Monique Leroux: le pouvoir de l'exemple

Monique Leroux: «De bonnes candidatures, il y en a. Et il va y en avoir encore plus. Le talent est présent. Il faut le mettre en action.»<br />
Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir Monique Leroux: «De bonnes candidatures, il y en a. Et il va y en avoir encore plus. Le talent est présent. Il faut le mettre en action.»

Monique Leroux reçoit les honneurs. La présidente et chef de la direction du Mouvement Desjardins retient l'attention pour sa contribution à l'avancement et à la défense des femmes au sein des entreprises canadiennes. La première femme à présider l'institution coopérative québécoise estime que le talent (féminin) est présent, en abondance, mais encore faut-il le mettre en action. Des objectifs précis, notamment quant à la représentation des femmes au sein des conseils d'administration, s'inscrivent dans cette voie. «Avec un taux de représentation de 30 % et plus, on commence à avoir de la profondeur», avance-t-elle.

«Je ne veux pas revenir sur mon âge. Mais lorsque j'étais une jeune comptable agréée, on dénombrait moins de 10 % de femmes dans les cabinets d'experts-comptables. Cela valait jusqu'au début des années 1980.» Les choses ont changé. On observe un nombre accru de femmes en affaires, occupant des fonctions de première ligne. «Elles sont cependant encore peu nombreuses dans les postes d'influence et de direction», a souligné Monique Leroux.

Partisane de la diversité et de la représentativité d'une réalité autour des tables de discussion et au sein des groupes décisionnels, la présidente du Mouvement Desjardins soutient que l'intérêt féminin pour la chose économique et financière est bien réel. «Oui, clairement. Je fais beaucoup de mentorat et j'observe que tant l'intérêt et la capacité que l'expérience sont là. Il reste toutefois un petit bout à faire. Un geste de confiance à poser, tant chez les hommes que chez les femmes, quoique ce petit manque de confiance peut être plus culturel chez la femme.»

Monique Leroux parle de conjoncture favorable, que l'on voit notamment se cristalliser dans cette réflexion, devenue mondiale, autour de la présence des femmes au sein des conseils d'administration. Sur ce thème, elle ne se veut pas nécessairement partisane de l'approche européenne, qui privilégie la formule du quota féminin. En France, on retient la démarche législative visant à imposer aux entreprises françaises un quota de 20 % en 2014, appelé à doubler en 2017. Au Royaume-Uni, on semble plutôt pencher en faveur d'une action incitative et volontaire avec, pour objectif, un taux de représentation de 25 % d'ici 2015.

Mme Leroux rappelle tous ces droits, gagnés depuis peu dans le monde occidental. Et elle évoque ces endroits, ces pays où tout reste à faire. «Je ne suis pas en faveur d'une formule stricte, compte tenu de ses effets pervers. Et l'approche par quota n'est pas parfaite. Elle a cependant pour mérite d'aider à faire reconnaître des talents.» Mme Leroux se fait l'apôtre d'un engagement clair, avec des objectifs précis, au moins pour les entreprises et organisations publiques et parapubliques. «Que ce soit 20 ou 30 %... Disons qu'à 30 % et plus on commence à avoir de la profondeur. Le réseau se crée et s'autonourrit. L'entonnoir des candidatures s'agrandit.»

«De bonnes candidatures, il y en a. Et il va y en avoir encore plus. Le talent est présent. Il faut le mettre en action.»

Le dîner annuel de remise des prix de Catalyst Canada aura lieu le 18 octobre prochain. L'Association consacrée à l'avancement des femmes et des affaires retient de Mme Leroux qu'elle est la première femme à accéder au poste de présidente et chef de la direction du Mouvement Desjardins et à diriger l'une des dix principales institutions financières canadiennes. «Monique F. Leroux a fait des pas de géant pour accroître la diversité au sein du plus important groupe financier coopératif au Canada. Mme Leroux a procédé à une restructuration organisationnelle sans précédent et mis sur pied dix équipes de travail multidisciplinaires dotées d'un nombre égal d'hommes et de femmes, envoyant un message clair quant à l'égalité des sexes chez Desjardins, souligne Catalyst. Mme Leroux agit comme marraine et mentor passionnée de nombreuses femmes, s'adresse régulièrement aux divers réseaux de femmes du Mouvement Desjardins et a élaboré de nombreux programmes visant à établir une solide relève de femmes dans le domaine bancaire. Mme Leroux est également active au sein de divers conseils d'administration et organisations de partout au Canada qui soutiennent l'avancement et le perfectionnement des femmes.»

«Cet honneur, cette reconnaissance, déborde la personne pour toucher l'organisation.» Monique Leroux parle du privilège qui lui est donné de diriger une telle institution avec autant d'employés. Un privilège qui s'accompagne toutefois d'exigences, de certaines responsabilités. «Durant ma carrière, j'ai toujours essayé de bien faire les choses. D'en faire un peu plus, en étant consciente de l'impact pour moi, mais aussi pour les autres.»