Les ménages s'endettent plus que jamais

Un Canadien sur cinq serait incapable de faire face à une dépense imprévue de 5000 $, même en faisant appel à l'assistance temporaire d'une carte de crédit ou d'une marge de crédit.
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Un Canadien sur cinq serait incapable de faire face à une dépense imprévue de 5000 $, même en faisant appel à l'assistance temporaire d'une carte de crédit ou d'une marge de crédit.

Les Canadiens sont plus endettés que jamais, et si un certain renversement de tendance semble enfin s'amorcer, le niveau de vulnérabilité de certains groupes au moindre choc venu se révèle alarmant, rapporte une étude.

La dette des ménages a atteint un nouveau sommet au début de l'année au Canada en s'élevant à 146,9 % de leur revenu, comparativement à 144 % à la fin 2009, dit un rapport de recherche de l'Association des comptables généraux accrédités du Canada (CGA-Canada) dévoilé hier. S'il fallait la répartir également entre tous les Canadiens, cette dette totale de 1500 milliards équivaudrait à 176 461 $ pour chaque famille avec deux enfants.

Intitulé: «Les consommateurs canadiens ont-ils encore les moyens d'être un moteur de l'économie?», le rapport de 96 pages précise que la situation financière des Canadiens s'est généralement améliorée avec la reprise économique et que leur niveau d'endettement demeure dans la moyenne des autres pays développés. On se réjouit particulièrement du fait que le rythme de croissance de cet endettement des ménages semble ralentir au pays, et ce, moins parce que le crédit aurait commencé à se faire plus rare ou plus cher, mais grâce à «un changement d'attitude des ménages et de choix personnels».

Mais ce ralentissement n'a pas encore mené à un renversement. «La dette du ménage type s'accroît, a souligné l'un des auteurs du rapport, Rock Lefebvre, vice-président, Recherche et normalisation à CGA-Canada. En outre, la situation financière de certains groupes de ménages est bien pire que la moyenne et continue de se détériorer. On ne s'en aperçoit pas si on ne regarde que la situation nationale dans son ensemble.» La situation reste, en effet, préoccupante à plusieurs égards.

Longtemps attribué à l'acquisition d'actifs, notamment de maisons dont les prix ne cessaient pas d'augmenter, cet accroissement de la dette serait, en fait, principalement dû à la consommation. Plus de la moitié (57 %) des répondants à un sondage réalisé spécialement ont affirmé que leur principale raison de contracter plus d'emprunts est «uniquement d'assurer leurs dépenses de tous les jours, comme la nourriture, les vêtements et le transport». Par comparaison, seulement 19 % ont attribué cet endettement à des investissements réputés être générateurs de richesse, comme acheter une résidence ou entreprendre des études.

Cette situation s'explique sans doute en partie par le coût de la vie qui continue d'augmenter, alors que 58 % des Canadiens sondés indiquent que le revenu de leur ménage est resté stable ou a diminué au cours des trois dernières années et que, parmi les chanceux qui disent que leurs revenus ont augmenté, 86 % parlent d'une «hausse modeste».

Les familles monoparentales et les ménages dont le revenu est inférieur à 50 000 $ par année sont de ceux qui courent le plus de risques d'être entraînés par le fond sous le poids de leurs dettes. Davantage de Canadiens arrivent aussi endettés à la retraite, un tiers des ménages retraités ayant une dette moyenne de 60 000 $.

Il suffit parfois de bien peu pour qu'un événement inattendu tourne au drame financier. La moitié des Canadiens sondés croient qu'une réduction de salaire de l'ordre de 10 % suffirait pour affecter de façon marquée leur bien-être financier. Un Canadien sur cinq serait incapable de faire face à une dépense imprévue de 5000 $, même en faisant appel à l'assistance temporaire d'une carte de crédit ou d'une marge de crédit. Ce montant n'a qu'à s'élever à 500 $ pour mettre en difficulté financière un Canadien sur dix. Il est vrai que plus du quart (27 %) des Canadiens disent ne pas épargner régulièrement, même en prévision de leur retraite.

Quatre personnes sur cinq (82 %) estiment pourtant avoir leurs finances parfaitement en main ou même avoir les moyens d'emprunter encore un peu plus.

Un problème politique et personnel

Certaines provinces présentent des différences importantes en ce domaine, mais le Québec correspond assez bien à la moyenne canadienne, disent les auteurs du rapport.

Ils font remarquer que les mesures adoptées récemment par les gouvernements pour corriger le problème d'endettement — en resserrant, par exemple, les règles hypothécaires — ne sont pas arrivées à renverser la situation. «Il est important que l'évolution de la dette des ménages soit suivie de près par les décideurs, particulièrement en ce qui concerne les politiques et les mesures incitatives qui encouragent les Canadiens à assainir leurs finances», a déclaré Rock Lefebvre.

On conseille également aux ménages de se méfier de ce qu'on dit sur la bonne santé de l'économie canadienne et de se pencher sérieusement sur leur propre cas. «Avec les déficits croissants des gouvernements, la mondialisation de la concurrence et les pressions anticipées sur les régimes de retraite, les Canadiens auront tout intérêt à bien s'occuper de leurs ressources personnelles», a observé Anthony Ariganello, président et chef de la direction de CGA-Canada.
7 commentaires
  • Roland Berger - Inscrit 15 juin 2011 07 h 34

    Mimétisme coupable

    Il s'agit d'un exemple probant de mimétisme coupable. Les ménages ne devraient pas imiter les gouvernements. Ça leur apprendra...
    Roland Berger

  • Gaston Bourdages - Inscrit 15 juin 2011 07 h 40

    Puis-je avoir un comportement grivois...

    ...en écrivant, pour employer l'expression de «ma» très chère épouse et compagne de vie, autant petit que grand «V», Denise ? «On se doit le c..!»
    À faire peurs ces statistiques des CGA ! L'endettement à ce point serait-il irréfutable preuve que celles et ceux affectés par cet endettement sont dans cette effrénée course vers LE bonheur? Si oui, je fronce sourcils et je plisse des lèvres. J,ai déjà «brassé» millions$ de chiffre d'affaires. J'y ai expérimenté donc connu pouvoirs conférés par ce «dieu» dollar. Je n'avais ni compétences ni intelligence requises pour «brasser» ces millions et j'ai tout perdu....aux «profits» (sic...) d'un ex-associé aux comportements aussi véreux que les miens. Mais encore ? Aujourd'hui, de condition matérielle dite d'état statistique de pauvreté, je me considère, humblement pauvre et heureux, heureux et pauvre mais pas nécessairement heureux d'être pauvre. Un fait nous est assuré à Denise et à moi, nous ne participons pas à ce bal (sic) vers l'endettement. Âgé de 67 heureux printemps, je suis à rembourser ma dette d'étudiant...je suis retourné aux études à 58 ans...et effectuerai, si j'y ai encore vie, mon dernier versement de remboursement de prêt alors que mon horloge de vie indiquera 78 automnes...j'en souris et remercie pour toute cette aide qui m'a été donnée de pouvoir reprendre mes études à l'époque.
    Quant à celles et ceux surendettés, je leur partage mes craintes voire mes tristesses...s'il fallait que l'emploi fasse défaut....ouache!
    Mes respects,
    Gaston Bourdages
    Simple citoyen - écrivain en devenir
    Saint-Valérien de Rimouski
    www.unpublic.gastonbourdages.com

  • François Dugal - Inscrit 15 juin 2011 10 h 37

    Courageux canadiens

    Si les ménages canadiens ne s'endettaient pas, l'économie tomberait et les banques feraient faillite.
    Remercions ces courageux canadiens pour leur inlassable travail et leur abnégation.

  • Labelle Michel - Inscrit 15 juin 2011 12 h 08

    Merci François Dugal


    Quel commentaire brillant!

    En 25 mots, vous avez démystifié le fonctionnement de l'économie capitaliste.

    Quel tour de force!

    Merci au Devoir d'avoir publié un tel commentaire qui n'a aucune rectitude politique.

    Félicitations au Devoir et à vous François Dugal.

  • Bernard Terreault - Abonné 15 juin 2011 15 h 10

    Haro sur les cartes de crédit

    Il faut limiter les taux d'intérêt sur les cartes à 5% le taux d'inflation (ce qui ferait 7-8% actuellement). Les taux usuraires actuels sont une manière pour les banques de récupérer leurs pertes suite aux nombreuses faillites personnelles des gens incapables de rembourser. Alors les banques ne donneraient de cartes qu'après avoir bien évalué la cote de crédit du client. Les gens devraient vivre selon leurs moyens et nous n'en serions pas plus malheureux. Les télés super écran, les billets de spectacle à 100$, les voyages à Vegas, les caisses de 24, même les cafés et beignes Tim Horton ne sont pas des besoins essentiels quand on peut se faire du café et des toasts pour pas cher à la maison avant de partir au boulot. Sans parler des chars deux fois plus gros que ce dont on a besoin.