Jaguar XJ: le félin ne s'est jamais si bien porté

Cette marque britannique est de celles qui incarnent le mieux, encore aujourd’hui, la noblesse automobile. Very British Indeed, même si, depuis trois ans, le colonisé a racheté le colonisateur: la firme de Coventry est maintenant la propriété du géant indien Tata Motors.
Photo: Charles René Cette marque britannique est de celles qui incarnent le mieux, encore aujourd’hui, la noblesse automobile. Very British Indeed, même si, depuis trois ans, le colonisé a racheté le colonisateur: la firme de Coventry est maintenant la propriété du géant indien Tata Motors.

J'aime les grands félins. J'aime leur élégance, leurs mouvements fluides et gracieux, mais aussi leur attitude placide, sereine lorsqu'ils sont au repos. Lions, tigres ou guépards, ils se transforment alors en gros chats repus. Cette métamorphose instantanée me fascine; leur rapidité de réaction aussi: un petit bruit et ils redeviennent aussitôt des prédateurs. En un claquement de doigts, ils peuvent passer de la torpeur à la fureur.

J'aime aussi les Jaguar. Les voitures, cette fois. Parce qu'elles portent très bien leur nom: de ce grand félin d'Amérique du Sud elles ont la grâce, mais aussi la vélocité. Cette marque britannique est de celles qui incarnent le mieux, encore aujourd'hui, la noblesse automobile. Very British Indeed, même si, depuis trois ans, le colonisé a racheté le colonisateur: la firme de Coventry est maintenant la propriété du géant indien Tata Motors. Joli clin d'oeil de l'Histoire...

Rupture de style

Une nouvelle Jaguar, c'est toujours un événement. D'abord, parce que cette auguste marque garde ses modèles plus longtemps que la moyenne; ensuite, parce que c'est une Jaguar, parbleu! On parle ici de l'aristocratie automobile, au même titre que Rolls-Royce, Bentley, Ferrari ou Maserati. Pas de VUS ou de modèles plus abordables, comme chez les Teutons; que du luxe, avec les berlines XF et XJ, et du grand tourisme, avec la superbe XK.

Mais, depuis trois ans, la marque de Coventry vit une véritable révolution. Fini le design traditionnel — classique pour certains, vieillot pour d'autres — des Jaguar: la XF, remplaçante de la S-Type, a été la première à rompre avec la tradition. L'année dernière, c'était au tour de la XJ. Or cette dernière est un monument: elle fait partie de la gamme depuis 1968 et, depuis, le style des générations suivantes a toujours respecté celui du modèle original. Comme la Porsche 911, autre monument.

La génération actuelle, qui porte le nom de code XJ 351, a été introduite l'année dernière. Elle ne ressemble en rien à ses ancêtres: le profane ne pourra deviner qu'il s'agit d'une «Jag», d'autant plus que rien ne l'indique à l'arrière du véhicule, tandis qu'à l'avant le célèbre ornement du capot — un jaguar en train de bondir — n'est plus. Seul un écusson au centre de la calandre révèle l'identité de la voiture.

L'allure est moderne, les formes sont fluides, le profil est élancé; mais si, comme moi, vous êtes un puriste doublé d'un nostalgique, vous aurez un pincement au coeur en la regardant. J'ai ressenti la même chose lorsque j'ai vu les premières photos de la XF, il y a trois ans: «Ça, une Jaguar?»

Pourtant, ce changement radical semble avoir été bien accepté, comme l'ont confirmé de nombreux regards admiratifs chaque fois que j'ai conduit une XJ. Tant mieux pour Jaguar si les nouveaux modèles ne sont pas boudés; je n'ose même pas imaginer le tollé que susciterait une nouvelle Porsche 911 qui ne ressemblerait en rien au modèle original...

Sur une note plus rationnelle, la XJ se décline en trois versions, elles-mêmes disponibles en deux configurations, à empattement court ou long. Les trois versions se différencient essentiellement par leur niveau d'équipement et leur motorisation.

Salon chic

S'il y a eu révolution, on n'a pas jeté le bébé avec l'eau du bain non plus. Le cuir et les boiseries, véritable signature des voitures de luxe anglaises, prédominent toujours à l'intérieur. On y retrouve cette ambiance de club privé, les sièges n'ayant d'ailleurs rien à envier aux gros fauteuils capitonnés de ce genre d'endroit. Évidemment, le cuir qui les recouvre respire la qualité. Ces mêmes sièges peuvent aussi, au besoin, vous masser le dos. Ils manquent cependant de support latéral lorsqu'on décide d'adopter une conduite plus, disons, enthousiaste...

Limousine oblige, les places arrière sont tout aussi confortables, aussi enveloppantes, grâce à une banquette bien sculptée. L'énorme tunnel de transmission vient cependant compliquer les choses pour une personne qui voudrait prendre place au centre. La XJ n'est donc pas une véritable 5-places. Le dégagement pour les jambes est par ailleurs impressionnant, même avec l'empattement court (tout étant relatif, ici). Pour la tête, c'est un peu plus juste, en raison de la ligne fuyante du pavillon de toit.

Les commandes sont moins complexes que dans les voitures de luxe germaniques et, Dieu merci, il n'y a pas de mollette multifonctions, style MMI (Audi) ou iDrive (BMW). La seule fausse note, et elle se digère facilement, vient du tableau de bord, avec son écran LCD qui reproduit les cadrans de l'indicateur de vitesse et du compte-tours. Cela jure avec la noblesse de la décoration intérieure; une instrumentation traditionnelle aurait très bien fait l'affaire, car cela n'apporte rien de plus, sinon un petit côté jeu vidéo, qui détone dans cet environnement cossu.

Un mot sur la chaîne stéréo Bowers and Wilkins, qui est, à mon humble avis, ce qui se fait de mieux dans cette catégorie. Mieux encore que la chaîne Bang and Olufsen de l'Audi A8. Terminons avec la qualité de construction, digne d'une voiture de grand luxe. Voilà qui rassurera ceux et celles qui ont été traumatisés par la finition artisanale des anciennes Jaguar.

Athlétique

C'est ici que ça devient sérieux. Une Jag, ça doit quand même rester une Jag et, de ce côté, le félin n'a jamais affiché une aussi bonne santé, comme en font foi les chiffres des trois motorisations offertes. En entrée de gamme, la XJ reçoit un V8 de 5 litres, bon pour 385 chevaux. Un cran plus haut, la XJ Supercharged reprend le même moteur, suralimenté par un compresseur volumétrique. Cette injection de stéroïdes fait grimper la puissance à 470 chevaux. Et si ça ne suffit pas, le même V8 de la Supersports en crache 40 de plus. Pour un total de 510. Vous avez dit surréaliste? Pas d'autre choix, c'est ce qu'il faut pour affronter les Audi S8 et autres Mercedes AMG.

Si j'aime les Jaguar, c'est parce qu'elles portent bien leur nom. Comme le félin, elles ronronnent tout doucement en ville et sur l'autoroute, mais, dès qu'on frôle l'accélérateur, elles s'élancent — encore plus quand on greffe un compresseur à leur moteur. Avec ses 470 chevaux, celui de la bien nommée Supercharged est vif comme un chat. Les chiffres, encore une fois, parlent d'eux-mêmes: 5 secondes et des poussières pour effectuer le 0-100 km/h, c'est franchement athlétique, d'autant plus que cette limousine n'a rien d'un poids plume: certes, la carrosserie en aluminium permet de réduire le poids, mais cette berline pèse tout de même près de 2000 kilos (1942, pour être précis)!

Outre cette réponse instantanée à la moindre sollicitation du pied droit (et ce, à tous les régimes), ledit moteur brille aussi par sa grande souplesse. Très élastique, mais très doux aussi; soyeux, même. Encore une fois, l'analogie avec le félin est inévitable.

Un chat qui boit

Cette puissance est transmise aux roues par une boîte automatique à six rapports. Un de moins que la Porsche Panamera et la Mercedes Classe S, deux de moins que les BMW Série 7, Audi A8 et Lexus LS... Et alors? Un ou deux rapports de plus permettent de réduire la consommation, c'est vrai; Audi et Porsche l'ont prouvé de brillante façon, leurs limousines ont un appétit étonnamment raisonnable. La Jag, au contraire, est une grosse buveuse. Quand on est prêt à allonger plus de 100 000 $ pour une voiture, ce n'est sans doute pas un gros inconvénient, mais il n'en demeure pas moins que des technologies comme l'injection directe et des boîtes à sept ou huit rapports permettent de réduire la consommation et, par le fait même, les émissions polluantes.

Ladite transmission brille néanmoins par son raffinement, avec des changements de rapport d'une grande fluidité. On pourrait lui reprocher sa lenteur, mais il suffit de passer en mode sport et de changer les rapports manuellement pour obtenir satisfaction. Auquel cas la boîte donne elle-même un petit coup de gaz avant de rétrograder. Le fin du fin.

Nouveaux sommets

Avec des rivaux ayant pour nom Maserati, Porsche, Audi, BMW et Mercedes, il faut avoir certaines compétences routières. Or la XJ a beau être une limousine, c'est d'abord et avant tout une Jaguar, ce qui implique certaines choses. Un roulement de velours, mais des griffes aussi. Le félin, toujours... Les XJ ont toujours été des routières exceptionnelles, offrant un bel équilibre entre le confort et le comportement routier, mais force est d'admettre que le modèle actuel atteint de nouveaux sommets. Un essai récent a confirmé ce que j'avais constaté une première fois l'automne dernier: jamais une XJ n'a montré autant d'aplomb, sans pour autant rien sacrifier à sa légendaire douceur de roulement.

La direction et la suspension ont toujours fait partie des points forts de cette berline. Un coup d'oeil à mes notes le confirme: «SUPERBE direction», majuscules à l'appui. Et le confort? «Royal.» Textuel dans le calepin. Mais, ce qui m'impressionne vraiment, ce sont la maniabilité et la tenue de route de ces grosses berlines. À la vitesse de croisière, ce sont de véritables TGV, qui semblent rouler sur des rails tant leur tenue de cap est imperturbable. Jusque-là, pas de surprises, car c'est leur vocation; mais, lorsque le parcours devient sinueux et qu'elles enfilent les courbes avec l'autorité d'une GT, le vétéran chroniqueur est toujours flabbergasted.

Le travail combiné de la direction et des trains roulants lui permet de tutoyer les championnes sportives de ce segment, la Maserati Quattroporte et la Porsche Panamera, sans aucune gêne. Tout ce qui lui manque, ce sont deux roues motrices supplémentaires. Les Allemandes dans ce créneau offrent le rouage intégral, Lexus également, et les roues motrices arrière de la XJ lui coûtent assurément des ventes au Québec.

Conclusion

La XJ fait taire les sceptiques: même si elle a été conçue sous le régime Ford, même si la marque appartient à un constructeur indien peu réputé pour ses véhicules automobiles et même si elle ne ressemble aucunement à ses ancêtres, elle demeure une vraie Jaguar. Dans l'histoire de ce modèle, c'est la meilleure, incontestablement. La plus rapide, la plus confortable, la plus mordante, la plus raffinée... Jamais la XJ n'a été aussi bien outillée pour affronter ses redoutables et réputées rivales allemandes, auxquelles Porsche s'est greffé l'année dernière.

Reste la question de la fiabilité, impossible à esquiver lorsqu'il est question de Jaguar. Sachez d'abord que, dans ce créneau, aussi sélect soit-il, peu de modèles brillent à ce chapitre, Lexus étant l'exception qui confirme la règle. Une XJ est-elle vraiment moins fiable qu'une Audi A8, une BMW Série 7 ou une Mercedes Classe S? Permettez-moi d'en douter. Les derniers sondages de la firme américaine J. D. Power montrent par ailleurs des résultats encourageants, tant pour Jaguar que pour Land Rover, les deux marques du groupe Tata. Et puis, rouler en Jaguar, c'est s'assurer d'une exclusivité que n'ont pas les Audi, BMW et Mercedes, trop répandues. Dans les hautes sphères, ça compte.

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FICHE TECHNIQUE JAGUAR XJ SUPERCHARGED

- Moteur: V8 5,0 L suralimenté par compresseur

- Puissance: 470 ch

- 0-100 km/h: 5,2 s

- Vitesse maximale: 250 km/h (limitée)

- Consommation moyenne: 14,0 L/100 km

- Échelle de prix: 88 000 $ à 131 000 $

- Prix du véhicule d'essai: 107 000 $

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Collaborateur du Devoir
2 commentaires
  • François Dugal - Inscrit 18 juillet 2011 08 h 01

    Consommation

    14 litres au cent!!! Ce félin assoiffé de Coventry dépasse la limite permise de la consommation décente qui est, comme tout le monde le sait, de 8 litres au cent.
    La «gentry» a la conscience écologique très élastique.

  • Pierre Véronneau - Inscrite 18 juillet 2011 18 h 35

    Nous ne sommes pas obligés de les acheter !

    @ M. Dugal

    Bien que je comprenne votre critique envers la consommation trop élevée de cette voiture ; wow !!! gourmande va !! ( comparé avec ma petite Prius 2001 5,4 litre au 100 kl autoroute et ville combiné )!!...
    comment devons-nous interpréter le fait que vous ayez TOUJOURS ET SYSTÉMATIQUEMENT UN COMMENTAIRE fielleux et où acariâtre, en réaction à toutes les chroniques autos, quelles qu'elles soient?

    Vous les détestez aussi complètement, pourquoi perdez-vous À CHAQUE SEMAINE votre précieux temps à les lire et à les démolir?

    Êtes-vous un tantinet masochiste ?

    En passant, bravo aux chroniqueurs qui doivent passer en revue toutes sortes de voitures qui certaines sont parfois très difficiles à "vendre" étant donné
    les changements climatiques et la pollution atmosphérique. Ils doivent parfois marcher sur le fil de fer.
    Pierre Véronneau