Les six vies de Jaguar

Si les chats ont neuf vies, on pourrait dire que Jaguar entame sa sixième. Les origines de la marque remontent à 1922: elle s'appelait alors SS, mais, après la Seconde Guerre mondiale, un changement de nom s'imposait. Le nom Jaguar apparut ainsi en 1945. Cette deuxième vie dura 21 ans: en 1966, le gouvernement travailliste de l'époque procéda à la nationalisation de plusieurs marques britanniques et Jaguar fut intégrée au sein du groupe BLMC (British Leyland Motor Corp.), avec Austin, Triumph, MG, Morris, Rover et Land Rover.

La vague de privatisations du gouvernement Thatcher allait redonner son indépendance à Jaguar en 1984. Ce fleuron de l'industrie automobile britannique ne retrouva pas la santé pour autant: le Royaume-Uni traversait alors une période de morosité économique et la firme de Coventry agonisait. Cette fois, c'est l'Américain Ford qui vint à sa rescousse, en la rachetant en 1990. Quoi qu'en disent les nombreux gérants d'estrade, le passage de Jaguar dans le giron de Ford fut salutaire: de risible qu'elle était, la qualité de construction s'est améliorée exponentiellement, tout comme la fiabilité. De désastreuse, elle devint passable, ce qui était déjà un pas de géant.

Puis, il y a eu la crise financière de 2008... Les États-Unis se sont retrouvés au coeur de la tempête et les répercussions ont été nombreuses. L'industrie automobile, pour une, a été durement touchée, avec la faillite de deux des trois Grands de Detroit (GM et Chrysler). Si Ford l'a évitée, c'est en partie en raison du délestage de ses marques, entrepris quelques mois plus tôt; un processus au cours duquel Land Rover et Jaguar ont été vendus à Tata Motors.