Monique Leroux devant le Board of Trade, à Toronto - Les vertus du partage et de la coopération

Monique Leroux, présidente et chef de la direction du Mouvement Desjardins<br />
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Monique Leroux, présidente et chef de la direction du Mouvement Desjardins

La présidente et chef de la direction du Mouvement Desjardins, Monique Leroux, a profité hier de première allocution devant le Toronto Board of Trade pour lancer un appel à la «coopération» entre Montréal et la Ville reine afin de mieux faire face à la concurrence mondiale pour attirer les investissements.

«Dans l'économie mondiale d'aujourd'hui, nous ne nous faisons pas concurrence entre nous. Plutôt, nous rivalisons avec de puissantes villes américaines comme Boston, New York et Chicago, et avec des géants mondiaux comme Londres, Paris, Singapour, Hong Kong et Mumbai.» Toronto, Montréal et les autres grandes villes canadiennes ne peuvent donc faire autrement que de travailler en coopération afin de «présenter au monde un message uniforme sur les nombreuses forces et possibilités du pays».

Sans cette volonté de travailler ensemble, a-t-elle dit, il sera très ardu d'attirer les investissements, mais aussi des industries du savoir et une main-d'oeuvre hautement qualifiée.

Surtout que les grandes villes canadiennes que sont Montréal et Toronto ont déjà de sérieux problèmes à régler, selon Mme Leroux: une infrastructure vieillissante, des réseaux de transport et de transport en commun engorgés, des retards sur le plan de la productivité et de l'innovation, et des niveaux de pauvreté et d'iniquité croissants. «Toronto et Montréal sont des villes aisées et modernes où trop de gens vivent dans la pauvreté, a-t-elle rappelé. Elles sont en train de devenir des villes de riches et de pauvres où la classe moyenne s'amenuise et est forcée de s'installer en banlieue. Ce n'est pas sain. Ce n'est pas viable. Ce n'est pas le Canada que je connais.»

Selon Mme Leroux, l'écart grandissant entre les riches et les pauvres, mais aussi le quasi-effondrement du système financier mondial, mettent les experts économiques au défi de repenser les règles qui régissent le milieu des affaires.

Elle a d'ailleurs tenu à citer Michael Porter, professeur de commerce à Harvard, qui a avancé dans un récent numéro du Harvard Business Review que les entreprises se confinent à une approche désuète à l'égard de la création de la valeur. Selon lui, leur approche restreinte «se concentre seulement sur la performance financière à court terme et passe à côté des besoins pressants des clients et fait fi des grands facteurs déterminants de leur succès à long terme».

Selon le professeur Porter, la solution réside dans le principe d'une «valeur partagée», qui consiste à créer une valeur économique d'une manière qui crée aussi de la valeur pour la société en abordant ses besoins et ses défis.

Mme Leroux a d'ailleurs soutenu aux gens d'affaires de Bay Street que la valeur partagée décrirait bien le modèle d'entreprise coopératif de Desjardins. «Nous ne travaillons pas pour un groupe d'actionnaires bien nantis. Nous travaillons pour nos 5,8 millions de membres, de clients et de collectivités. Lorsqu'ils prennent de l'expansion et réussissent, nous en faisons autant, en partenariat avec eux. Pour moi, c'est l'essence même d'une "valeur partagée".»