana et membre du Tea Party, qui martelait: «Nos objectifs restent les mêmes. Produire une législation sans hausse d'impôts.»

Au-delà de la lutte contre la mainmise de l'État et d'une opposition viscérale à toute hausse des dépenses publiques, l'aile droite du Parti républicain a surtout un cheval de bataille: la dette. Et c'est précisément dans cette bataille que le Tea Party a joué son va-tout: «Ils sont dans une stratégie de quitte ou double», note Charlotte Lepri, chercheuse à l'Institut des relations internationales et stratégiques (IRIS). À tel point que certains, comme Michele Bachmann, élue du Minnesota et candidate déclarée à la primaire républicaine, affirment ne pas croire au risque d'un défaut de paiement si aucun compromis n'est trouvé d'ici au 2 août.

Au sein de la mouvance, tous ne s'opposent pas au plan de John Boehner. Mais les plus radicaux vont jusqu'à réclamer la tête du président de la Chambre. Les différends au sein même du Parti républicain ont été incarnés par John Boehner et Eric Cantor, numéro deux de la Chambre des représentants et proche du Tea Party. «John Boehner a quitté la table des négociations à cause de cette rivalité; il a fait le calcul de durcir sa position», note George Shambaugh.

Lorsque les républicains se sont de nouveau rencontrés pour tenter de trouver un terrain d'entente, hier, beaucoup avaient en tête une autre échéance que celle du 2 août: l'élection présidentielle de 2012. «Les républicains craignent d'être mis à mal [par le Tea Party] pendant les primaires du parti», souligne Graham Wilson, qui estime que c'est pour cette raison qu'ils ne répugnent pas à charmer ces ultraconservateurs.

2012 est également dans l'esprit du Tea Party, dont «les membres sont principalement venus au pouvoir avec l'idée d'évincer Barack Obama», rappelle George Shambaugh. En bloquant les négociations sur le plafond de la dette, ils ont réussi à faire vaciller le président, estime M. Wilson. En n'hésitant pas à brandir un éventuel défaut de paiement, ils hypothèquent également «le grand sujet» sur lequel Barack Obama veut bâtir sa campagne de réélection: la baisse du chômage.
3 commentaires
  • Turbine - Abonné 30 juillet 2011 09 h 45

    Extrême droite et fanatisme

    Je suis aussi apeurée que si je vivais dans un pays voisin de l'Arabie Saoudite. Le Tea party est aux antipodes de la démocratie. Quand va-t-on faire une révolution et changer une société qui tolère les sans abris et les compagnies qui présentent des profits de centaines de milliers de dollars par TRIMESTRE!!! Trouvez l'erreur... On a l'air d'une bande de n'importe quoi, inhumain et centré sur son gros nombril.

  • Nelson - Inscrit 30 juillet 2011 15 h 56

    Obama peut toujours décider faire comme veut la droite (''majoritaire'' au Congrés, elle aussi, comme chez nous) et éviter le défaut de paiement.

    Obama doit plier au dernier minute, pour éviter défaut de paiements de la dette, et ainsi éviter un désastre mondial.

    Après tout, les américains ont voté majoritairement pour la droite lors de la dernière élection (comme nous) et donc, ils et nous on à voulu des coupures dans les programmes sociaux et la Sécurité Sociale.

  • lephilosophe - Inscrit 31 juillet 2011 22 h 05

    @Nelson

    Effectivement, qu'ils les laissent couper tous les programmes sociaux, l'éducation et la santé aux USA et regardons-les augmenter les disparités économiques et sociales et ne pas toucher aux dépenses militaires. C'est la recette parfaite pour l'accélération du déclin des USA sur la scène mondiale tant sur les plans économiques, diplomatiques que militaires.
    Déjà les universités américaines n'attirent plus les étudiants étrangers du monde entier comme autrefois. Ces institutions ont été depuis plus de soixante ans au cœur de l'influence américaine dans le monde entier. Les coupures en sciences et en éducation vont accélérer cette décroissance de ces institutions et conséquemment de l'influence américaine de toutes les élites politiques et économiques dans le monde.
    Que la droite applaudisse maintenant, elle se mordra les doigts plus tard... À moins que... ce soit son plan pour dominer une société en déclin accéléré...

    Bernard Gadoua