Le modèle grec doit être revu et corrigé

Hier, le premier ministre Georges Papandréou est allé dans le même sens devant l'Internationale socialiste qu'il préside: «Nous avons pris des décisions difficiles, des décisions patriotiques, socialement nécessaires pour sauver les salaires [...] et éviter la faillite des petites et moyennes entreprises.»
Photo: Agence France-Presse (photo) georges gobet Hier, le premier ministre Georges Papandréou est allé dans le même sens devant l'Internationale socialiste qu'il préside: «Nous avons pris des décisions difficiles, des décisions patriotiques, socialement nécessaires pour sauver les salaires [...] et éviter la faillite des petites et moyennes entreprises.»

Le vote du plan d'austérité grec va permettre de débloquer dès aujourd'hui de l'argent frais, permettant d'éviter dans l'immédiat une faillite d'Athènes dont les conséquences seraient gravissimes pour la zone euro, toujours pas tirée d'affaire durablement.

Bruxelles — Un accord de principe a été trouvé pour débloquer la prochaine tranche des 110 milliards d'euros de prêts sur trois ans promis l'an dernier dans le cadre du premier plan de sauvetage grec, ont indiqué hier des diplomates européens. La décision formelle sera prise aujourd'hui par les ministres des Finances de la zone euro lors d'une conférence téléphonique, a indiqué le porte-parole de Jean-Claude Juncker, leur chef de file.

La part européenne de la tranche représente 8,7 milliards d'euros de prêts. Le Fonds monétaire international, qui doit rajouter 3,3 milliards, a également estimé jeudi pouvoir les débloquer «bientôt».

La Grèce, assommée par son énorme dette, a absolument besoin de cet argent pour faire face à ses obligations de remboursement autour de la mi-juillet. Dans ce contexte, une source au ministère grec des Finances a jugé «positif» que la procédure «ait été accélérée». Jean-Claude Juncker a convoqué la téléconférence ministérielle aujourd'hui en remplacement d'une réunion initialement prévue demain, estimant qu'il n'y avait plus de raison d'attendre.

La Grèce a en effet rempli la condition posée par ses bailleurs de fonds: son Parlement a entériné mercredi et jeudi le programme d'austérité qu'ils exigeaient, prévoyant 28,4 milliards d'euros d'économies supplémentaires d'ici 2015 et une rafale de privatisations censées rapporter 50 milliards.

La téléconférence permettra «que ce soit court, non théâtral, opérationnel pour les marchés», a commenté l'un des diplomates. Cela évitera aussi les déceptions: contrairement à ce qu'espéraient certains responsables, il n'y aura pas ce week-end de décision sur un deuxième plan de sauvetage d'une centaine de milliards d'euros supplémentaires, censé assurer le financement d'Athènes à plus long terme. Les ministres espèrent «avancer», mais «pas encore conclure», selon le diplomate. Il faudra attendre une autre réunion, prévue de longue date pour le 11 juillet.

De grosses incertitudes subsistent sur le deuxième plan de sauvetage, même si des avancées semblent se faire sur l'un des points les plus controversés, la participation des banques et autres créanciers privés de la Grèce.

L'institut de la finance internationale (IFF), un lobby mondial qui réunit la plupart des grandes banques, mais aussi des assureurs et des fonds, s'est dit prêt hier à s'engager dans une initiative «volontaire, coopérative et transparente» pour soutenir la Grèce, vu le contexte «exceptionnel».

En France, une proposition a été mise sur la table, envisageant deux options: soit le renouvellement de 70 % des prêts consentis par les banques pour une durée de 30 ans, soit un renouvellement à 90 % mais pour une durée plus courte, 5 ans. Les banques allemandes ont aussi ébauché un geste jeudi en s'engageant à prolonger tout ou partie de leurs 3,2 milliards d'euros de crédits à la Grèce arrivant à échéance en 2014. Josef Ackermann, le patron de la puissante Deutsche Bank, a toutefois reconnu que les négociations étaient «extrêmement complexes».

Le vote du Parlement grec «réduit les chances d'un désastre à court terme, mais le pays reste dans une position précaire», estime Ben May, économiste chez Capital Economics. «Même si la question de l'implication du secteur privé est résolue, il y a des doutes sur la capacité du gouvernement à vendre 50 milliards d'euros d'actifs publics [...] et à mettre en oeuvre les nouvelles mesures d'austérité», prévient-il.

Dernière chance

Des économistes de renom estiment que le ballon d'oxygène que les créanciers de la Grèce sont en train d'élaborer constitue la «dernière chance» pour qu'Athènes entreprenne immédiatement des réformes radicales, risquant sinon d'avoir le statut de pays du Tiers monde.

«C'est la dernière chance pour la Grèce de se moderniser, et cette opportunité ne durera pas longtemps», écrivent 19 économistes grecs, enseignants dans des universités américaines et européennes, dont le Prix Nobel d'économie 2010 Christopher Pissarides, dans une lettre ouverte publiée hier par l'hebdomadaire Athens News.

L'effort d'austérité consenti jeudi par le parlement grec pour quatre ans de plus en échange d'un plan d'aide à plus long terme de l'UE et du FMI permet à la Grèce d'échapper dans l'immédiat à un défaut de paiement, qui aurait été «une catastrophe économique pour les Grecs», estiment ces économistes. La Grèce aurait été confrontée sinon à «la pauvreté et l'isolement pendant des décennies», disent-ils.

Hier, le premier ministre Georges Papandréou est allé dans le même sens devant l'Internationale socialiste qu'il préside: «Nous avons pris des décisions difficiles, des décisions patriotiques, socialement nécessaires pour sauver les salaires [...] et éviter la faillite des petites et moyennes entreprises». Selon lui, les hausses d'impôts, baisses d'allocations sociales contenues dans le plan sont «douloureuses», mais «donnent à la Grèce le temps et l'espoir pour réaliser de vraies et profondes réformes».

«Les manifestations dans la rue ne marquent pas seulement la douleur de l'austérité et de l'injustice, mais représentent aussi la demande d'un changement social, économique et institutionnel», a-t-il estimé.

Dans leur lettre, les économistes font valoir que le gouvernement doit sortir le pays du piège de son «économie dysfonctionnelle» et éradiquer la «corruption rampante» si la Grèce «veut rejoindre les nations européennes modernes» et «éviter l'isolement économique qui la ferait régresser au rang de pauvre pays du Tiers monde».

Pour Costas Bakouris, président de Transparency International-Grèce, «on trouve de la corruption dans un foyer sur dix, que ce soit donner de l'argent sous la table ou en recevoir». De plus, «60 % de toute cette corruption se passe dans le secteur public, et les 40 % qui restent, ce qui est tout de même une grosse proportion, se passent dans le secteur privé», dit M. Bakouris à l'AFP.

Les économistes signataires de la lettre estiment que des réformes de la justice sont nécessaires pour faire en sorte que la malhonnêteté cesse d'être impunie. Mais par-dessus tout, c'est l'évasion fiscale qui doit être combattue, ajoutent-ils. «Un système de collecte d'impôt efficace et juste pour tous, salariés, hommes d'affaires et professions libérales, est très important et peut ouvrir la voie à des abaissements d'impôts qui sont actuellement infaisables», écrivent-ils.

Tout en ajoutant que «des réformes structurelles comme l'ouverture à la concurrence des professions fermées et libéraliser le marché du travail sont des mesures nécessaires dans un pays européen moderne».

Selon l'analyste Miranda Xafa, ancienne membre du Fonds Monétaire international travaillant maintenant pour le cabinet IJ Partner basé à Genève, l'important est de réformer le secteur public grec qu'elle juge hypertrophié. «J'espère et je prie pour que la logique prévale et que le gouvernement accélère les réformes», a indiqué à l'AFP, Platon Monokroussos, analyste à Eurobank à Athènes. «Tout le monde s'accorde à dire que le modèle grec de développement ne peut pas être poursuivi, mais il y a besoin d'une réparation plus équitable du fardeau fiscal», a-t-il ajouté.
2 commentaires
  • AML - Inscrit 2 juillet 2011 16 h 28

    Debtocracy

    Le film documentaire Debtocracy, pouvant être visionné en ligne, est à mon avis le plus intéressant qui soit sur le sujet. Il est très instructif et nous présente de toutes autres solutions.

  • Bernard Terreault - Abonné 3 juillet 2011 15 h 03

    Pas fous, les Anglais

    La Grande Bretagne ayant choisi de ne pas adopter cette monnaie commune, elle n'a pas à débouser un penny pour renflouer la Grèce (puis le Portugal, puis d'autres encore?). Brillants, les Anglais. Plus malins que tous ces "continentaux" fédéralistes. Que chacun s'occupe de ses affaires et le monde ira mieux. Ça vaut pour le Québec.