Mine Jeffrey obtient le feu vert de Québec

Le ministre du Développement économique, de l'Innovation et de l'Exportation, Clément Gignac<br />
Photo: - archives Le Devoir Le ministre du Développement économique, de l'Innovation et de l'Exportation, Clément Gignac

Le gouvernement Charest donne finalement son accord de principe au projet de relance de Mine Jeffrey, malgré les nombreuses critiques émanant du secteur de la santé au sujet des risques que pose l'utilisation de l'amiante chrysotile. Reste maintenant à l'entreprise d'Asbestos à compléter son montage financier pour obtenir la garantie de prêt demandée à Québec.

«J'ai fait part au promoteur que le gouvernement a donné aujourd'hui son accord de principe au projet de relance de Mine Jeffrey, a indiqué hier le ministre du Développement économique, de l'Innovation et de l'Exportation, Clément Gignac, par voie de communiqué. Cependant, celui-ci demeure toujours conditionnel à la finalisation du montage financier. Il s'agit donc d'une étape importante qui est franchie dans la réalisation du projet. Nous espérons que cela aidera le promoteur à compléter son financement.»

Mine Jeffrey a maintenant jusqu'au 1er juillet pour compléter son montage financier et le présenter à Québec, a précisé l'attachée de presse du ministre, Jolyane Pronovost. À partir de ce moment, l'obtention de la garantie de prêt de 58 millions de dollars réclamée par l'entreprise et ses partenaires ne devrait être qu'une formalité. Le président de l'entreprise, Bernard Coulombe, dit d'ailleurs avoir bon espoir de compléter les démarches selon l'échéancier fixé, après des mois d'attente d'une décision de la part du gouvernement.

M. Coulombe a aussi insisté sur la nécessité de cette garantie de prêt pour relancer les activités dans la mine souterraine, où ont déjà débuté certains travaux préparatoires en vue de relancer les opérations à l'automne. Selon lui, il est en effet pratiquement impossible d'obtenir un prêt de la part d'une institution financière en raison de la mauvaise réputation de ce minerai cancérigène.

Cette garantie de prêt s'accompagnerait toutefois de «plusieurs conditions», a précisé hier

M. Coulombe. L'une d'elles stipule qu'une «firme indépendante» devrait visiter régulièrement les clients de Mine Jeffrey pour, selon lui, «s'assurer que nos clients utilisent le chrysotile de façon aussi sécuritaire que nous». Les clients pour la fibre d'amiante se situent dans une vingtaine de pays, dont l'Inde, le Pakistan, la Chine, l'Indonésie et le Mexique. Des pays où les règles de protection des travailleurs n'ont rien à voir avec ce qui existe au Canada.

Outre l'appui du gouvernement libéral — annoncé à quelques heures du deuxième débat des chefs des partis fédéraux —, Mine Jeffrey travaille avec un «groupe d'investisseurs internationaux» réuni par l'entreprise indienne Balcorp. Le consortium compte investir jusqu'à 25 millions de ses propres fonds dans l'entreprise.

Balcorp Limited est dirigée par Baljit S. Chadha. Cet homme d'affaires a récolté 19 000 $ pour le Parti libéral du Québec en 2009, lors d'un cocktail de financement à sa résidence de Westmount où Jean Charest était l'invité d'honneur. M. Chadha est actuellement inscrit au registre des lobbyistes pour un mandat en rapport avec la demande de garantie de prêt de 58 millions de dollars. Balcorp a un autre lobbyiste à son service en rapport avec cette demande.

Investisseurs chinois


M. Coulombe a également confirmé hier que des discussions étaient en cours avec des investisseurs chinois. Il s'agit du groupe Centree, qui s'était déjà montré intéressé au développement d'une mine souterraine d'amiante en 2009, avant de se désister.

Le retour de l'exploitation de l'amiante à Asbestos devrait provoquer de vives réactions. Il faut dire que l'amiante a de nombreux détracteurs. Selon la Société canadienne du cancer (SCC), le gouvernement Charest ne doit pas soutenir la réouverture de la mine. L'organisme estime qu'accorder une garantie de prêt à Mine Jeffrey nuirait à la réputation du Canada comme chef de file international en matière de santé publique. Selon la SCC, la reprise des activités d'extraction et d'exportation de la mine contribuerait à propager l'épidémie de cancers causés par l'amiante, qui font 90 000 morts chaque année à travers le monde.

La relance de Mine Jeffrey devrait créer quelque 425 emplois à temps plein à Asbestos. Par ailleurs, l'accord de principe annoncé hier s'accompagne d'un Fonds de diversification économique de la MRC des Sources, qui sera doté d'une enveloppe de 7,5 millions de dollars. Celui-ci sera financé à même les revenus générés par la relance de la mine.
7 commentaires
  • Marcel Bernier - Inscrit 14 avril 2011 04 h 09

    Une erreur...

    Ce gouvernement n'a aucun sens éthique concernant la santé et la sécurité des travailleurs. Il n'est pas vrai que seules les considérations économiques doivent être prises en ligne de compte, comme critères prépondérants, dans des projets suscitant des questionnements sociétaux.

  • Rodrigue Guimont - Inscrite 14 avril 2011 09 h 31

    L'Amiante un "sale" minerai

    Jean Charest a autorisé une subvention de 58 millions de dollars à même nos impôts pour aider la compagnie de M. Chadha, Belcorp à exploiter un matériau des plus dangereux pour la santé des travailleurs. On se demande pourquoi? Est-ce parce que M. Chadha a prêté généreusement à la communauté indienne et Pakistanaise sa résidence personnelle pour une levée de fonds au PLQ en 2009? (La Presse Canadienne rapportait en janvier dernier que M. Chadha a récolté 19 000 $, lors d'un cocktail de financement à sa résidence de Westmount, où M. Charest était l'invité d'honneur.)

    Sans aucune gêne ni morale, on rapporte que l'accord de principe annoncé hier par le ministre Gignac s'accompagnera d'un Fonds de diversification économique et que la MRC des Sources, sera dotée d'une enveloppe de 7,5 millions de dollar, financée à même les revenus générés par la relance de la mine. En d’autres mots on achète le silence des résidents de la région par une enveloppe discrétionnaire, à l’exemple de la gazière Gastrom de l’Alberta qui s’est assurée du silence de la paroisse de St-Édouard-de Lotbinière en lui donnant un généreux montant pour qu’elle se ferme la trappe!...

    Rappelons que l’Association médicale canadienne affirmait : «Le Canada (i.e. le Québec) est la seule démocratie occidentale à s'être constamment opposée aux efforts internationaux visant à réglementer le commerce mondial de l'amiante (…) en manipulant honteusement les connaissances scientifiques par des moyens politiques». Les seuls pays qui se sont opposés à la restriction et à l’utilisation de l’amiante en l’inscrivant sur la liste des produits chimiques dangereux pour la santé humaine sont le Canada, l’Inde, le Pakistan, le Vietnam et les Philippines. Joli groupe!...

  • Rodrigue Guimont - Inscrite 14 avril 2011 09 h 33

    (2ième partie)

    J’ajouterais également que la Société Canadienne contre le Cancer a tout à fait raison de ne pas souhaiter la réouverture de la mine. 90 000 morts dus à l‘amiantose à travers le monde, je ne veux ni individuellement ni collectivement être responsable de cette mortalité lié directement ou indirectement à l’amiante chrysotile québécoise. Nous n’avons pas le droit comme société responsable, sous prétexte de créer quelques richesses et de donner quelques centaines d’emplois à des travailleurs d’ici, ajouter à la pollution et à la dangerosité de notre planète. (Même constat pour la centrale nucléaire de Gentilly-2).

    M. Baljit Singh Chadha (né en 1952) est arrivé de l’Inde en 1973 pour faire des études en administration. Il a fondé la Balcorp Limited en 1976, une compagnie faisant affaires entre New Delhi, Montréal et Mumbai. Pour ajouter à la contradiction (ou à la soif de négoces) M. Chabha est également le président de Zinda Pharma Ltd, grossiste-distributeur de fournitures et de produits pharmaceutiques génériques importés à bas prix, pour le marché canadien, ainsi que des antirétroviraux, anti-TB, anti-malaria, antibiotiques et autres produits pour l'export!...

  • Franfeluche - Abonné 14 avril 2011 10 h 29

    Santé et sécurité

    En 1949, les mineurs de la mine Jeffeys qui s'appelait alors la Canadian Johns Manville, on fait une grève qui a été très dur. On y réclamait de meilleurs conditions de sécurité au travail. Le résultat est que, depuis 1970, il n'y a aucun nouveau cas de cancer relié à l'exploitation du chrysotile à Asbestos. La conclusion est donc que ce produit peut être utilisé d'une façon sécuritaire.

    En ce qui a trait à son utilisation, notamment dans des pays comme l'Inde, il a déjà des mesures qui ont été prises sur le plan de la sécurité, mais il y a certes des progrès à réaliser et des mesures de contrôle indépendant doivent être mises sur pied. Au Québec et au Canada, il existe déjà des organismes de contrôle qui peuvent le faire.

    En second lieu, il faut faire une distinction entre le chrysotile et d'autres sortes d'amiante comme les amphiboles qui ont des propriétés physiques très
    différentes et qui ont un impact beaucoup plus important sur la santé. Cette distinction, l'Institut de la santé publique du Québec ne la fait pas.

  • camelot - Inscrit 14 avril 2011 11 h 53

    Geste irresponsable

    Le gouvernement libéral fait tout pour ruiner le Québec. Il est bien évident, qu'avec ce prêt, le gouvernement fera parti des groupes ciblés de poursuites judiciaires par les instances internationales qui s'occupent de santé. Tout cela pour conforter ses amis de Westmount.

    Révoltant.