L'état d'urgence se prolonge

Alain Juppé: «Si la zone euro disparaissait, l’UE elle-même serait en danger.»<br />
Photo: Agence France-Presse (photo) Abbas Momani Alain Juppé: «Si la zone euro disparaissait, l’UE elle-même serait en danger.»

Bruxelles — La zone euro reste plus que jamais sous la menace de la crise de la dette, avec de nouvelles turbulences financières autour du Portugal et de grandes difficultés pour boucler avec les banques un deuxième plan d'aide indispensable pour la Grèce.

Le répit n'aura été que de courte durée. Au bord du précipice il y a moins d'une semaine encore, l'Union monétaire a pu souffler lorsque le Parlement grec a voté un plan d'austérité contesté, dont les bailleurs de fonds ont fait une condition pour maintenir ouvert le robinet de l'aide financière.

Il n'aura pas fallu 24 heures pour comprendre que le deuxième plan d'aide promis à Athènes, allant au-delà de prêts d'urgence pour lui permettre de passer l'été, serait plus long et plus compliqué à mettre sur pied que e souhaité. Il doit atteindre un montant un peu supérieur à

100 milliards d'euros, comme le premier lancé il y a seulement un an, pour couvrir les besoins du pays jusqu'à au moins mi-2014.

Problème: les Européens, sous la pression de l'Allemagne, ont entrepris de faire contribuer cette fois les créanciers privés de la Grèce, banques et autres fonds d'investissement ou de pension. Mais l'exercice est délicat, car il risque de pousser les agences de notation à déclarer la Grèce en état de faillite. Cette semaine, l'agence de notation Standard and Poor's a rejeté en l'état le plan envisagé par les Européens, sur la base d'idées françaises, estimant qu'il conduirait «probablement à un défaut de paiement», ce que l'Europe veut éviter à tout prix pour empêcher la contagion.

La zone euro doit donc remettre son ouvrage sur le métier et la finalisation du plan est désormais repoussée à la rentrée de septembre. «Dans les semaines qui viennent, nous allons commencer à discuter du prochain plan de soutien à la Grèce [...] On doit être prêts pour septembre», a déclaré hier le ministre français des Finances, François Baroin.

Le retard ainsi pris risque-t-il d'indisposer le Fonds monétaire international? L'institution de Christine Lagarde conditionne en effet en principe le déblocage de sa part de 3,3 milliards d'euros dans la prochaine tranche de prêts à la Grèce à l'assurance européenne — toujours non concrétisée — que les besoins de financement de la Grèce seront couverts pour l'année à venir.

Pour ne rien arranger, après la Grèce, c'est le Portugal qui à nouveau se retrouve sous la pression. L'agence de notation Moody's a relégué mardi ce pays dans la catégorie des investissements «spéculatifs», en abaissant de quatre crans sa note à long terme. Elle estime qu'il pourrait avoir besoin d'un deuxième plan d'aide, alors que le premier, de 78 milliards d'euros, vient tout juste d'être décidé.

La Commission a sévèrement critiqué hier un jugement «contestable» et «hypothétique». Mais l'inquiétude est palpable. «Les Portugais paient les atermoiements de l'Europe sur l'implication du secteur privé» pour aider la Grèce, juge une source européenne proche du dossier.

La zone euro risque donc de rester durablement en état d'urgence. «La crise mondiale et en particulier la crise de la dette ont jeté le doute sur les fondamentaux de l'intégration européenne. L'impensable est devenu envisageable: la sortie d'un pays de la zone euro, la fin de l'euro et même la désintégration de l'UE ne sont plus tabous», estime le think-tank bruxellois Europolicy Center dans une récente étude.

Pour les dirigeants européens, il faut tenir bon. «Nous n'avons pas le choix. Si la zone euro disparaissait, l'UE elle-même serait en danger», prévenait fin juin le chef de la diplomatie française, Alain Juppé.
1 commentaire
  • ClarkeCity - Inscrit 7 juillet 2011 05 h 00

    Créer de l'argent-dette.

    Les banques peuvent créer de l'argent-dette mais lorsqu'une ou des agences dégradent la cote d'un peuple, elles "sont devenues folles" parce qu'elles basent leurs décisions sur des hypothèses, ce qui s'apparente à de la spéculation.

    Est-ce que cela n'était pas juste de la spéculation que les banques pouvaient créer de l'argent-dette tant qu'elles désiraient ?

    Qu'est ce que notre jj Charest diraient si une de ces firmes dégraderaient la cote du Québec ? Pourtant, notre ministère des finances a fait une analyse pointue de l'endettement public des Québécois. Voir: Dette: le Québec au 5e rang dans le monde industrialisé de LaPresseAffaires. ( http://bit.ly/l7bQtf )

    Selon cette nouvelle, "... Le Québec est devancé de quelques points de pourcentage (du Produit intérieur brut du Québec) par deux pays en difficulté, soit la Grèce (102,6%) et l'Islande (96,3%). Il est plus endetté que la France (75,7%), le Portugal (75,2%), les États-Unis (70%), la Suède (47,1%) ou le Canada pris dans son ensemble (69,7%). ..."

    Malheureusement, la dette progresse encore plus vite avec le gouvernement de jj Charest. Ses dernières initiatives du Plan Nord et de la Bourse du carbone permettront une fois de plus à augmenter notre dette au service des industries.

    Un jour ou l'autre, les québécois paieront pour avoir choisis nos politiciens œuvrant pour les industries.

    Serge Marchand