Terres rares cherchent preneurs

Une course s'est engagée entre les compagnies minières canadiennes et étrangères afin de déterminer lesquelles d'entre elles arriveront à temps pour profiter de la pénurie annoncée de terres rares, mais avant cela, lesquelles attireront les rares investisseurs capables de faire décoller leurs projets.

«La course des terres rares est lancée», annonce la firme mondiale de consultants Ernst & Young dans une étude de 27 pages dévoilée hier. La demande de certains de ces minerais, utilisés notamment dans toutes sortes d'appareils électroniques et de technologies vertes, pourrait bondir de 60 % au cours des cinq prochaines années seulement, alors même que le principal pays producteur, la Chine, décide de garder de plus en plus pour elle cette ressource. Cette situation représente une occasion unique pour les entreprises canadiennes et d'autres pays de rétablir une chaîne d'approvisionnement en dehors de la Chine, souligne-t-on. Les entreprises qui commenceront à produire en premier seront les plus susceptibles de profiter de la hausse des prix jusqu'à ce qu'un équilibre entre l'offre et la demande se rétablisse peu à peu.

«Le Canada est très bien positionné en raison de la présence de gisements des terres rares dans son sous-sol et du fait qu'il reste l'un des pays préférés des compagnies minières, a observé en entretien téléphonique au Devoir Zahid Fazal, expert du secteur minier chez Ernst & Young. Plusieurs projets sérieux y sont d'ailleurs en cours, mais l'on ne s'attend pas à ce qu'ils puissent entrer en production avant 2015 ou 2016. La situation a le temps de changer d'ici là.»

Le Canada dans les rangs

Une compagnie aux États-Unis (Molycorp) et une autre en Australie (Lynas) ont déjà commencé leur production et pourraient constituer à elles seules respectivement 25 % et 15 % de l'offre mondiale dès 2013. Tout porte à croire que ce sont elles qui rafleront le gros des profits à faire des prix élevés actuels. Leurs activités se concentrent toutefois dans les terres rares dites «légères», telles que le lanthanum et le cérium, ce qui laisse toute la place à des entreprises qui voudraient répondre aux besoins de terres rares dites «lourdes», comme le dysprosium, l'europium et le terbium.

Contrairement à ce que pourrait laisser croire leur nom, les 17 éléments qui appartiennent à la famille des «terres rares» se retrouvent en assez grandes quantités dans la croûte terrestre. Selon Ernst & Young, la Chine disposerait de 50 % des réserves mondiales de terres rares, les États-Unis, de 12 %, l'Inde, de 3 % et l'Australie, d'un peu plus de 1 %. On dit ne pas connaître le poids relatif du Canada. Sur la trentaine de projets d'exploitation en cours à l'extérieur de la Chine sur lesquels son étude se penche, il s'en trouve quatre au Canada, dont deux au Québec: l'un près de Schefferville (Quest Rare Minerals) et l'autre près de Kuujjuaq (Commerce Resources).

Un article du Canadian Mining Journal en recensait au moins quatre autres au Québec en novembre, notamment à la Baie-James et en Abitibi-Témiscamingue. Des gisements ont aussi été trouvés sur la Côte-Nord et en Gaspésie. Le premier ministre, Jean Charest, n'a d'ailleurs pas manqué de mentionner les réserves de terres rares du Québec, lundi, au moment de dévoiler les détails de son Plan Nord.

Incertitudes

L'un des principaux problèmes que rencontreront tous ces projets, note Ernst & Young, sera leurs coûts importants et la rareté des investisseurs et des capitaux. Cette rareté tient notamment aux nombreuses incertitudes qui entourent le secteur quant aux futurs niveaux de la demande mondiale.

Il y a fort à parier que la demande de téléphones cellulaires, de disques durs d'ordinateur, d'écrans plats de télévision, de batteries de voitures électriques, de fibre optique, d'alliages aérospatiaux et autres systèmes antipollution de voitures, dans la fabrication desquels entrent actuellement ne serait-ce que de petites quantités de terres rares, ne diminuera pas dans les prochaines années, au contraire. On prévoit même, au rythme où vont les choses, que la Chine, qui comptait encore récemment pour 97 % de la production mondiale de terres rares, se transformera en importatrice nette quelque part entre 2012 et 2015. D'un autre côté, souligne l'étude, les quantités de minerais nécessaires restent relativement modestes et plusieurs entreprises planchent activement sur la mise au point de moyens de réduire encore plus ces quantités, de produits de substitution et de processus de récupération.

Ernst & Young s'attend donc à ce que quelques nouvelles grandes entreprises s'imposent dans le secteur et que tous les autres projets en cours soient rachetés ou abandonnés.

Le rôle des gouvernements

On sait désormais que le gouvernement chinois entend se doter d'une industrie forte et dominante dans le domaine. Des pays où la demande est élevée mais l'offre nulle, comme le Japon et la Corée du Sud, ont pris le parti de financer de nouveaux projets d'exploitation en échange de garanties d'approvisionnement. Au Canada, dit Zahid Fazal, le moyen habituel d'aider l'industrie minière est de lui accorder toutes sortes de privilèges fiscaux, comme des crédits d'impôt à l'exploration. «Ça pourrait faire.»
3 commentaires
  • Roger Lapointe - Abonné 12 mai 2011 08 h 33

    Terres rares ou terres précieuses?

    Devrait-=on dire terres précieuses au lieu de terres rares en français?
    Simple question de vocabulaire,car elles peuvent être précieuses sans être rares.

  • Jean-Pierre Martel - Abonné 12 mai 2011 09 h 45

    C'est pas simple

    La Chine a décidé d'utiliser son "monopole" actuel sur la production des Terres rares comme moyen d'inciter les entreprises technologiques qui en ont besoin à transférer leur production en Chine afin d’échapper aux pénuries d’approvisionnement qui s’annoncent à l’extérieur de ce pays.

    Ce n'est pas le seul avantage de la délocalisation vers la Chine. Le faible coût de sa main-d'oeuvre et l'absence de protection sociale des employés chinois est un argument tout aussi important.

    Accorder des crédits d'impôts n'y changerait rien : le Québec est déjà un des endroits au Monde où les compagnies minières paient le moins de redevances.

    Est-on prêt à subventionner les minières à raison de 95% du coût de leur main-d'oeuvre afin de demeurer concurrentiels avec la Chine ? Veut-on faire la même chose avec les entreprises électroniques qui déplaceront leur production vers ce pays ?

    (Référence : http://jpmartel.wordpress.com/2011/01/10/les_terre )

  • Bernard Terreault - Abonné 12 mai 2011 16 h 07

    @roger lapointe

    "terres rares" est le terme utilisé par les chimistes depuis au moins 60 ans (quend j'étais sur les bancs d'école) pour désigner cette série d'éléments métalliques, rares en comparaison des métaux communs, mais rarement précieux. En passant, quand Ernst