Le français Lactalis lance une OPA sur l'italien Parmalat

Lactalis offre 4,7 milliards $CAN pour acheter Parmalat.<br />
Photo: Agence France-Presse (photo) Andreas Solaro Lactalis offre 4,7 milliards $CAN pour acheter Parmalat.

Milan — Le groupe français de produits laitiers Lactalis a lancé hier une offre publique d'achat de 3,4 milliards d'euros [environ 4,7 milliards $CAN] sur son concurrent italien Parmalat, poussant l'Italie et la France à tenter de désamorcer toute querelle entre les deux pays sur la question.

Lactalis propose 2,6 euros par action Parmalat pour donner naissance au numéro un mondial des produits laitiers, avec un chiffre d'affaires pro forma combiné de 14 milliards d'euros [19, 5 milliards $CAN]. Le groupe familial français, numéro un européen des produits laitiers, est monté à 29 % du capital de son concurrent italien le mois dernier, devenant son premier actionnaire. Cette offensive a fait craindre au gouvernement de Silvio Berlusconi qu'un des grands noms de l'agroalimentaire de la péninsule ne tombe en des mains étrangères.

Le lancement de l'O.P.A. a été annoncé quelques heures avant une réunion entre le président du Conseil italien et le président français Nicolas Sarkozy visant à apaiser les relations entre les deux pays. Ces rapports se sont tendus du fait de l'appétence des groupes français pour les entreprises italiennes et l'arrivée d'immigrants d'Afrique du Nord liée aux crises tunisienne et libyenne.

«Je ne considère pas que cette O.P.A. soit hostile», a déclaré Silvio Berlusconi lors d'une conférence de presse commune à l'occasion du 29e sommet franco-italien. Nicolas Sarkozy a ajouté que Rome et Paris allaient mandater chacun un haut fonctionnaire pour tenter de «rapprocher les positions» entre Lactalis et Parmalat.

Le gouvernement italien est très préoccupé des visées des groupes français sur les grandes sociétés italiennes, avec notamment le dossier EDF-Edison et le rachat du joaillier Bulgari par le groupe de luxe LVMH.

La bataille pour le contrôle de Parmalat a incité le gouvernement italien à étudier la création d'un fonds pour investir dans des sociétés jugées stratégiques. Parmi les actionnaires de ce consortium figureraient la holding d'État Cassa Depositi e Prestiti (CDP) et les banques Intesa Sanpaolo, UniCredit et Mediobanca.

«Ce qu'a fait Lactalis était la meilleure chose qu'elle puisse faire. La prochaine étape sera sans doute une contre-offre italienne», estime Simone Ragazzi, analyste chez l'italien Centrobanca, qui précise que cette possibilité reste encore floue.

Le prix proposé par Lactalis, qui n'est pas coté en Bourse, représente une prime de 21,3 % par rapport au cours de Parmalat des 12 derniers mois, a précisé le groupe français.

Lactalis, groupe basé à Laval, en France, détenant des marques comme Lactel, Président, La Laitière ou encore Galbani, dit vouloir maintenir la cotation en Bourse du groupe.

Gertjan Van Der Geer, responsable d'investissements à la banque suisse Pictet, trouve «bizarre» le maintien de la cotation de Parmalat. «C'est sans doute pour donner un parfum d'Italie», estime-t-il. À son avis, il serait «beaucoup plus intéressant» de faire entrer Lactalis en Bourse à la fois en France et en Italie. Il estime que2,6 euros par titre est un «juste prix», étant donné que l'action avait beaucoup monté auparavant, et juge que Lactalis pourrait utiliser à bon escient le comptant de Parmalat.

Le groupe italien est considéré comme une cible intéressante notamment en raison de la trésorerie de 1,4 milliard d'euros accumulée principalement au fil des accords de règlement consécutifs à la renaissance du groupe agroalimentaire après son spectaculaire dépôt de bilan en 2003.

Selon des analystes, le rachat de Parmalat pourrait permettre à Lactalis de développer au-delà de son activité dans les fromages et de prendre pied sur des marchés comme le Canada, l'Afrique du Sud ou l'Australie.