Bataille de brevets en vue

Le phosphate de fer lithié peut remplacer les matériaux qui forment la cathode de la majorité des batteries lithium-ion (Li-ion) actuelles. Ces composés sont généralement coûteux, toxiques, formés par des métaux comme le cobalt, l'aluminium et le manganèse. Or le phosphate de fer est formé des éléments parmi les plus abondants de la croûte terrestre et, surtout, n'est pas polluant en tant que tel. Selon ses promoteurs, il assure une meilleure longévité aux batteries Li-ion, réduisant dans le même temps les risques de feu de batterie inhérents à cette technologie. Sa densité énergétique est cependant moindre que celle des technologies les plus couramment utilisées.

Ce composé est l'une des deux grandes options technologiques qui se présentent aujourd'hui aux constructeurs de véhicules électriques. Pour l'heure, la majorité des industriels — Renault, PSA, General Motors, etc. — ont opté pour l'oxyde de manganèse lithié (LiMn2O4) dans leurs batteries Li-ion, qui offre actuellement la plus forte densité énergétique, donc la meilleure autonomie.

De leur côté, l'Américain Tesla et le Chinois BYD misent sur le phosphate de fer, non polluant, moins cher et, surtout, réputé plus sûr. Le Français Bolloré devrait aussi mettre à profit ce composé pour sa Bluecar, mais dans des batteries lithium-métal-polymère — très différentes des Li-ion.

La Chine a misé tout le développement de sa filière électrique sur le phosphate de fer. En 2010, environ 80 % des nouveaux brevets sur cette technologie y ont été déposés. L'empire du Milieu parviendra-t-il à développer une filière autonome, sans recourir aux brevets franco-canadiens? Reconnaîtra-t-il leur «caractère bloquant»? Déjà des contentieux apparaissent et de féroces batailles juridiques s'annoncent.