La dette américaine fait mal à CGI

Le Groupe CGI fait les frais de la crise budgétaire américaine et s'attend à ce que la situation perdure pendant encore quelques mois.

«Malheureusement, lorsqu'il y a de l'incertitude, les gens ont tendance à appuyer sur le bouton "pause", ce qui ralentit le processus normal d'attribution des contrats», a expliqué hier le président et chef de la direction de CGI, Michael Roach, au cours d'une téléconférence avec les analystes financiers.

La firme informatique montréalaise attend avec impatience que les autorités fédérales américaines accordent les contrats liés à pas moins de 150 appels d'offres auxquelles elle a pris part au cours des derniers mois. Il y en a pour 1,5 milliard $US en tout. «J'ai l'impression que [l'incertitude] pourrait se poursuivre pendant encore un autre trimestre et que la situation deviendra plus claire au cours du prochain exercice [qui débute le 1er octobre]», a affirmé le dirigeant.

L'an dernier, CGI a déboursé 1 milliard $US pour acquérir l'entreprise Stanley, de Virginie, ce qui lui a permis d'accroître sa présence dans le marché gouvernemental américain.

M. Roach a reconnu hier que ce secteur avait beaucoup changé au cours des derniers mois, mais a assuré qu'il n'éprouvait aucun regret à propos de la transaction, la qualifiant de défensive. «Les gouvernements continuent à investir dans les bonnes périodes comme dans les mauvaises et ils paient leurs factures», a-t-il soutenu.

C'est sans compter que CGI fait de bonnes affaires avec les administrations des États et des municipalités au sud de la frontière. Au cours des derniers mois, l'entreprise a décroché des contrats avec la Californie et l'Alaska, qui ont ajouté environ 600 millions $US à son carnet de commandes.

Ce dernier a en fait bondi de 1,4 milliard au cours du troisième trimestre de CGI, qui a pris fin le 30 juin, pour s'élever à 12,7 milliards.

Les profits nets trimestriels ont atteint 118,4 millions (43 ¢ par action), en hausse de 38 % par rapport aux 85,9 millions (30 ¢ par action) engrangés pendant la même période de l'an dernier.

Le chiffre d'affaires a totalisé 1,04 milliard, en hausse de 15 %. La croissance s'explique principalement par l'acquisition de Stanley. Aux États-Unis, les revenus ont crû de 64 %, mais le bénéfice d'exploitation a reculé de 2,5 % en raison de dépenses plus élevées.

Au Canada, c'est l'inverse: le bénéfice d'exploitation a bondi de 11 % en dépit d'une baisse de 6 % des revenus. CGI a pâti de la fin d'un important contrat de 120 millions par année avec le Mouvement Desjardins et d'un autre, plus modeste, avec l'Agence de revenu du Canada. L'entreprise s'est également privée de 10 millions de revenus trimestriels en cédant sa participation majoritaire dans la firme québécoise CIA, jugeant les activités de celle-ci trop peu rentables.

Avenir

Michael Roach a prédit que ces moments difficiles n'étaient pas garants de l'avenir pour CGI au Canada.

L'entreprise compte notamment mettre à profit le savoir-faire de Stanley en matière de défense et de renseignement pour percer ce marché au Canada, actuellement dominé par les américains IBM et CSC.

CGI veut également accroître son offre dans le domaine de la cybersécurité, et ce, tant pour les gouvernements que pour les entreprises. «Il y a des institutions financières et d'autres compagnies qui veulent aller au-devant des coups et éviter les problèmes [de confidentialité]», a expliqué M. Roach.

Au cours des derniers mois, des multinationales comme la japonaise Sony et le géant américain de la fidélisation Alliance Data ont subi des failles de sécurité qui ont compromis les informations confidentielles de dizaines de millions de clients.

En Europe, CGI renoue graduellement avec la rentabilité après une restructuration qui s'est soldée par le licenciement de quelques cadres.

Maintenant que l'intégration de Stanley est pratiquement terminée, la direction de CGI se dit prête à procéder à de nouvelles acquisitions, mais de plus petite taille et ciblées sur des compétences spécifiques.

L'entreprise dispose à cette fin d'un milliard de dollars de liquidités, dont 475 millions $US provenant d'une récente émission de billets non garantis.

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