Reconnaissance des compétences professionnelles - Québec et Paris nommeront un commissaire aux plaintes

Une des difficultés, c’est l’offre de stages aux travailleurs français, ceux de la santé notamment.<br />
Photo: Agence France-Presse (photo) Martin Bureau Une des difficultés, c’est l’offre de stages aux travailleurs français, ceux de la santé notamment.

La France et le Québec ont convenu de nommer un commissaire aux plaintes pour aider à lever les obstacles qui se dresseront devant les travailleurs qui voudront se prévaloir de leur entente de reconnaissance des compétences professionnelles.

«Ce commissaire ne se veut pas un tribunal d'appel, a expliqué la semaine dernière en entretien téléphonique au Devoir la ministre des Relations internationales du Québec, Monique Gagnon-Tremblay. Il s'agit plutôt d'une sorte d'ombudsman vers lequel les gens pourront se tourner s'ils rencontrent des problèmes d'accessibilité, à des stages par exemple. Son rôle sera de contacter les ordres professionnels pour aplanir les conflits et trouver de nouvelles solutions en cas de blocage.»

L'entente entre le Québec et la France en matière de reconnaissance mutuelle des qualifications professionnelles n'a pas pour but d'offrir une garantie d'emploi aux travailleurs qui veulent poursuivre leur carrière de l'autre côté de l'Atlantique, rappelle la ministre. «Il s'agit seulement de faciliter les démarches administratives.» D'un autre côté, poursuit-elle, «pour qu'elle rapporte, il faut qu'elle se vive au quotidien».

L'un des principaux problèmes, que l'on entrevoit pour le moment pour les travailleurs français qui voudraient venir au Québec, est la difficulté d'accès aux stages qu'on leur impose souvent en guise de formation d'appoint. Le problème risque de se faire particulièrement sentir dans le domaine médical, dit la ministre. «On a déjà du mal à trouver des stages dans les hôpitaux pour nos propres infirmières», observe-t-elle.

L'entente France-Québec a commencé, depuis quelques mois, à s'attirer quelques commentaires critiques de la part de représentants français au Québec. On lui reproche essentiellement de mettre beaucoup de temps à se traduire en amélioration concrète sur le terrain.

Se donner le temps

Signée par les deux gouvernements à l'automne 2008, l'entente a mis presque deux ans avant de mener à la négociation et à la conclusion de premiers accords de reconnaissance mutuelle (ARM) entre les autorités supervisant plus de 120 professions, fonctions ou métiers réglementés d'un côté ou de l'autre. Au dernier décompte, 77 ARM avaient été signés pour des professions aussi diversifiées que médecin, architecte, travailleur social, courtier en valeurs mobilières, briqueteur-maçon, boulanger et mécanicien d'ascenseurs, et au moins 47 sont entrés en vigueur. Près des trois quarts des personnes membres d'un ordre professionnel au Québec seraient désormais couvertes.

D'autres ARM devraient encore survenir dans les prochains mois, dit Québec. Certaines négociations s'avèrent plus complexes que d'autres, notamment dans le domaine de la médecine vétérinaire, où le droit de pratique au Québec donne accès à l'ensemble du territoire nord-américain. Dans certains cas, on a carrément renoncé, comme pour les métiers d'optométriste, d'audiologiste ou de conseiller en orientation, qui ne sont tout simplement pas réglementés en France.

Québec dit ne toujours pas disposer de données suffisamment fiables pour dresser un premier portrait du nombre de Québécois et de Français à s'être prévalus de l'entente jusqu'à présent. La mise sur pied par les deux gouvernements d'un groupe chargé de mesurer les flux migratoires générés par l'entente est censée remédier à cette situation d'ici la fin de l'année financière 2011-2012.

Le Québec recevait déjà environ 4000 demandes de reconnaissance professionnelle avant l'entrée en vigueur de l'entente avec la France, dont 800 provenant de Français. Les Québécois accueillent chaque année de la France 4000 immigrants, 7000 étudiants, 7000 détenteurs de permis de travail temporaires et 10 000 jeunes munis de visas vacances-travail d'un an.

«Donnons-nous, pour une fois, le temps de bien faire les choses, plaide Monique Gagnon-Tremblay. On sait que cette entente n'a pas de précédent international. Comme on innove, il est important de savoir s'adapter aux difficultés. [...] Je ne veux pas que les gens viennent ici et soient déçus. L'important pour nous est d'en faire un succès.»