Chine - L'endettement des localités fait courir un risque aux banques

Pékin — Les banques d'État chinoises sont fragilisées par leur exposition aux dettes colossales des collectivités locales mais celles-ci seront finalement assumées par le gouvernement central si elles devaient s'avérer non remboursables, estiment des analystes.

Mardi, l'agence de notation Moody's a estimé que l'exposition véritable du système bancaire chinois aux prêts des villes, districts et provinces dépassait de 3500 milliards de yuans le chiffre annoncé dans un rapport officiel par le Bureau national d'audit (NAO).

«En l'absence apparente de projet d'ensemble pour traiter le problème, Moody's considère que la perspective de crédit du système bancaire chinois pourrait devenir négative», a averti l'agence de notation dans un communiqué.

«Je ne pense que pas que le risque ait vraiment augmenté. Il était clair depuis la fin 2008, lorsque le plan de relance a été annoncé, que le prix allait devoir être payé un jour», a déclaré à l'AFP Mark Williams, du cabinet Capital Economics à Londres.

Afin de compenser la contraction du marché pour ses industries exportatrices, le gouvernement chinois a adopté à l'automne 2008 un plan de relance de 4000 milliards de yuans (600 milliards $CAN) auquel est venu s'ajouter un feu vert donné aux collectivités locales pour investir massivement dans des infrastructures et dans l'immobilier. En conséquence, le montant des prêts accordés en Chine a presque doublé en 2009 pour atteindre 9600 milliards de yuans (1440 milliards $CAN). L'an dernier, la limite fixée à 7500 milliards de yuans a été dépassée de 450 milliards de yuans.

Selon le Bureau du rapport du Bureau national d'audit, le total des emprunts des collectivités locales s'élève aujourd'hui à 10 700 milliards de yuans, dont 8500 de créances détenues par les banques.

Si une partie de cet argent a été investi dans des projets rentables à moyen terme, une partie des prêts, estimés dans une fourchette moyenne de 8 % à 12 % par Moody's, pourraient s'avérer difficilement remboursables.

Sans que l'on sache avec certitude s'il s'agit d'une conséquence de l'évaluation de Moody's, le fonds d'investissement singapourien Temasek s'est défait hier d'une partie des titres qu'il détenait dans deux des quatre plus grandes banques chinoises, la China Construction Bank (CCB) et la Bank of China (BOC). «Il y a sûrement une incertitude qui pèse sur le marché, notamment sur la question de savoir comment vont être classées et traitées les dettes des municipalités», reconnaît Li Cui, économiste spécialiste de la Chine à la Royal Bank of Scotland. Toutefois, «une solution va être trouvée, et il est probable que les autorités fiscales, le gouvernement seront impliqués», assure cette analyste.

«Le gouvernement paiera en venant en aide aux sociétés qui ont contracté les mauvaises dettes et en renflouant les banques», estime aussi M. Williams, qui ajoute que «d'une manière ou d'une autre, le contribuable chinois» sera mis à contribution.

Cela se fera en partie par un renflouement direct des banques en difficulté par le gouvernement central mais aussi en maintenant un écart important entre la rémunération des dépôts et les taux d'emprunt, afin que les banques puissent réaliser des profits et se refaire une santé, explique cet économiste. Toutefois, «cela aura un coût pour les ménages» dont l'épargne ne sera que très peu, voire pas du tout rémunérée, souligne M. Williams.

D'une manière générale, le gouvernement chinois «a beaucoup de marge de manoeuvre, je ne crois pas au risque systémique», assure de son côté Li Cui.

Cette analyste doute de la pertinence de l'analyse de Moody's qui a selon elle utilisé une «rumeur de marché» pour conclure à une sous-estimation par les autorités de l'endettement des collectivités, mais «n'a fait aucune enquête indépendante sur ce sujet».