Les grandes banques cherchent une réponse à l'agence de notation S&P

Plusieurs analystes jugent que le patron de la Banque centrale européenne, Jean-Claude Trichet, pourrait se montrer un peu moins pointilleux.<br />
Photo: Agence France-Presse (photo) Georges Gobet Plusieurs analystes jugent que le patron de la Banque centrale européenne, Jean-Claude Trichet, pourrait se montrer un peu moins pointilleux.

Les grandes banques et les compagnies d'assurance internationales se réuniront aujourd'hui à Paris pour essayer de trouver une façon d'amener le secteur privé à apporter sa contribution dans le secours à apporter à la Grèce sans pour autant s'attirer la sanction des agences de crédit et entraîner un mouvement de panique sur les marchés.

La rencontre à laquelle doivent participer des décideurs publics et des créanciers privés de la Grèce sera placée sous l'égide de l'Institut de finance international (IFI), un organisme basé à Washington et regroupant plus de 400 des plus grandes institutions financières au monde. «C'est un sujet complexe. Il ne peut pas être résolu du jour au lendemain. C'est tout un processus», a prévenu une source française impliquée dans les discussions. «Le rendez-vous, c'est à la sortie de l'été, c'est dans le courant du mois de septembre», a confirmé le nouveau ministre français de l'Économie, François Barouin.

On a dit étudier un nombre limité d'options. L'un des objectifs sera de voir ce qui peut être encore sauvé de la solution proposée par la France pour rééchelonner la dette grecque après que l'agence de notation Standard & Poor's eut annoncé, lundi, qu'elle n'aurait probablement pas le choix de considérer l'opération comme un défaut de paiement de la part d'Athènes, ce que visent justement à éviter les Européens.

Certains ont du mal à digérer la décision. «Les agences de notation se montrent beaucoup plus strictes et agressives à l'égard de l'Europe qu'elles l'on déjà été dans des circonstances similaires avec l'Amérique du Sud», a réagi le gouverneur de la banque centrale autrichienne, Ewald Nowotny. Plusieurs banquiers se consolent en voyant le degré de coopération et d'engagement de leurs institutions. «Si les propositions qui sont avancées ne font pas l'affaire, nous en trouverons d'autres», a déclaré hier le président du conseil de la française BNP Paribas, Michel Pebereau.

Plus d'argent pour la Grèce

Les Européens ont déjà adopté, l'an dernier, un premier plan de 110 milliards d'euros pour venir en aide à la Grèce qui croule sous le poids de sa dette. Une nouvelle tranche de 12 milliards de cette aide a été accordée ce weekend par les pays l'Union européenne après que le Parlement grec eut adopté la semaine dernière une nouvelle série de mesures d'austérité et de privatisations totalisant 28 milliards. Même si 57 milliards du premier plan d'aide n'ont toujours pas été utilisés, les autorités européennes savent d'ores et déjà qu'un deuxième plan d'environ 120 milliards sera nécessaire pour tenir le coup jusqu'en 2014. Plusieurs gouvernements exigent cette fois-ci que les créanciers privés soutiennent au moins une partie de l'effort et assument même sans plus attendre une certaine perte, ce qui aurait l'avantage de réduire d'autant l'endettement grec.

Principales détentrices de titres grecs, les quatre principales banques grecques ont laissé entendre qu'elles pourraient contribuer jusqu'à 12 milliards au sauvetage de leurs finances publiques, mais plusieurs observateurs disent ne pas s'attendre à plus de 3 ou 4 milliards. Les institutions financières allemandes ont fait savoir, la semaine dernière, qu'elles étaient prêtes, pour leur part, à aller jusqu'à 3,2 milliards. Premières créancières étrangères, les banques françaises n'ont pas annoncé de montant total, mais ont dévoilé, lundi, une solution globale censée permettre d'apporter à l'État grec 30 milliards en financement.

Solution intéressante

Portant sur l'ensemble des obligations d'État grecques arrivant à maturité d'ici juillet 2014, dont la valeur au marché serait actuellement de 60 milliards, cette solution offrait deux options aux banques. La voie privilégiée était le rachat par la Grèce de 30 % de cette dette à leur actuelle valeur dépréciée et la conversion du reste en nouvelles obligations de 30 ans de l'État grec. Garantie à 100 % par les autorités européennes, ces nouvelles obligations ne verseraient pas les taux d'intérêt à deux chiffres présentement exigés par les marchés à Athènes, mais seulement les 5,5 % par an exigés par les autorités européennes en échange de leur aide financière, assortis d'une prime correspondant au taux de croissance annuel de l'économie grecque, mais ne pouvant pas dépasser 2,5 % (pour un taux combiné de 5,5 % à 8 %). L'autre option prévoyait un réinvestissement d'au mois 90 % des montants remboursés dans des obligations de cinq ans à 5,5 % par année, mais non garantis.

La solution était intéressante, observait lundi l'économiste de la Financière Banque Nationale Paul-André Pinsonnault, parce qu'elle promettait aux créanciers de la Grèce de récupérer entre 60 % et 82 % de la valeur nominale de leurs titres, alors que le marché ne leur en offre actuellement que 60 %.

Son principal avantage se voulait surtout d'en faire une solution volontaire plutôt que forcée par une loi ou la menace, et ne pas passer pour un vulgaire défaut de paiement et risquer de déclencher ainsi une panique des marchés et une contagion à d'autres pays.

Standard & Poor's en juge aujourd'hui autrement, estimant la menace d'une restructuration complète de la dette grecque beaucoup trop présente pour que les créanciers puissent véritablement choisir librement. Une autre agence, Fitch, a indiqué la semaine dernière qu'elle serait plutôt portée à en arriver à même conclusion.

Le précédent uruguayen

Ce verdict est important aussi parce que la Banque centrale européenne a indiqué qu'elle refuserait d'accorder des liquidités en échange de titres qui seraient frappés du sceau infamant. Elle laissait toutefois entendre hier qu'elle serait prête à passer outre ce principe à la condition qu'au moins une des deux autres grandes agences de notation (Moody's et DBRS) n'y voie pas de cas de défaut.

Plusieurs analystes estimaient hier que la banque centrale ne pourra pas continuer ainsi à couper les cheveux en quatre éternellement. Après tout, la solution proposée par les banques françaises ressemble beaucoup à ce qu'avait fait l'Uruguay en 2003. Les agences avaient aussi qualifié de «défaut partiel» le «roulement de la dette» que le gouvernement avait convenu avec ses créanciers. Cette notation avait été révisée à la hausse à peine quelques semaines plus tard en raison de l'amélioration des perspectives apportées par l'arrangement.

La fameuse analyse de Standard & Poor's du début de la semaine ne ferme d'ailleurs pas complètement la porte, observent certains. C'est un «message pour dire qu'il faut retravailler le plan français, et non pas l'abandonner», a souligné une source européenne.

Pour d'autres voix, tous ces plans ne visent qu'à donner le plus de temps possible aux banques européennes avant l'inévitable défaut de la Grèce et la restructuration complète de sa dette.

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Avec Bloomberg, Les Échos, The Financial Times, The New York Times et Reuters
3 commentaires
  • Gaston Bourdages - Abonné 6 juillet 2011 06 h 27

    Grâce à vous Monsieur Desrosiers que je remercie, mon «néophytisme»...

    ...en matière d'économie s'est amoindri. Je demeure curieux à savoir à QUI appartiennent ces grandes institutions financières ? Serait-ce à dire que nous serions surpris??? à réaliser qu'il s'agit d'un groupe fort restreint ? Groupe de gens dont les liens sont tissés si près...! ?
    Je soupçonne que «SI». Pertinent ici de garder à l'esprit que nous sommes à l'ère des «GRANDS» conglomérats ? Des Grandes Institutions et que de plus en plus, c'est l'application de cette tacite loi qu'est le «MONEY TALKS» ? Ce «Money Talks» fournissant l'occasion à certaines consciences humaines de devenir si ÉLASTIQUES ? L'argent en soi, c'est moral. C'est entre les mains de certaines «bibittes» à deux pattes qu'il se transforme en immoralité....cause toujours «mon lapin» la caisse enregistreuse enregistre.
    Mes respects,
    Gaston Bourdages
    Simple citoyen - écrivain en devenir
    Saint-Valérien de Rimouski
    www.unpublic.gastonbourdages.com

  • Richard Evoy - Abonné 6 juillet 2011 07 h 24

    La tempête

    Comme un navire qui entre dans la tempête, la seule chose qu'on peut décider vraiment c'est du cap à suivre d'instant en instant pour être capable de survivre à la vague qui vient.
    Habituées qu'on leurs obéissent au doigt et à l’œil et s'ayant arrogé le droit d'être les seuls à pouvoir tenir la barre pour garder toujours le même cap peu importe les conditions, les élites actuelles n'ont jamais fait face à une tempête de l'ampleur de celle que nous voyons poindre à l'horizon.
    Pour notre plus grand malheur, très peu parmi ceux qui se croient nos « leaders » auront le niveau de conscience suffisant et l'humilité nécessaire pour céder la barre. Plusieurs préférerons s'enfermer dans la timonerie à double tours parce que, dans leur esprit et dans une réaction de déni de la tempête à venir, ils exigeront plutôt de serrer les rangs et de leur faire confiance. Pour eux, la seule crise existante sera celle causée par ces passagers ingrats qui tentent de défoncer la porte pour les forcer à changer de cap quitte à leurs arracher la barre des mains.
    Juste des passagers? Se rendent-ils seulement compte que ceux qui frappent à la porte sont les membres d’équipage qui, devant l’évidence d’une catastrophe imminente, veulent reprendre contrôle du navire parce qu’ils ne voient aucune autre solution tant que leurs officiers resteront enfermés dans leur conception fausses, coupés qu’ils sont depuis des lustres des réalités de la vie à bord du bateau.
    Dans ce contexte, de quoi dépendra le plus la survie de l’équipage?... Ultimement, cela dépendra uniquement du niveau de conscience individuelle de tous, équipage et officiers, qui participent au niveau de conscience collectif du navire. De ce niveau de conscience global dépendra le nombre de survivants qu’il restera après la tempête. Soit nous passerons la tempête tous ensemble à bord du navire, ou bien meurtris et gelés dans des radeaux de sauvetage ou bien tous mort

  • Claude L - Inscrit 6 juillet 2011 11 h 05

    S

    Pendant la crise des subprimes aux États-Unis, Standard