Rejet violent de l'austérité

Ce manifestant avait pris ses précautions avant d’aller affronter les forces de l’ordre à Athènes: il s’était équipé d’un masque à gaz.<br />
Photo: Agence Reuters Yannis Behrakis Ce manifestant avait pris ses précautions avant d’aller affronter les forces de l’ordre à Athènes: il s’était équipé d’un masque à gaz.

Athènes — Des milliers de Grecs ont manifesté hier leur colère contre le budget d'austérité, qui doit être voté aujourd'hui au Parlement, lors de défilés émaillés d'incidents violents au centre d'Athènes, au premier jour d'une grève générale de 48 heures.

Au même moment, l'Union européenne (UE) a haussé le ton pour que les députés grecs votent ce texte en agitant le chiffon rouge d'une faillite immédiate de la Grèce si l'impopulaire plan d'austérité n'était pas voté. Le président de l'UE, Herman Van Rompuy, a affirmé que les heures à venir allaient être «décisives» pour la Grèce, mais aussi pour la zone euro et l'économie mondiale.

De son côté, Christine Lagarde, la directrice générale désignée du Fonds monétaire international (FMI), a lancé un appel à «l'entente nationale» politique en Grèce pour voter les mesures d'austérité proposées par le gouvernement socialiste sous la pression du FMI et l'UE, les créanciers du pays.

Toutefois, un groupe de jeunes qui ont attaqué hier après-midi à coup de barres de fer des façades en marbre sur la place Syntagma à Athènes et le ministère des Finances voisin, en marge de la manifestation des syndicats, n'étaient guère prêts à recevoir ce genre de conseils. Les forces anti-émeutes ont jeté des salves de gaz lacrymogène pour les disperser, laissant la place Syntagma noyée sous un brouillard irritant et jonchée de petits bouts de marbres, munition utilisée aussi bien par les manifestants que par certains policiers.

«Les Européens nous disent qu'ils nous lâcheront si le plan n'est pas voté, mais la faillite, on y est déjà. Toucher le fond nous permettrait au moins de remonter, alors que ce nouveau plan ne résout rien», a lancé Anna Théodorou, une secrétaire de 38 ans. Peu avant, les manifestants, beaucoup moins nombreux que lors de la grève générale du 15 juin, avaient défilé aux cris de «le projet de loi ne va pas passer».

D'importantes forces policières — 4000 hommes selon les autorités — avaient été déployées, bouclant à la circulation le centre d'Athènes. Le parlement était entouré par des centaines de policiers tandis qu'une barrière était dressée devant l'entrée du bâtiment pour empêcher les manifestants de s'approcher.

Hier soir, des milliers d'«indignés», le mouvement de protestation populaire lancé depuis plus d'un mois en Grèce, ont afflué sur la place Syntagma pour protester aussi contre l'austérité. Mais leur nombre était plus réduit que celui des fois précédentes. «C'est vrai qu'on est moins nombreux que les fois précédentes, mais cela est dû aux policiers qui avaient tiré contre les manifestants quelques heures auparavant», a indiqué à l'AFP Nikos Kassidakis, employé à la mairie d'Athènes, qui suit depuis le début ce mouvement.

La grève a touché les transports maritimes et aériens et les coupures d'électricité se sont poursuivies en raison d'une grève observée depuis la semaine dernière par l'entreprise publique d'électricité, la DEI. À part le métro, les transports en commun à Athènes n'ont pas fonctionné.

Les grévistes protestaient contre le plan pluri-annuel d'austérité 2012-2015 prévoyant hausses d'impôts et privatisations massives, qui devait être voté aujourd'hui au Parlement. Celui-ci prévoit de nouveaux sacrifices pour les Grecs, après la rigueur de 2010, afin que le pays évite la faillite et puisse toucher une nouvelle aide financière vitale de ses partenaires européens et créanciers.

Des banques étaient également fermées, les hôpitaux fonctionnaient avec du personnel d'astreinte et les journalistes ont observé un arrêt de travail de cinq heures en début d'après-midi, ce qui a affecté les journaux radiotélévisés et les sites Internet.
7 commentaires
  • Gaston Bourdages - Abonné 29 juin 2011 08 h 14

    Quasi néophyte en matière économique, je me demande à qui...

    ...ces argents sont actuellement dûs ? Qui sont les créanciers de la Grèce ? Et l'état de faillite du pays étant, à ce que j'en comprends, que suggérerait un (e) professeur(e) aux H.E.C. à un(e)chef d'entreprise vivant une situation analogue ? Cette situation est-elle aussi conséquences d'insipides comportements de collusion et de corruption ? Si oui, est-ce à dire que la responsabilité en revient à la population grecque ? L'état financier du pays et de membres de sa société, une tragédie grecque de si mauvais goûts ! Désolant.
    Est-ce aussi à dire qu'un autre bal se termine ? Que dirait Diogène, celui de Sinope, à la vue et au su des tous ces actes qui défilent à une telle vitesse ? Consulterait-il son papa qui était banquier ou intendant des finances ? (CF. Aristide Quillet - page 1557 - Dictionnaire encyclopédique Quillet - Paris - 1953)
    Dans la mesure de mes si limitées capacités, je suis de tout coeur avec ces gens qui subissent les conséquences de cette tragédie.
    Humblement,
    Gaston Bourdages
    Simple citoyen - écrivain en devenir
    Saint-Valérien de Rimouski
    www.unpublic.gastonbourdages.com

  • Democrite101 - Inscrit 29 juin 2011 08 h 29

    Solon d'abord, Périclès ensuite...




    Quand la gauche au pouvoir est économiquement indisciplinée (déficit, inflation) ou la droite est individualiste et réactionnaire (affairiste et protectionniste), la foudre des réalités nous tombe sur la tête.

    Ce traitement de choc est nécessaire en Grèce puisque ni droite ni gauche n'a voulu depuis 30 ans s'ouvrir aux techniques économiques occidentales et à la modernisation ouverte qui l'aurait renforcée. D'où leur déconvenue.

    Le vin est amer, mais il faut le boire...

    Jacques Légaré
    (professeur retraité d'économie)

  • Sanzalure - Inscrit 29 juin 2011 08 h 30

    On sait c'est la faute à qui

    Il n'y a qu'une poignée de profiteurs qui ont provoqué cette crise mondiale et on sait pas mal qui ils sont. À plusieurs millions contre un, je ne comprend pas qu'on ait pas déjà réglé leur compte à ces gens-là !

    Serge Grenier

  • Francois - Inscrit 29 juin 2011 09 h 22

    Les athéniens ne veulent rien assumer

    Ces réactions de sabotage n'aide en rien la crise. Il faut faire face à cette crise de façon responsable et courageuse. Les jeunes et moins jeunes n'ont rien appris de leurs sages? Il est claire que si ils adoptent pas une autre attitude et acceptent pas de collaborer les affaires vont aller de mal en pire et la violence ne fera que s'accentuer.

  • Jean-Pierre Aubry - Abonné 29 juin 2011 09 h 55

    Tous doivent mettre l’épaule à la roue

    Même si le parlement grec votait en faveur d’un plan d’austérité pour obtenir des prêts venant de l’Union européenne, de la Banque centrale européenne ou du FMI, cela ne veut pas dire que le gouvernement grec honorera ses titres de dette et reviendra à l’équilibre budgétaire. Ce vote n’aura pour effet que de gagner un peu de temps.

    C’est la très grande majorité des travailleurs grecs qui est à la source d’une solution à long terme de ce problème de finances publiques. Ils doivent mettre l’épaule à la roue en devenant plus productifs et plus compétitifs, en réduisant l’évasion fiscale et en acceptant que leur gouvernement n’offre que des services qu’il peut payer.

    Comme dans le cas d’un pays qui fait face à un envahissement militaire, les Grecs doivent se serrer les coudes et agir de façon coordonnée. Ce n’est pas le temps de se bagarrer eux.

    Les Grecs sont dans la même situation qu’une personne qui a vécu pendant un bon bout de temps au dessus de ses moyens en empruntant des plus en plus. Le retour à un niveau de vie compatible avec ses revenus et avec les obligations reliées au service et au remboursement de la dette accumulée, nécessitera de nombreux sacrifices et impliquera une baisse du niveau de vie.

    Même si les Grecs décidaient de ne pas honorer leurs titres de dette et de sortir de la zone euro en émettant leur propre monnaie, ils feraient face à une forte baisse de leur niveau de vie.