La Honda Civic 2012 : le remodelage d'un classique

La «nouvelle » Civic: une refonte plus que discrète.
Photo: Source Honda La «nouvelle » Civic: une refonte plus que discrète.

En 1985, la compagnie Coca-Cola a commis un impair qui est, par la suite, passé à l'histoire comme étant la pire gaffe de mise en marché de XXe siècle: le remplacement de sa boisson mythique par ce qu'on a appelé, à l'époque, le «Nouveau Coke». Quelques semaines plus tard, sous le feu nourri des critiques et les pressions de mouvements populaires, la multinationale devait faire marche arrière et ramener son «ancien» Coke, rebaptisé pour l'occasion «Coke Classique».

Conclusion de l'épisode: quand vous êtes numéro un des ventes dans un segment, il est extrêmement délicat de repositionner votre produit ou de changer sa recette! Et si vous osez, cela peut rapidement tourner à la catastrophe. C'est probablement le genre de désagrément que Honda a voulu éviter en présentant la neuvième génération de sa Civic dont les différentes déclinaisons seront lancées graduellement sur le marché au cours des prochains mois. Bien qu'il s'agisse officiellement d'une toute nouvelle Civic, il serait peut-être plus avisé de parler d'une Civic Classique.

Frilosité

Dans un contexte économique précaire, Honda n'a donc pas voulu prendre de risque avec une voiture qui trône depuis treize ans au sommet des ventes canadiennes et qui, même après six ans sur le marché (un an de plus que ce qui était prévu à l'origine), ne démontrait pas de signes d'essoufflement. En effet, cette Civic a toujours fait bonne figure face à ses rivales et elle n'avait pas pris une ride. Bien qu'elle n'ait jamais été le produit le plus spectaculaire ni le plus joli de sa catégorie, elle savait demeurer une proposition intéressante avec sa fiabilité rassurante, sa sécurité et son agrément de conduite.

Ainsi, pour minimiser les risques et peut-être, on s'en doute, les investissements, la Civic 2012 n'est qu'une évolution très en douceur qui conserve les principales caractéristiques de la génération précédente. Le gabarit général du véhicule est préservé puisque c'est la même architecture qui est employée. De même pour la motorisation qui progresse, certes, mais dans les détails seulement (sauf pour la version sportive Si qui a droit à une augmentation de cylindrée significative). À première vue, on peut conclure qu'il s'agit là d'un simple restylage et non pas d'une refonte en profondeur, mais ce n'est pas le cas.

Il n'en fallait pas plus pour que plusieurs de mes collègues journalistes automobiles, tant américains que canadiens, déchirent leur chemise lors de la présentation en avant-première de la Civic 2012 en janvier au Salon de Detroit. Ils s'attendaient à une révélation, une révolution, une transfiguration... et ils ont eu droit à un plat réchauffé. Ces gens sont endurcis et habitués à l'esbroufe des constructeurs qui rivalisent à coup d'innovation technologique et de déclarations fracassantes. Alors, quand Honda s'amène humblement, en se contentant de revamper un classique, ce sont les huées qui fusent!

Bien entendu, il ne faut pas être un observateur très assidu de la scène automobile pour constater que ce constructeur nippon n'a plus sa touche magique des années 1980 et 1990, quand Honda présentait des véhicules révolutionnaires qui séduisaient tant par la fraîcheur de leur style que par l'élégance de leur ingénierie. De là à conclure qu'ils ont perdu le contact avec ce qui assure le succès de leurs produits auprès des consommateurs, il y a un pas que je n'oserai franchir.

Plusieurs Civic

D'ailleurs, il y a plusieurs déclinaisons de la Civic, et chacune attire une clientèle différente. Si la berline s'adresse à des automobilistes de plus en plus âgés, le coupé deux-portes au style plus dynamique veut séduire les jeunes dans la vingtaine. Il y a aussi les versions performantes (Si) et la version à motorisation hybride qui trouveront preneur auprès de conducteurs aux motivations et aspirations diamétralement opposées.

Pour sa gamme 2012, Honda aura eu le génie, par une série d'améliorations ciblées, de donner à chacun de ses clients potentiels des raisons supplémentaires d'acheter une Civic: la berline est marginalement plus économique à l'usage et à l'achat, et est encore plus sécuritaire qu'avant. La version Hybrid passe à la technologie des batteries Li-ion, plus compactes, plus légères, mais aussi plus puissantes. Cela confère plus d'autonomie et permet même de faire avancer le véhicule en mode électrique, seulement à certains régimes. La puissance du moteur électrique passe de 15 à 20 kW, ce qui procure une courbe de couple parfaitement plate à 127 lb-pi entre 1000 à 3500 tr/min lorsqu'on combine l'apport des deux moteurs. Avec cette voiture j'ai été capable de réaliser un parcours routier qui comprenait un tronçon d'autoroute en obtenant une consommation moyenne de 3,6 litres/100 km. Il s'agissait là d'un record parmi les journalistes canadiens présents au lancement de la Civic 2012, et mes collègues aux semelles plus pesantes ont, pour la plupart, réussi des scores un tantinet en deçà des 5 litres/100 km à bord de la Civic Hybrid. Quant aux versions plus épicées de la Civic, les berlines et coupés Si, elles sont désormais dotées d'un moteur 2,4 litres de 201 ch qui offre une courbe de couple passablement plus charnue qu'avant entre 3000 et 6000 tr/min. Par leur niveau de performance, ces voitures sauront certainement séduire les amateurs du genre.

Parmi les raffinements qu'apporte la cuvée 2012, mentionnons aussi l'arrivée du mode ECO qui n'est plus exclusivement réservé aux versions Hybrid, et qui permet de réaliser des économies de carburant en modifiant la réponse du moteur et de la boîte de vitesse face aux sollicitations du conducteur. La caisse de la voiture, bien que très similaire et marginalement plus jolie, est à la fois plus légère et plus rigide qu'avant, ce qui amène à la fois plus de sécurité et une meilleure tenue de route. Le comportement routier est aussi amélioré par les systèmes d'assistance électronique VSA et EPS qui ont subi une recalibration. Par ailleurs, on aurait bien aimé voir une boîte automatique à six rapports faire son apparition dans la Civic, afin de faire jeu égal avec ses rivales les plus aguerries, mais on devra encore attendre.

Agrandir par l'intérieur


Malgré son immense popularité, la Civic de huitième génération n'avait pas que des qualités. Ce n'était pas la championne de l'habitabilité, et l'espace était limité, particulièrement le dégagement pour la tête des passagers à l'arrière. De plus, le coffre à bagages était un peu chiche, même pour une compacte. Paradoxalement, on se permettait de gaspiller une place folle à l'avant, avec une planche de bord très longue, engendrée par l'inclinaison radicale du pare-brise. En conservant la même structure, le modèle 2012 tente néanmoins de grappiller quelques millimètres par-ci par-là afin d'améliorer le volume de l'habitacle.

Et si l'on doit reprocher quelque chose à cette Civic Classique, c'est l'organisation de son tableau de bord et de ses instruments qui, eux, sont loin de faire dans le classicisme. C'est un pur cauchemar visuel avec un emboîtement de volumes qui peut vous coller le mal des transports (ou la migraine) si vous le fixez trop longtemps, allié à une disposition des fonctions apte à pousser un ergonome au suicide. Cela, sans mentionner la texture des plastiques — imitation fibre de verre — qui provoquera des démangeaisons juste à les regarder.

Avec cette refonte plus que discrète, la Civic ne change pas sa recette qui fait recette. Elle préserve et bonifie les attributs qui lui ont fidélisé une légion d'acheteurs. À n'en pas douter, elle conservera sa couronne et trônera encore au sommet des palmarès de ventes pour quelques années encore. Mais on peut aussi se demander si Honda, en jouant ainsi la carte du conservatisme, ne nuit pas à long terme à sa réputation de compagnie innovatrice. On verra aussi si ses rivales américaines, coréennes ou allemandes, profiteront de cet immobilisme pour lui ravir son titre, ou si cette Civic saura rester pertinente et dominante au cours des six prochaines années. On s'en reparlera en 2017.

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Collaborateur du Devoir

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