S&P sabote la détente financière

Photo: Agence France-Presse (photo) Aris Messinis

Pourquoi faut-il toujours qu'une bonne nouvelle soit suivie d'une autre, mauvaise celle-là, doit se demander le premier ministre de la Grèce, Georges Papandréou, lui qui, après avoir obtenu en fin de semaine le déblocage d'une tranche d'aide essentielle du prêt UE-FMI, a entendu hier l'agence Standard & Poor's évoquer un éventuel abaissement — un de plus — de la note du pays.Athènes — Le gouvernement grec s'est refusé hier à commenter «les hypothèses d'agences spéculatrices», après la menace de Standard and Poor's de considérer comme un défaut de paiement les projets de soutien à long terme de la dette grecque.

«Nous ne pouvons pas suivre les hypothèses et conclusions d'agences spéculatrices. Il y a en cours un programme européen de prêts au pays, et nous en restons là», a affirmé le porte-parole du gouvernement, Ilias Mossialos, invité lors de son point de presse quotidien à commenter l'annonce de S&P.

Sur le fond, soit le schéma proposé il y a une semaine par les créanciers privés français pour alléger le fardeau de la dette de la Grèce, M. Mossialos a réitéré que «les gouvernements n'ont pas à intervenir dans des discussions concernant la participation volontaire» d'institutions privées. «Notre position sur les agences de notation est connue, tout comme le sont les interventions de la Grèce auprès de la Commission européenne [...] pour la création d'une agence européenne de notation», a ajouté M. Mossialos.

Athènes a souvent accusé les agences, qui ont multiplié ces derniers mois les dégradations de sa note souveraine au point d'en faire un des pays les plus risqués au monde pour les investisseurs, de se livrer à des manoeuvres spéculatrices.

Les analystes de S&P ont fait savoir hier que les scénarios envisagés par l'UE pour assurer la viabilité à long terme de la dette grecque seraient probablement assimilés par l'agence à un «défaut de paiement», que tentent justement d'éviter les Européens. L'agence a rouvert le feu juste au moment où les marchés se détendaient sur la Grèce, après le déblocage ce week-end d'une nouvelle tranche vitale du prêt UE-FMI consenti au pays en 2010, en contrepartie de l'adoption par le parlement grec d'un rigoureux plan d'austérité et de privatisations sur cinq ans.

Ce scénario se répète quasiment à chaque fois que l'Europe fait un pas en avant sur l'aide au pays en difficulté, l'une ou l'autre des agences de notation dégrade, en général de plusieurs crans d'un coup, entraînant dans son sillage le reste des marchés financiers.

La mise en garde de l'agence de notation a du coup donné un coup d'arrêt au ralliement boursier observé la semaine dernière sur les valeurs bancaires européennes alors que les ministres des Finances de la zone euro ont donné samedi leur feu vert à une nouvelle tranche d'aide de 12 milliards d'euros à la Grèce.

Par l'intermédiaire de la Fédération bancaire française (FBF), les banques françaises, qui sont les banques étrangères les plus exposées à la Grèce, ont proposé deux plans d'action pour le rollover de la dette grecque pour couvrir les besoins d'Athènes de 2011 à 2014.

Mais, selon S&P, l'un comme l'autre se traduira par des pertes pour les créanciers privés de la république hellénique. «Si l'une ou l'autre de ces options était mise en oeuvre dans sa forme actuelle, et à défaut d'information complémentaire, nous considérerions probablement cela comme un cas de défaut», prévient l'agence de notation américaine dans un communiqué. «Dans ce cas, nous abaisserions probablement la note souveraine grecque à SD, ce qui indiquerait la restructuration dans les faits d'une partie, mais pas de la totalité, de sa dette obligataire.»

«Le soulagement venu la semaine dernière du vote des députés grecs est maintenant quelque peu éclipsé par cette annonce [de S&P]», fait remarquer Marc Ostwald, stratégiste chez Monument Securities. La mise en garde de S&P «pourrait venir perturber la succession d'annonces crédibilisant que la situation grecque était de nouveau sous contrôle à horizon 12 mois», soulignent de leur côté les analystes de CM-CIC Securities dans leur note de recherche.

Après le court répit de la semaine, les primes de CDS (credit default swaps) de la Grèce sont d'ailleurs reparties à la hausse. D'après le fournisseur de données Markit, les CDS à cinq ans, qui protègent contre un défaut de la dette publique grec, ont augmenté hier de 48 points de base.

La FBF n'était pas en mesure de commenter dans l'immédiat la mise en garde de S&P tandis que les banques françaises se sont refusées à tout commentaire. Le directeur général de la banque italienne Unicredit, Federico Ghizzoni, a toutefois estimé que la mise en garde de S&P allait un peu trop loin dans «l'interprétation technique» des propositions françaises. «Les propositions françaises ne seront pas forcément la solution qui sera retenue», relativise de son côté une source bancaire française qui n'a pas souhaité être citée.

En Allemagne, on explique que les déclarations de S&P présentent quelques aspects positifs. «Elles donnent une direction à suivre pour les banques allemandes sur ce qu'elles doivent modifier pour éviter un défaut», a réagi dans un communiqué l'association des banques publiques allemandes.

S&P a abaissé le mois dernier la note grecque de B à CCC. L'agence rappelle avoir pris cette décision en raison du «risque croissant qu'un plan de financement amélioré visant à résoudre les difficultés budgétaires du gouvernement sur la période 2011-2014 n'ait besoin d'une restructuration de la dette du secteur privé sous une forme qui serait pour nous un défaut de fait sur ses obligations de paiement».

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Avec Agence France-Presse
1 commentaire
  • northernbud - Inscrit 5 juillet 2011 10 h 08

    Une question

    Qui contrôle ces agences de cotations ?