Île d'Anticosti: des barils de pétrole par dizaines de milliards

Si l'analyse effectuée par une firme spécialisée en évaluation des réserves pétrolières se révèle juste, il semble bien qu'Hydro-Québec ait cédé un véritable trésor au secteur privé en se départant de ses droits d'exploration pétrolière sur l'île d'Anticosti. Selon cette estimation indépendante, le sous-sol de l'île pourrait contenir plus de 30 milliards de barils de pétrole. Une ressource dont la valeur brute se chiffre à l'heure actuelle à quelque 3000 milliards de dollars.

La firme albertaine Sproule Associates Limited établit ainsi à 30,9 milliards de barils le «meilleur estimé» du volume total de pétrole en place sur les permis où l'entreprise Pétrolia détient un intérêt sur l'île d'Anticosti. «Il y a 90 % de chances que ce volume atteigne au moins 19,8 milliards de barils (estimation basse) et 10 % de chances que le volume soit égal ou supérieur à 48,2 milliards de barils (estimation haute)», a-t-on précisé hier par voie de communiqué. L'évaluation effectuée porte sur les shales de Macasty, où Pétrolia détient des intérêts sur plus de 6070 km2.

Même en se basant sur l'estimation basse, à quelque 20 milliards de barils, cet or noir aurait une valeur brute de près de 2000 milliards de dollars au prix actuel du baril, soit environ 100 $.

Il faut noter par ailleurs qu'on s'attend à une croissance significative des prix du pétrole au cours des prochaines années. Reste à voir la quantité de ce pétrole qui pourra être effectivement récupéré. Mais comme il s'agirait de pétrole léger, il pourrait être relativement aisé à extraire par pompage.

Pétrolia a néanmoins fait preuve de prudence dans l'appréciation de l'analyse menée par la firme albertaine. «Cetteétude a été réalisée dans l'unique but de permettre à Pétrolia de déterminer l'opportunité de mener de nouveaux travaux de mise en valeur de cette ressource. Pétrolia évalue activement les options qui s'offrent à elle relativement aux travaux additionnels à mener,et ce, de manière à procurer à ses actionnaires la plus grande valeur. Le programme d'exploration sur Anticosti en est à ses premières étapes: des travaux additionnels sont requis pour déterminer le potentiel commercial de la ressource avant de pouvoir en considérer le développement.»

Quoi qu'il en soit, l'avenir semble d'ores et déjà très prometteur pour les actionnaires de la pétrolière. «Pour Pétrolia, qui possède des intérêts sur une large portion de l'île d'Anticosti, l'estimation des ressources contenues dans les shales de Macasty témoigne d'un immense potentiel», a insisté l'entreprise dans son communiqué.

Son président, André Proulx, s'est d'ailleurs dit très satisfait de l'annonce de ces données, qui ont fait grimper l'action de l'entreprise à la Bourse de Toronto. Selon lui, il s'agit d'une étape très importante dans le processus d'exploration, processus qui doit se poursuivre au cours des prochains mois. Aucune décision quant au moment des prochains travaux n'a toutefois été prise, a-t-il dit. L'entreprise, qui a foré trois puits l'été dernier sur l'île d'Anticosti, compte investir plus de 30 millions pour réaliser des forages qui devraient permettre d'effectuer des tests de production.

Permis d'Hydro-Québec

Le Devoir avait révélé en février dernier que Pétrolia a mis la main en 2008 sur les permis détenus par Hydro-Québec sur l'île d'Anticosti en échange d'une «redevance prioritaire» qui n'a jamais été rendue publique, en raison du refus de la pétrolière. Il n'est donc pas possible de savoir ce que l'État a obtenu en échange des milliers de kilomètres carrés de permis qu'elle a cédés au secteur privé. Tout ce qu'on sait, c'est que la pétrolière doit débourser 10 ¢ l'hectare chaque année pour conserver ses droits d'exploration.

La ministre Nathalie Normandeau a aussi réitéré hier qu'elle ne rendrait pas public le contenu de l'entente intervenue entre la société d'État et Pétrolia. Fait à noter, cette redevance sera versée uniquement si l'exploitation de cette ressource fossile, qui appartient en théorie à l'ensemble des Québécois, est lancée.

Hydro-Québec a investi 9,8 millions de dollars en travaux d'exploration pétrolière entre 2002 et 2007 sur l'île d'Anticosti. Aucun montant n'a été investi par la suite. L'arrêt des recherches aurait été motivé par des questions d'orientation, Hydro-Québec préférant se consacrer à la production d'énergie renouvelable. La société d'État, qui a ensuite éliminé sa division Pétrole et gaz, a cédé ses droits sur 35 permis (6300 km2) qu'elle détenait à l'entreprise Pétrolia. Cette dernière est ainsi devenue le partenaire de Corridor Resources — entreprise qui exploitera le gisement pétrolier extracôtier d'Old Harry — pour l'exploration sur l'île d'Anticosti.

Pétrolia possède par ailleurs des intérêts pétroliers prometteurs à Gaspé, où le potentiel serait de près de huit millions de barils. L'entreprise contrôle 15 000 km2 de permis au Québec. Selon ce qui est indiqué dans son rapport annuel, ses permis «couvrent plus de 70 % du potentiel pétrolier du Québec en milieu terrestre».

L'entreprise basée à Rimouski compte neuf lobbyistes inscrits au Registre des lobbyistes du Québec. Deux de ceux-ci sont d'anciens employés d'Hydro-Québec Pétrole et gaz. L'une de ces deux personnes a également travaillé pendant vingt ans pour la Société québécoise d'initiatives pétrolières.

Selon le Registre des entreprises, le principal actionnaire de Pétrolia est Pilatus Energy, une entreprise qui a pignon sur rue en Suisse et dont le président réside aux Émirats arabes unis. Mais André Proulx a assuré hier que Pilatus n'était plus le principal actionnaire de la pétrolière de Rimouski.
37 commentaires
  • Fr. Delplanque - Inscrit 30 juin 2011 01 h 26

    Pas à cause de ça !

    «L'arrêt des recherches aurait été motivé par des questions d'orientation, Hydro-Québec préférant se consacrer à la production d'énergie renouvelable.»

    Aaargh ! Pas à cause des éoliennes j'espère, ce tonneau aux Danaïdes imposé par les écologistes !

  • M. Julien - Abonné 30 juin 2011 05 h 24

    Pour une bouchée de pain

    Comment se fait-il qu’Hydro-Québec ait cédé pareil trésor pour une bouchée de pain?

    À première vue, quelque chose ne tourne pas rond là-dedans

    Y aurait-il un pot aux roses derrière tout cela?

  • François Ricard l'inconnu - Inscrit 30 juin 2011 05 h 48

    Charest-Normandeau donnent notre butin à leurs amis

    Sous l'impulsion de Bernard Landry, Hydro-Québec propose en 2002 d'investir durant une décennie des sommes importantes pour prendre la direction d'une nouvelle industrie gazière et pétrolière au Québec. Sa proposition se retrouvera par la suite encadrée dans un plan formel d'exploration 2002-2010. Ce plan prévoyait qu'Hydro-Québec s'associe avec des entreprises privées dans des projets dont les profits s'ajouteraient à ses revenus, aux redevances et taxes versées à l'État.
    Mais quand le gouvernement Charest prend le pouvoir, le nouveau p.-d.g. d'Hydro-Québec, Thierry Vandal, démantèle la division Pétrole et Gaz et offre sur un plateau d'argent à des compagnies privées, dont la plupart sont formées par d'anciens employés de la Soquip et d'HQ Pétrole et Gaz, les permis d'exploitation dont Hydro-Québec avait été titulaire depuis 40 ans. Ces permis furent cédés cinq ans à peine après la découverte de structures géologiques laissant croire à la présence de pétrole dans la région.
    Pourquoi avoir démantelé en catimini, sans débat public, des structures d'État alors que les premiers indices positifs de découvertes d'hydrocarbures abondaient? Et juste au moment où il était logique d'entrevoir des profits dans un avenir rapproché? Et pourquoi retrouve-t-on autant de personnes qui étaient au courant de la chose à la tête d'entreprises de l'APGQ?
    Et pourquoi empêche-t-on Hydro-Québec de divulguer les termes du contrat de cession de ses droits à Petrolia? Que cache-t-on vraiment?
    Hydro-Québec nous appartient. Nous avons le droit de savoir.

  • Roger Lapointe - Inscrit 30 juin 2011 06 h 14

    Comment dépouiller le peuple de ses droits sur ses richesses naturelles.

    La passe secrète entre Hydro-Québec et une ou des cies privées dont Petrolia qui leur donne a toute fin pratique les droits d'exploitation du pétrole en exclusivité pour quelques sous par hectare sans que le peuple propriétaire puisse être informé de la teneur de cette transaction pourrait s'appeler une entourloupette de premier ordre.
    Selon l'article de Devoir,ce sont d'ex employés de haut niveau d'Hydro-Québec passés au privé qui ont officiés à cette ténébreuse transaction qui pourraient priver le peuple Québécois de milliers de $ en revenus ou redevances dignes de ce nom.Comment les peuples qui se font spolier peuvent-ils se défendre juridiquement parlant?Il ne reste semble t-il que le remplacement des dirigeants politiques par voie électorale à une date encore lointaine pour remettre en question un tel stratagème.A croire que nous sommes riches comme Crésus pour ainsi dilapider nos biens collectifs.

  • Pierre Lachance - Inscrit 30 juin 2011 06 h 19

    Juste un commentaire

    Le pétrole ou la vie
    Qui va gagner? La vie les pétrodollars s'en foutent!
    La planète les pétrodollars n’en a pas de besoin!?
    Les pétrodollars on juste de besoin d'égo, d'avare et tous les qualificatif de pouvoir!

    Les pétrodollars sont des obèses qui ne veulent pas maigrir pour être en santé, ils veulent juste s'empiffrer jusqu'a ce qu'ils éclatent détruisant tout sur leur passage pour être sur que personne n'en profitera a part eux!
    Merci