NYSE Euronext - Le coeur technologique bat à Londres

Photo: Agence France-Presse (photo) Éric Piermont

Paris — Loin de l'agitation effrénée du Palais Brongniart, le bâtiment historique qui abritait jusqu'en 1987 la Bourse de Paris, c'est dans une gigantesque salle d'ordinateurs, en un lieu tenu secret du Grand Londres, que se font les millions de transactions de NYSE Euronext.

Quotidiennement, quelque 7 milliards d'euros en moyenne changent de main en un éclair par l'entremise de ces serveurs ultra-puissants, qui occupent l'espace de sept terrains de football et sur lesquels l'homme n'intervient à distance que si une alerte se déclenche.

La tour de contrôle, elle, est restée à Paris, où siègent aussi les dirigeants et les équipes opérationnelles de l'opérateur: dans une salle de surveillance de la rue Cambon, au coeur de la capitale française, une quinzaine de personnes veillent au bon déroulement des échanges.

NYSE Euronext, dont le mariage avec l'allemand Deutsche Börse doit donner naissance au premier groupe boursier de la planète, est une société privée qui reçoit des ordres d'achat ou de vente de titres de salles de marchés établies un peu partout en Europe.

Outre les valeurs cotées à Paris, elle gère à la suite de rapprochements successifs les échanges des places d'Amsterdam, de Bruxelles et de Lisbonne. La fusion avec Deutsche Börse ajouterait Francfort à la liste. «Avant l'ouverture des marchés, notre rôle est comparable à celui d'un commandant de bord. Nous vérifions point par point que tout fonctionne normalement», explique Fabrice Peresse, responsable des opérations européennes de NYSE Euronext.

Tous les matins dès 7h15, les commandes s'accumulent et à 9h, heure de l'ouverture du marché parisien, les ordinateurs confrontent ces données pour que le maximum d'acheteurs et de vendeurs soient servis. «L'ouverture est automatisée. Nous sommes toute la journée en pilotage automatique et nous n'intervenons que si une de nos alertes se déclenche», explique M. Peresse.

Chaque jour, de 100 à 150 millions d'ordres sont passés sur l'ensemble des marchés européens du groupe. Deux à trois millions d'entre eux aboutissent à des transactions. «Nous sommes dans le domaine de l'infinitésimal», souligne Laurent Fournier, responsable des analyses pour les marchés européens de NYSE Euronext. «Il faut de 300 à 400 millisecondes pour qu'un ordre qui arrive d'une table de négociation soit exécuté chez nous», souligne-t-il.

Cette course contre la mon-tre s'est intensifiée depuis la directive sur les marchés d'instruments financiers (MIF) de 2007 qui a brisé le monopole des opérateurs boursiers historiques, en autorisant l'émergence de plates-formes alternatives (Chi-X, Turquoise). «Nous sommes en concurrence avec ces nouveaux acteurs sur les prix, mais aussi sur la vitesse d'exécution», explique M. Fournier. «Sur les valeurs qui composent le CAC 40 [l'indice référence de la Bourse de Paris], notre groupe donne environ 86 % du temps le meilleur prix. Nous ne sommes pas toujours les seuls à l'avoir, mais vous êtes certains de l'avoir chez nous», plaide-t-il.

L'autre atout mis en avant par NYSE Euronext par rapport à ses concurrents est la sécurité. «Une quinzaine d'alertes automatiques ont été mises en place et nous réfléchissons à en créer davantage», déclare M. Peresse.

Ainsi en juin 2010, NYSE Euronext a mis en place le «Static Collar»: lorsqu'un titre fluctue de plus ou moins 10 %, sa cotation est suspendue. «Si nous ne détectons pas d'anomalie, la cotation reprend dans les deux minutes, sinon une enquête est ouverte par nos services», indique M. Peresse.